Monthly Archives: novembre 2016

[Entretien] Ordo Blasphemus

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Ordo Blasphemus est un groupe clivant, qui ne manque pas de caractère. On vous propose aujourd’hui de donner la parole à Antumnos (vocaux, guitare et basse). Pour rappel la discographie complète du groupe est en ligne depuis quelques mois. Il est possible de la télécharger gratuitement via le lien suivant : http://uptobox.com/1az26exy34vd Vous trouverez des commentaires des musiciens pour chaque sortie, des inédits, et d’une compilation (less worst of).

Antumnos ayant refusé formellement toute relecture, on vous livre brut de décoffrage ses réponses.

L.G. : Bonjour,  je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions…Récemment, vous avez rendu disponible gratuitement l’ensemble de votre discographie en numérique. La particularité de votre démarche est d’avoir joint des notes explicatives pour chacune de vos productions…Pouvez-vous nous exposer l’intime motivation d’une telle mise à nu ?

Antumnos : Ça a germée il y’a des années ; quand j’étais aller voir le type de Sale Freux à sa caravane. Il avait une sorte d’anthologie de l’Art Noir sur le pc ; avec des mp3 ; sa collec’ physique étant restée en Bretagne, faute de place. Égocentré comme je suis, le premier truc que je checke c’est s’il a du Ordo. Il avait des rips des premières démos cassettes d’ordo en qualité pérave. Donc plusieurs raisons qui me paraissent être le bon sens absolu. Premièrement ça m’a fait mal de voir nos démos avoir un son se faire autant défoncer par le rip, qui plus est fait par des mecs que je ne connais pas ; alors que j’avais tous les masters sur le PC. Ensuite quand on a commencé à avoir une disco assez conséquente après 10 ans d’existence ; et en sachant que peu de mondes connaissait notre travail ; l’idée d’une diffusion via internet m’a semblé nécessaire. Un facebook ? Hors’(do) question. Un bandcamp, un itunes, un spotify ou que sais-je encore : Idem ; refusant de voir mon intégrité et ce groupe à la pureté absolue se faire souillés par un moyen de diffusion inadapté.Je suis revenu à cette idée d’anthologie officielle du groupe que chacun pourrait avoir à la maison ou dans le walkman ; sans pour autant perdre en qualité artistique. Une idée en amenant d’autres ; j’ai poussé le concept d’anthologie à fond en compilant les photos inédites, en créant un best-of avec des inédits et des remasters (“ the less worst of”) et surtout une autocritique à travers de longues notes amères, drôles, explicatives, haineuses ou passionnantes pour chaque sortie du groupe. Une réelle discographie, complète, artistique, compilative et bien entendu gratuite.

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(crédit photographique Ordo Blasphemus)

L.G. : À la lecture de ces notes il en ressort que vous avez une appréciation de votre propre travail tiraillée entre une forme de dégoût pour certains de ses aspects, et l’expression d’un jugement assez présomptueux d’appartenir à une “élite”, cela est appuyé sur le fait d’avoir au fil des sorties mis au monde une créature protéiforme d’une beauté, selon vous, incomprise du public – vous avez d’ailleurs sorti un EP intitulé  Misunderstood… Avez-vous des regrets lorsque vous vous plongez dans le passé d’Ordo Blasphemus ? Mais, aussi quelles sont selon vous ses réussites ?

Antumnos : Il y’a une chose à bien comprendre pour saisir Ordo, c’est que je vois depuis 2009 ce groupe comme un poids particulièrement douloureux à porter sur les épaules. Depuis le début des recherches de label en fait. Car je n’ai pas réussi à me contenter des quelques dizaines de copies faites pour les copains en auto-prod. J’ai ressenti pour chaque release le besoin de “sortir” officiellement chaque oeuvre. Comme une décharge, une expiration. Ou plutôt comme un accouchement. SI j’avais été mère ; je crois que j’aurais abandonné chaque enfant après chaque naissance pour en refaire un derrière ; tellement j’aurais trouver ça chiant de devoir le porter ; mais que la procréation aurait été naturelle et compulsive. Aimer, procréer, engendrer, ne plus avoir le choix, mettre à bas. Quand j’ai terminé la box en bois, que les histoires de thunes étaient réglées avec Antiq ; quand le vinyle du live et sa manufacture maison était enfin sortie ; que tout ce qui devait sortir était enfin sortis après DES ANNÉES d’attentes et de changements ; j’ai eu définitivement ce besoin d’accomplissement final, ce besoin de libération en sortant l’intégralité de la disco. Je me déchaînais enfin. Ordo n’a jamais été une source de plaisir. Alors quand toi tu vois en lisant les notes, le sentiment d’appartenance à une élite ou un mec qui a clairement la grosse tête ; je ne vois que l’expression de la frustration de n’avoir jamais été assez écouté. Malgré le chemin de croix, malgré avoir tout donné, malgré avoir consacré chaque seconde de ma vie à ne penser, à construire, à me sentir contre tout et contre tous pour construire mon groupe ; et avancer de sorties en sorties. A ma connaissance, peu de groupes ont autant galérer à sortir autant de matériel accumulé ainsi. Et peu ont dû autant en accumuler alors que le matériel d’avant n’était toujours pas sorti. Je ne dis pas dans les notes que nous sommes les meilleurs en France. Loin de là. Je dis par contre que nous sommes effectivement les plus incompris.J’ai un nombre incalculable de regrets dans ma vie personnelle ; mais pas un seul avec Ordo. Ces amertumes et ce parcours chaotique ont fait la richesse du groupe ; quelque chose à dire, un vrai contenu. Je crois que dans le fond si on a jamais voulu faire d’interviews auparavant, c’est peut-être que nous n’avions pas grand chose à dire. Je pense sincèrement que les notes de la disco n’ont compilé que le quart des anecdotes, souvenirs et commentaires que nous pourrions faire sur ce groupe.Et en réussites.. Bein c’est pas franchement objectif la réussite nan ? Donc je ne pense pas que ce soit nécessaire de qualifier un travail artistique sur ce qui est réussi ou pas. Ce qui est accompli prime plus à mon sens. Et ce qui a été accompli en 10 ans est résumé dans cette disco.

