Monthly Archives: octobre 2016

[Chrönique] Mhönos ‎– Decembris Penitentia – 2014

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Nomos Dei Productions

Ritual drone/doom

France

CD

Fondé par l’“anachorète” Frater Stéphane en tant que projet solo Mhönos s’est transformé en une formation à géométrie variable grâce à l’adjonction de nouveaux membres pour constituer une sorte de communauté “cénobitique”
des plus morbides…  Decembris Penitentia est une captation live qui aurait mérité un son peut-être d’une meilleure qualité afin d’apprécier dans toute sa profondeur l’expérience, composée d’une seul piste, qui est délivrée ici. Moins intimiste que le premier album, mais plus agressif, le doom décharné présent sur ce disque ne laisse aucune place à la lumière. La piste s’ouvre sur long mouvement aux percussions rituelles – presque guerrières –  qui nous attirent sans discontinuer dans une transe où se font entendre des vocaux plaintifs et éraillés. L’adjonction de ces deux éléments favorise la production d’une atmosphère à la fois dynamique et mortifère qui n’est pas sans lien – dans ses premiers développements – avec ce qu’a pu faire Memorandum dans les années 90, en bien moins synthétique !  Une pulsion noire, nihiliste et chaotique domine l’ensemble pour mettre au monde une infâme célébration, la célébration d’un culte délétère où l’homme sera mis à nu dans l’hystérie et la frénésie d’un fanatisme de chaque seconde, de chaque son, qui toujours se rapprochera du bruit, qui toujours s’éloignera de la musique, pour se terminer sur les vociférations maladives d’un aliéné dont une part de la souffrance réside en chacun de nous ; quand le théâtre du quotidien disparaît face à l’inaccessible vérité qui nous mord froidement de sa tranchante lame : fatal instant de lucidité qui souvent mène à la folie… Pauvre bête apeurée, il ne te reste plus comme seul compagnon que le désespoir désarticulé de tes hurlements ! Amen.

Nomos Dei Productions : Bandcamp / Facebook

Mhönos : Facebook

Lawofsun.

[Chrönique] Winterblood – La Via Di Neve – album – 2016

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Frozen Light

Dark ambient

Italie

CD

Sous cette énigmatique illustration de Sperber Illustrationen se cache la nouvelle offrande, sortie au début de cette en année, en janvier plus précisément, de Winterblood projet dark ambient/drone localisé en Italie .

En 5 pistes – chacune correspond dans le livret à un poème en italien – pour un peu plus de 40 minutes de périple, La Via di Neve installe assez rapidement, voire dès l’ouverture de l’album une atmosphère glaciale empreinte de mystère. La première piste de plus de 15 minutes est la plus longue. Elle suit un long développement entre drone et dungeon synth – influence que l’on retrouve sur l’ensemble de La Via di Neve –, et fait se confronter des sonorités cristallines et le souffle d’un vent glacial, qui est peut-être le fruit d’une prise de son in situ. Dans tous les cas le résultat est une coloration field recording qui plante le décor, si bien qu’il ne sera pas nécessaire par la suite de réutiliser ce procédé pour évoquer ce milieu naturel, qui  va prendre dans ce disque un visage inconnu comme si Winterblood cherchait à en faire apparaître l’essence cachée…

Certes les rafales de vent disparaissent, mais il faut admettre qu’elles auront, donc,  imposé, à notre esprit, leur ineffaçable présence. Ensuite, le dark ambient de Winterblood où le silence joue un rôle important dans la construction des morceaux, tout comme l’absence de rythmes – sauf sur Destino la dernière piste – va prendre en coloration de plus en plus onirique tout en restant d’une froideur inhumaine, et chargée d’une mélancolie contemplative.

Il y a dans cet album au-delà d’une atmosphère propice à la libération de l’imagination et au retour du merveilleux, un hermétique et hyperboréen “en-dehors” de l’homme qui fait de La
Via di Neve
 un potentiel album initiatique à la froide austérité, un chemin possible vers la source pérenne, un album évolien en quelque sorte :

« Devant cette grandeur calme et triomphale, tout ce qui est sentimentalisme, utilitarisme et rhétorique humaine disparaît ;  ici, ce qui, dans le monde de l’âme, a un caractère de pureté, d’impersonnalité et de force, a son pendant dans les hauteurs gelées.»

(Méditations du Haut des Cimes, Julius Evola, écrit au Mont Blanc).

Winterblood : Facebook

Frozen Light  : Bandcamp

Lawofsun.

[Chrönique] Refectori – Natura Morta – album – 2016

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Bestiarie

Industrial/drone/dark ambient

Espagne

Cassette

Que sait-on de Refectori ? Peu de chose, si ce n’est que c’est un projet espagnol de Xavier Longàs, et que Natura Morta est son premier album… Signé chez ses compatriotes de Bestiarie il se dévoile, donc,  principalement grâce aux 5 pistes qui le constituent, soit environ une demi-heure de musique.

Natura Morta présente la particularité d’offrir une construction qui prend le visage d’une intense mise en scène faisant la part belle aux rythmes et aux percussions, ce qui est très marqué sur les deux premières pistes (Corba Praxitel·liana et Panteix Agònic) où l’on pensera à Scorn, en plus glauque – oui, c’est possible – et à diverses productions du label Ant-Zen, car elles manifestent une forte présence d’éléments typiques de la scène rhythmic noise, sans opter non plus pour la frénésie.

En effet, le martèlement inlassable des beats prend un chemin downtempo qui laisse s’entremêler différentes lignes rythmiques dans un minimaliste, mais percutant arrangement. On a l’impression d’assister à la mise en branle, la mise sous tension, d’une mécanique, d’une machine, qui aurait un fonctionnement analogue au cœur humain, comme si elle singeait notre propre nature à tel point qu’il se pourrait bien que Natura Morta soit peut-être au fond la mise en sons de notre propre machinerie organique…

Ces deux pistes à l’infernale logique nous emprisonnent dans cet album grâce à leur puissance intraitable pour lentement nous enfoncer dans des pistes de plus en plus drones et ambiantes.
Lancinantes et hantées par le spectre du doute, elles vont dans un premier temps garder le rythme comme moteur, mais elles deviendront plus rampantes comme si une problématique insidieuse nous harcelait depuis la nuit des temps : Qui sommes-nous, vraiment ? Quel est ce souffle qui nous anime ? Est-il maudit, ou est-ce une “bénédiction” ? Doit-on traquer l’Homme et en finir une bonne fois pour toutes, ou, bien faut-il poursuivre notre propre exploration, notre introspection ? (Caça de l’Home, ).

Mais, n’est-il pas déjà top tard pour faire un choix, pour trouver une réponse ? La dernière piste abandonnée par les percussions, par ce battement mi-organique mi-synthétique, sombre dans les vrombissements du dark ambient pour quelques instants, et alors le silence se fait entendre, puis surnagent de vagues couches de sons, des craquements, des bruits, pour former comme une onde, inespéré le martèlement réapparaît en s’intensifiant peu à peu – une “machine” semble vouloir redémarrer -, finalement l’album se clôture par une ultime déflagration ! Faut-il y voir le signe de L’Éternel retour, ou bien une ultime sentence assassine, la condamnation finale ? (Natura Morta). Un coup de cœur, assurément !

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Bestiarie : Facebook

Lawofsun.