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(Antumnos – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Quel a été le moteur de la création d’Ordo Blasphemus ? En d’autres termes, qu’est-ce qui vous a poussés à faire de la musique ? Y’a t-il des artistes, ou des groupes, qui ont motivé au travers de leur musique la mise en place de ce projet ?

Antumnos : Une impulsion non désirée. On sortait d’un enregistrement catastrophique d’un groupe dans lequel on jouait avec Lazareth, je laisse le soin aux détectives de découvrir lequel, c’est assez simple a trouver. On s’est juste dit : on fait un side project et on décharge tout sans se poser de questions, juste tous les deux ; sans personne d’autre.Je crois pas que l’on ne se soit dit ne serait-ce qu’une fois qu’on ferait un de ces fameux projets “à la”. Ordo est né de rien, sans prévenir, une nuit de juillet 2006.

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( Compilation Orgasme Ossuaire – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Vincent, dans sa chronique d’Orgasme Ossuaire,parle d’“éjaculation musicale” pour qualifier votre “musique”, en quoi cette métaphore vous semble convenir pour décrire votre processus créatif ?

Antumnos : Complètement. Définitivement c’est une des facettes du groupe sur la plupart des releases ; excepté le “less worst of” et “misunderstood”. Et éventuellement “Chaotic Loom” qui est plus calculé qu’il n’y parait.A la création d’abord, puisque depuis le début nous avons procéder à un cheminement créatif simple. Des lignes mélodiques, des riffs à la guitare. On se voyait avec Lazareth, on enregistrait en communion. Une gratte et une batterie sur un 4 pistes. Puis on rajoutait la voix. Et on réécoutait ça à fond. Redécouvrant des parties improvisées, des sons sortis d’on ne sait où au fil des réécoutes. Et dés 2008, l’appétit créatif devenant insatiable ; les arrangements par centaines ont commencées sur le matériel brut. Torturer, soustraire, rajouter, couper, transformer, arranger… Ordo c’est en fait de multiples dizaines d’heures d’enregistrement et des milliers d’heures d’arrangement.Tout ce groupe peux se résumer à ceci. Tenter d’organiser le chaos. En 10 ans d’existence c’est tout ce que j’ai cherché à faire. Celui de ma vie et celui de mon groupe, de mon oeuvre, de mon enfant. Orgasme Ossuaire est le plus bel exemple d’éjaculation quand on en vient au contenu artistique même. Lazareth et moi avons nos propres troubles voire obsessions d’ordre sexuel. Chacun des nôtres étant d’ailleurs diamétralement opposés. Une sortie aussi sexuelle devait finir par voir le jour. As-tu chopper la box en vraie ? Ne trouve tu pas toi même qu’il y’a cette dimension charnelle et physique quand on a cette box dans la main ? Les nervures, la céruse, le linceul ; une même matrice de sensations entre les 100 ; mais pourtant chacune à chaque fois rends légèrement différente.

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(Lazareth – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

 

L.G. : Non, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’acquérir… Il y’a une dimension artisanale dans certaines de vos productions, je pense au vinyle d’Alive Funeral… Vous visez à produire des objets uniques à une époque où l’industrialisation s’empare même des “rêves” au travers des industries culturelles…On peut dire qu’il y a dans votre conception du black metal une recherche d’authenticité…Comment percevez-vous l’évolution de cette scène qui semble de plus en plus s’empêtrer dans le conformisme bien qu’il y ait toujours des groupes digne d’intérêt ?

Antumnos : Il y’a effectivement des groupes qui suscitent encore de l’intérêt quand on y apporte un regard et un jugement froid, sans valeur, en toute objectivité, sans émotion ni jalousie. L’intérêt ne se porte pas que sur la musique je pense… Certains, peut-être est-ce ton cas, en font le jugement de valeur absolue. Un groupe comme Ende – I.l et Njodr étant des amis – a suscité cette forme d’intérêt pour tous les nostalgiques de la scène scandinave ; apportant un revival  qu’au final beaucoup recherchaient.C’est un groupe qui as suscité de l’intérêt. J’ai personnellement toujours été plus attiré par ce qui me fascinait ou me repoussait que par juste la musique. Et surtout par tout ce qui gravite autour du groupe. Je pense que les meilleurs projets sont ceux qui ont une aura qui dépasse la musique…. Regarde le passé.. Et tu verras que TOUS les groupes ou les grands noms de cette industrie se répercutaient bien au delà de la sphère musicale. Et en tant que mouvement extrémiste, des exemples dans le black y’en a putain de pleins.J’ai noué des liens assez forts récemment avec le chanteur de Black Sin… Ils se reforment… On les a injustement oubliés mais faut voir tout ce qu’il y’a eu autour de ce groupe, c’est juste hallucinant.Baise Ma Hache est aussi un bel exemple de groupe intéressant, nan ? Tout le monde sait que c’est pas très bon musicalement, voire franchement à chier ; qu’ils ne doivent leur réput’ qu’à PN et à Facebook ; pourtant ils fascinent tout le monde,  déclenchent des polémiques, enchaînent les concerts… Et quand tu vois que le type est un photographe et un communiquant hors pair ; et surtout qu’il vit son projet à fond, bein un moment t’arrête de poser des questions et tu te dis qu’objectivement ; oui c’est un groupe franchement intéressant. Des exemples y’en a pleins, ouai..J’ai mixé il y’a quelques mois l’album de Totale Angoisse.. Le dernier jour du mix, le gratteux s’est fait arrêté par le GIGN. Et l’album est une tuerie sans nom..Y’a les types d’Antiq aussi, qui vivent leur truc à fond… Sale freux aussi..

Quand on a enregistré le split et l’album de Zépülkr ; on s’est ENFERME des semaines dans les caves d’Angers pour produire une oeuvre à la richesse artistique des plus pures.

J’ai résumé ça à un copain récemment : Les types qui sortent du lot, les types qui se font entendre, ce sont les types pour qui leur projet est leur mode de vie..Et je pense sincèrement qu’il y’a trop de groupes dans cette scène qui ne voient leur projet que comme un loisir. Repet’ le dimanche, boulot le lundi, concert le samedi, on dort puis on retourne au taf.Un peu comme quand tu t’investis dans un projet associatif tu sais..Je ne dis pas que c’est dommage ou que je leur crache à la gueule.. S’ils sont heureux, tant mieux. Mais ce sont des mecs qui ne me feront jamais vibrer.

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(EP  Misunderstood –  crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

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(EP Misunderstood – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Toujours dans les notes évoquées plus haut, vous citez les travaux de Maurizio Bianchi, qui est un artiste italien incontournable dans la scène industrielle. En quoi cette scène a-t-elle une influence sur la musique d’Ordo Blasphemus ?  Quels sont les artistes que vous appréciez dans ce mouvement ? D’autre part, vous évoluez en particulier sur l’album Chaotic Loom – votre oeuvre la plus lovecraftienne –  dans la sphère de la non-musique : est-il important pour vous d’offrir avant tout une expérience plutôt qu’un simple plaisir d’écoute ?  

Antumnos : Bianchi, c’est Lazareth. D’ailleurs le type cultivé c’est Lazareth pas moi. J’ai toujours raisonner avec mes tripes, essayer d’organiser mes pulsions avec ma tête. Pas simple mais ça a donné cette discographie conséquente.Une expérience oui, complètement. Pourquoi sinon avoir réarrangé des dizaines de titres pour chaque concert qu’OB a donné dans la splendeur de sa mégalomanie ? C’est à dire deux ? Pourquoi avoir noté, décortiqué, être revenu sur le maximum d’instants de vie que l’on a partager avec ce groupe en 10 ans via la disco mp3 ? Pourquoi avoir – plus que de proposer une seule expérience – essayer de se renouveler et de proposer quelque chose de différent au fil de la vie du groupe, quand nous grandissions, changions nous même à ses côtés ? Pourquoi avoir voulu synthétiser des années, je dis bien des ANNÉES d’attente, de développement, de création , de mutation dans la confection de deux objets absolument magnifiques et empreints du plus pur mysticisme que sont la box d’Orgasme Ossuaire et le Vinyle du live à Angers ?Créer. Au plus profond, à la plus pure définition du mot CRÉATION ; j’ai toujours voulu m’accrocher. Je ne suis pas un musicien, je suis un artiste. Un créateur. Un dieu. Né animal ; à vouloir m’accomplir en tant qu’homme en voulant m’approcher du divin. Créer putain. Pas copier, pas imiter. Créer.

L.G. : Finalement, Ordo Blasphemus ne serait-il pas le résultat d’une esthétique de la tension fécondée par la volonté d’embrasser d’un même regard l’ensemble des polarités inscrites dans le cosmos – une quête mystique inatteignable où la folie rôde ?  Antonin Artaud dans Le théâtre et son double, publié en 1938, a écrit :« Si notre vie manque de soufre, c’est-à-dire d’une constante magie, c’est qu’il nous plait de regarder nos actes et de nous perdre en considération sur les formes rêvées de nos actes, au lieu d’être poussé par eux (…). Et s’il est encore quelque chose d’infernal et de véritablement maudit dans ce temps, c’est de s’attarder artistiquement sur des formes, au lieu d’être comme des suppliciés que l’on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers », vous sentez-vous proche de ce constat ?  

Antumnos : Pas vraiment. Déjà parce que je ne le comprends pas. Ensuite parce qu’ Ordo ; au delà de sa complexité ; au delà de son hermétisme absolu, que seuls quelques initiés peuvent saisir et comprendre ; au delà du bordel monstrueux que fût notre parcours en 10 ans, est un groupe qui se fonde sur des archétypes plutôt simplistes au final. La dualité par exemple.Je vais t’avouer quelque chose. Je déteste ce nom de groupe. Je l’ai détesté dés l’instant où le groupe a commencé à compter pour moi, c’est à dire la session d’enregistrement de Lemegeton 1er du nom en 2008. Où il a commencé à se passer quelque chose d’insaisissable et de GRAND entre Lazareth et moi. Mais le jour où j’ai compris que ce même nom évoquait la confrontation entre deux symboles contradictoires ; je me suis senti investi d’une lumière divine. Malgré – je crois – une belle faute de latin.La dualité, le paradoxe. Le sang même qui coule dans mes veines est totalement paradoxal. Le prochain album ( le premier véritable album d’ailleurs) traitera une nouvelle, ultime et dernière facette de ce concept de dualité qui – sans vraiment le vouloir – a suivi le groupe depuis quasiment le début ; et cela systématiquement, quelque soit son angle d’approche et d’analyse.

 

L.G. : Vous refusez ce qui est tout à fait compréhensible d’avoir une activité sur les réseaux sociaux…Je trouve pour ma part qu’un grand nombre justement d’artistes, et de musiciens, ferez mieux de tendre à une meilleure maîtrise de leur communication sur ces plate-formes…Pouvez-vous nous éclairer sur ce choix de plus en plus rare ?

Antumnos : Je t’en ai parlé plus haut.. Un facebook ? Putain mais pourquoi ? Pourquoi ??! Pour faire des campagnes de pub sponsorisées ? Pour écrire dans notre description que nous sommes un groupe de BM occulte ? Un groupe incompris, inclassable ? Mettre des photos de nos concerts pour que les gens “aiment” et commentent ? Pour partager du contenu quand on parle de nous ? Pour compter le nombre de j’aime qu’on gagne de jours en jours ??!Myspace a eu son utilité il y’a 10 ans et surtout myspace avait une réelle dimension artistique ; aujourd’hui facebook n’en a aucune. Ni de l’une ni de l’autre. Aucune. Facebook ne fait de toi qu’un entrepreneur indépendant, c’est à dire un vendeur et un vendu. Je pourrais faire des dizaines de groupes autre qu’Ordo ; tout genre confondu sauf du BM car je ne créerais plus jamais à mon initiative un autre groupe de BM ; et utiliser facebook comme un outil promotionnel sans sourciller. Mais pas Ordo, pas mon bébé, pas l’oeuvre de ma vie, initiée avec mon plus vieil ami il y’a 10 ans et que je pleurerais de voir souillé ainsi. A coté de ça, je ne suis pas réfractaire à internet ; j’ai bientôt la trentaine ; j’ai quasiment grandi avec , ça n’aurait pas de sens. J’ai créé la disco d’ordo mp3 et une chaîne officielle vimeo pour la vidéographie complète. Mais c’est parce que ça a du sens et que je propose un réel contenu artistique avec. Il y’a une réelle démarche. Je tiens pas un stand, une boutique avec mon groupe. Faire quoi ? Un bigcartel pendant qu’on y est ? Personne n’en aurait rien à foutre. Et d’une. Et de deux l’essence même de ce groupe perdrait tout son sens.J’ai le même mail aussi depuis 15 ans ; alma-mater@hotmail.fr . Vous pouvez m’y écrire je répondrais toujours avec plaisir et respect de l’autre.

L.G. : Justement ces vidéos sont particulièrement réussies surtout celle de Lemegeton, dont il dégage une sorte de nostalgie fataliste…Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur leur conception ?

Antumnos : Ah oui ? Tu as vu Lemegeton comme ça ? Mmmh… Je pense que c’est ni l’un ni l’autre. C’est un clip qui a été réalisé par la force des choses en fait, ce titre n’étant prévu sur aucune sortie physique. Je parlais plus haut d’arrangement spécifique de matériel pour le live. En voici un exemple. Lemegeton n’a été produit que dans le seul but d’être joué au concert à Angers ; comme tout le reste de la set-list d’ailleurs.La réalisation d’un clip vidéo est assez intéressante pour Ordo ; puisqu’intrinsèquement liée à l’essence du groupe. Réaliser un clip c’est quoi ? C’est accumuler assez de matériel vidéo pour réorganiser des rushes en montage final. Je vois plus la première partie du clip comme un parallèle entre le fascisme historique et la production d’images fascinantes de notre époque contemporaine. La mode, les sourires forcés et les physiques avantageux, l’assassinat de Kennedy, Monroe, l’étalement outrageux des banlieues en flamme et incitant à la haine, la pub… L’érotisme et l’idée de la mort en fait.J’aurais pu rajouter les images du 11 septembre ; et parfaire le tableau de ce qui est en mesure de fasciner la foule. Ce lien est particulièrement magique à mon sens. Un orateur et son auditoire, un film et ses spectateurs, le feu et celui qui le regarde. Des liens qui se trouvent être ceux du titre Lemegeton, dans sa forme Live, disparue à jamais sauf dans les souvenirs de ceux présents – et crois moi que quelque uns en ont étés particulièrement marqués – et dans sa forme vidéo, pour longtemps à la disposition du monde jusqu’à l’effondrement des serveurs du Grand Internet.Ce titre n’a été produit que pour être un chef d’oeuvre périssable. Toute la musique est périssable. Que crois-tu qu’il restera de tout ce qui a été produit par l’Homme quand viendra notre fin ? Exact. Rien.Nos clips sont donc intimement liés à la “musicographie” d’OB ; et non juste des exercices promotionnels ; où une multitude de pièces ont étés cachées pour révéler et saisir la totalité de ce qui a été produit.. Tout comme sur les artworks. Tout comme sur les supports physiques. Tout comme dans la disco mp3. L’Art et rien d’autre. Comme d’hab’.

L.G. : Quels sont les projets en cours pour Ordo Blasphemus ?

Antumnos : La synthèse de ce groupe en un album initié en 2008 et fini en 2013. Toute ma vie pendant 5 ans n’a eu de sens que pour créer cet album. Et tout cet album n’ a été que le fil rouge de ma vie. L’oeuvre ultime, celle que l’on ne réalise qu’une fois. Ça sortira bientôt sur un label d’envergue internationale. Un clip l’accompagneras. Et vous verrez ce dont est capable ce groupe.

 

L.G. :Je vous remercie pour cet entretien, je vous laisse la parole en guise de conclusion.

Antumnos : Et bien non mec, c’est moi qui te remercie d’avoir jouer le jeu de l’interview, d’avoir cherché à décortiquer Ordo et d’avoir attendu mes réponses. Propage la disco mp3, la démarche et le contenu en valent vraiment la peine. Longue vie a ton webzine.

Interview réalisée par L.G. par courriel. Novembre 2016.

[Chrönique] Forteresse – Thèmes pour la Rébellion – 2016.

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Sepulchral Productions

Black metal 

Canada

CD

Le Québec est une région du monde prisée par une partie toujours grandissante de la  jeunesse d’aujourd’hui, ce mouvement est alimenté par la pensée qu’il y a plus d’opportunités professionnelles, et plus d’”avancées sociales » que dans certains pays européens. Cela est certainement vrai, dans un sens, mais à quel prix ?

Celui de l’Histoire, de celle qui s’écrit dans le sang, car les Québécois ont essuyé plusieurs conflits pour tenter de préserver leur peuple et leur indépendance, afin de faire malgré les difficultés et les diverses tentatives de subversion encore société au sens noble du terme, tout en parvenant à proposer une possibilité d’ascension sociale décente pour la population.

1837 est une année importante pour les fervents défenseurs du Québec libre car elle est la porte d’entrée dans d’une période d’insurrections du peuple face à l’armée anglaise, une époque décisive et violente de l’histoire de ce pays. Les Québécois auront réussi à s’auto-proclamer république du Bas-Canada, mais pendant deux ans seulement, car sans l’aide des Américains qui ont joué la carte de la neutralité, ils ne pouvaient pas assurer de siège militaire. Ainsi, – vous me permettrez cette mise en parallèle un peu triviale – si leurs aïeux n’ont pas réussi à s’imposer sur le plan politique, Forteresse est parvenu à fomenter, à mon avis, une révolution musicale dans le milieu en créant le «métal noir québécois»…

Sous l’égide de Sepulchral Productions, cette dénomination peut aussi être attribuée entre autres à GrisMonarqueSombres Forêts et Neige Et Noirceur. Tous ces groupes ont une fascination pour l’histoire et la défense de leur culture, leurs droits et surtout leurs libertés. En quelque sorte ces groupes ont transsubstantié l’angoisse de voir disparaître leur culture et leur héritage en un black metal de combat, où la lutte pour la patrie serait la suprême subversion au dogme du village global…

La nostalgie a toujours été une caractéristique très présente dans l’identité de Forteresse, mais, les compositions sont des plus martiales et violentes sur Thèmes pour la rébellion. Peu de passage «ambiant» ici, l’heure est à la guerre et leur batteur Fiel (CsejtheGrimoire) a un jeu très impressionnant de part sa fluidité, sa rapidité et sa capacité à utiliser autant la double – il ne la lâche quasiment pas – soit une bonne démonstration de la détermination du groupe à faire parler la poudre.

De plus, le son de la batterie est bien calé par rapport, au reste des instruments, et à la voix. Athros au chant est très convaincant et s’octroie même quelques voix pagan (Vespérales) qui vont très bien avec l’ambiance épique et guerrière des morceaux. Enfin,on notera une recherche mélodique qui veille à être plus efficace que complexe.  Les membres de Forteresse ont su créer leur style et le faire perdurer à travers leur discographie. Depuis leurs
débuts avec Métal Noir Québécois, leur musique est à la fois martiale et empreinte de nostalgie, et même si sur les derniers albums la production est plus soignée et le son plus clair, en particulier sur  Thèmes pour la rébellioncela n’enlève en rien leur authenticité et leur hargne.

Forteresse : Facebook

Sepulchral Productions : Site / Facebook

Kh-Eos.

 

[Chrönique] Kalloused – Damn You Believer – EP – 2016

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Third-I-Rex/Feast Of Tentacles

Blackened doom/sludge metal

Grande-Bretagne

CD

Jeune groupe originaire de Grande-Bretagne, de Brighton plus précisément, mais composé par des membres expérimentés issus formations telles que Grey Widow,Thread, etc. Kalloused ne fait pas les choses à moitié avec ce Damn You Believer qui en plus de nous infliger un coup massif dans la face, se fait un plaisir de nous plonger dans un abîme de noirceur; Damn You Believer est découpé en six pistes fortement connectées les unes aux autres et ne portant pas de titre. Elles laissent s’échapper une musique à la croisée de plusieurs courants : post-hardcore, sludge, doom metal, voire noise rock. Kalloused est clairement un groupe inscrit dans la mouvance contemporaine. La musique de cet EP est lourde, incisive, colérique, mais aussi
atmosphérique et c’est en articulant ces deux aspects que le groupe nous surprend le plus, en mêlant des émotions sombres et mélancoliques à une décharge de fureur et d’aigreur ; cela se matérialise dans la structure même des morceaux alternant d’un côté des riffs calmes couplés à des vocaux chuchotés et, de l’autre, des hurlements et des riffs puissants, mais toujours ce groupe s’obstine à prendre un chemin d’une tenace sombreur ! De bon riffs, une production et une interprétation du même acabit Damn You Believer fait office d’une bonne mise en bouche pour un futur album. D’autant plus qu’il fait preuve d’une personnalité affirmée, car il est évident que nous ne sommes pas face à un groupe qui se cherche, mais bel et bien face à des musiciens qui savent où il vont, et surtout qui savent comment capter notre attention ! Damn You Believer a été édité il y a peu en vinyle par le label Feast Of Tentacles !

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Feast Of Tentacles : Facebook

Third-I-Rex : Facebook

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L.G.

[Chrönique] Nietzsche and the Wagners – No truth – album – 2016.

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Werkstatt Recordings

Post-punk

Allemagne

CD/Cassette

Ce premier album de Nietzsche and the Wagners fait suite à un Cdr promotionnel publié en 2011 (Asphodels), et à une démo (The Forlorn Hope) sortie en 2015 en version numérique. Il se présente à nous avec un visuel repris d’une oeuvre de K.R.H. Sonderborg (1923–2008) intitulée Peacemaker…Ce groupe basé à Leipzig pratique un post-punk quelque peu extravagant, voire baroque, à cause de la multiplicité des influences que dévoile No Truth et de leurs mises en forme…Il s’y côtoient des éléments caractéristiques du goth rock, tout comme une touche metal old-school perceptible dans les riffs d’un titre comme The Forlorn Hope, par exemple (on trouve cette influence à plusieurs reprises). De plus, un léger parfum neo-folk embaume l’album, tout comme des effluves psychédéliques… Une nette dimension théâtrale domine l’ensemble en particulier dans les vocaux qui prennent souvent l’aspect d’une déclamation sentencieuse…Cela participe à donner à cet album une coloration “cabaret”. Les compositions sont variées ; on y croise Killing JokeDeathin June, et tant d’autres sans jamais totalement les reconnaître… L’approche assez personnelle de Nietzsche and the Wagners  laissera peut-être des auditeurs sur le chemin, et cela certainement à cause d’un ton grandiloquent un peu trop présent, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce groupe – à vous de trancher. On peut même dire sans aller trop loin que Nietzsche and the Wagners trouverait même sa place sous le qualificatif “allumé”, sur Dance Of The Golems à 1:44, il n’est clairement pas difficile d’imaginer un gnome, ou un farfadet, sous psychotropes derrière les claviers.  Arty“décalée”, artisanale la musique de  Nietzsche and the Wagners tout en étant clairement inscrite dans le courant post-punk, comme évoqué plus haut, ne s’embarrasse pas non plus, de respecter à la lettre les codes du genre, et propose une formule de son propre cru.

Werkstatt Recordings : Facebook

Nietzsche and the Wagners : Facebook

L.G.

[Chrönique] Der Blutharsch and the infinite church of the leading hand ‎– Sucht und Ordnung – album – 2016

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WNK

Psychedelic rock/space rock

Autriche 

CD

Difficile d’aborder cette chronique sans au préalable avouer que mon intérêt pour ce projet d’Albin Julius n’a pas toujours été au beau fixe, et qu’assez rapidement j’ai laissé
les sorties s’accumuler sans véritablement me pencher dessus, il faut dire aussi que déjà Flying High de Der Blutharsch ne m’avait pas convaincu – à tort ou à raison-, et à ma décharge j’ajouterais que Der Blutharsch et The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud étant bien plus proche de ma sensibilité personnelle j’avais bien du mal à accepter l’orientation plus « rock » de Der Blutharsch And The Infinite Church Of The Leading Hand. Mais l’écoute de  Sucht & Ordnung, certainement un clin d’œil à l’album Search and destroy des
Stooges, m’a prouvé à quel point j’aurais dû mettre un peu moins de distance entre ce groupe et moi-même !

Sucht & Ordnung prend la forme d’un périple fantasmatique. Il débute par une piste instrumentale qui joue parfaitement son rôle d’introduction, très suggestive elle stimule l’imagination. La seconde est tout simplement excellente, elle mêle avec brio dans une atmosphère hallucinogène une louche de krautrock, la bande originale de Zombie (composée par le groupe Goblin),
la marque d’Hawkwind, un interlude black metal du meilleur effet,  et surtout les vocaux de possédés de Marthynna ! C’est une piste qui est remarquable par sa maîtrise narrative… Enfin, après cette pesante composition, arrive celle qui va clôturer Sucht & Ordnung. D’une durée de plus de 14 minutes, elle est certainement la plus psychédélique des trois – répétitive à souhait et
hypnotique -, elle débute en douceur avec une longue introduction, puis elle nous fait embarquer à toute bringue pour une dernière virée hédoniste et onirique !

Ces trois compostions font tout de même grimper le compteur à presque une demi-heure de musique, cette dernière est fortement ancrée dans les années 70 au point de retranscrire en partie l’esprit du magazine Métal Hurlant, qui est encore publié sous le titre de Heavy Metal aux États-Unis. Une publication culte et née en France où science-fiction, fantastique et heroic fantasy se conjuguaient dans une contre-culture bien loin des industries culturelles globalisées et mainstream qui nous abreuvent désormais ; peut-être que cet époque n’était finalement que le marchepied de la situation actuelle…Il va de soi que nous ne trancherons pas la question ici…

Le bolide qu’est Sucht & Ordnung a certes un œil dans le rétroviseur, mais il ne serait pas juste de le résumer à cela, car la musique qui le compose se nourrit aussi à d’autres sources (cf.le passage black metal, parfaitement incorporé), ou encore elle laisse parfois entendre au travers des claviers d’outre-espace – mi-horrifiques mi-cosmiques – des réminiscences de Der BlutharschFranchement captivant, toute la réussite de ces trois titres réside dans leurs pouvoirs d’évocation ! Surprenant et excellent !

Der Blutharsch and the infinite church of the leading hand : Facebook

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Lawofsun.

[Chrönique] Hoarfrost ‎– Anima Mundi – album – 2016.

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Reverse Alignment

Dark ambient

Pologne

CD

Procédons à une présentation de rigueur pour ceux qui ne seraient pas familiers avec Hoarfrost. Anima Mundi est le quatrième album Hoarfrost, qui a travaillé à deux reprises avec Inner Vision Laboratory, et cela à l’occasion d’un album collaboratif et d’un split. Cette nouvelle production fait office de première sortie sur le label suédois Reverse Alignment – les autres albums ont été publiés chez les polonais de Zoharum. Pour cet album Rafal K s’est entouré d’Hekte Zaren, une vocaliste ayant participé à des projets ou à des groupes comme Adaestuo, HexenwolfMedico Peste, Gnaw Their Tongues, etc. Mais, aussi de Tomasz Twardawa (Genetic Transmission) et de Dawid Chrapla qui assurent la charpente noise/industrial d’Anima Mundi, d’une violoncelliste en la personne de Katarzyna Bromirska (Percival Schuttenbach), et enfin on note la présence d’un guitariste.

Cet album, Anima Mundi – terme qui signifie « âme du monde » et qui fait intervenir une idée de double nature – est littéralement pris en étau entre deux figures mythologiques, celle de Gaïa sur la bien nommée Ages of Gaia,
la piste d’ouverture, et celle de Médée sur Medeaeternum, la dernière. La première de ces figures, Gaïa,  qui est évoquée dans la Théogonie d’Hésiode, est une déesse primordiale, la déesse mère, elle est perçue comme pouvant être la source créatrice d’une harmonieuse beauté, tout comme celle du chaos originel, alors que celle de Médée, qui est une magicienne, est un personnage important du cycle des Argonautes ; selon les versions de son mythe elle yest, ou non, coupable d’un infanticide, par exemple dans la tragédie d’Euripide elle commet cet acte.  Il était nécessaire de brosser ce tableau, car les entités évoquées ici sont intimement liées aux matériaux sonores, au point où ces derniers semblent leurs donner une incarnation, une vie, dans une « scénographie » poétique, qui invite à de multiples interprétations.
Anima Mundi donne plutôt la sensation d’être à un long morceau qui serait découpé en plusieurs séquences ; Il n’est pourtant pas non plus l’enchaînement de pistes identiques, non, elles sont caractérisées par des éléments qui les rendent uniques, comme par exemple sur In Hopeless Mazes qui laisse entendre une guitare électrique (cette composition n’est malheureusement pas la meilleure de l’album…).

Rafal K avec cet album a, donc, fait le choix de proposer un dark ambient en perpétuel mouvement, et animé de forces antagonistes. Ce qui est en concordance avec le titre de l’album. On retrouve cette idée dans la mise scène d’un violoncelle organique et chaleureux , et de structures post-industrielles, qui entretiennent des rapports complexes fait de répulsions et d’attirances. L’ombre d’une possible symbiose plane tout autant sur ces compostions que celle d’un définitif divorce…

Cette situation inextricable et inévitable trouve son expression la plus totale dans la performance à la dimension souvent opératique de Hekte Zaren, quelque part entre Alzbeth (The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud)
et Diamanda Galas : ses chuchotements, ses hurlements, ses vocalises déformées, ses pleurs, sont comme les milles visages d’une contradiction qui semble nous condamner à un sort tragique.

Par ses références mythologiques, l’intense tension qui s’y agite, Anima Mundi se révèle être pensé dans les moindres détails. Sa construction invite clairement à chercher des clefs permettant d’émettre des interprétations. À quelle figure Hekte Zaren prête-t-elle sa voix  : Gaïa en souffrance, Médée, ou incarne-t-elle l’Anima mundi ? Ces cordes qui dansent sur les architectures bruitistes est-ce Gaïa ? Peut-on rapprocher les éléments post-industriels -composés en partie de signaux émanant de machineries futuristes – de Médée ? D’autre part, cet assemblage renvoie à un ensemble, à un réseau,  de questions philosophiques qui se tissent dans la relation entre science et nature, cette dernière et l’art, etc.

Ambitieux, complexe, Anima Mundi prend un visage unique dans la discographie d’Hoarfrost, grâce à sa façon inimitable, hors des sentiers battus, de retranscrire la sensation de vertige, le frisson qui nous parcourt, face à la convergence technoscientifique (convergence des nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et des sciences cognitives) qui ouvre des portes insoupçonnées d’évolution. Il serait bien regrettable de passer à côté…

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Lawofsun.

[Chrönique] Nadja ‎– The Stone Is Not Hit By The Sun, Nor Carved With a Knife – album – 2016

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Gizeh Records

Ambient drone/doom metal

Canada

CD

  Nadja, ce duo composé d’Aidan Baker (guitares, vocaux, drum machine) et de Leah Buckareff (basse), depuis Touched (sorti en 2002) a construit une discographie labyrinthique dans laquelle il est assez difficile de s’y retrouver, et qui parfois présente une certaine irrégularité en terme de pertinence. Cet effet de saturation est d’autant plus renforcé si l’on y intègre les autres projets d’Aidan Baker (AdoranInfinite Light Ltd., Mnemosyne, Scythling, Whisper Room, etc.). Ce nouvel album, qui est le fruit d’une première collaboration avec l’élégant label Gizeh Records, est organisé autour de quatre pistes (The Stone, The Sun, A Knife et Untitled IV). Son titre,The Stone is Not Hit by the Sun, Nor Carved With a Knife, provient d’une inscription runique gravée sur une stèle funéraire islandaise, mais aussi de la pierre d’Eggja découverte quant à elle en Norvège (cette dernière nourrit aussi les paroles de cet album).

L’atmosphère est lourde et planante.  Elle scelle la rencontre de Godflesh, de Jesus, d’influences shoegaze, ou du regretté Type O Negative  sur certains passages  plus lents et noyés dans le fuzz (A Knife, vers 13:20), et de bien d’autres encore… Force et fragilité s’expriment tout du long dans une répétition hypnotique – qui laissera certains auditeurs de côté. Tout le talent d’Aidan Baker transparaît dans les images, les émotions ancestrales, qu’il parvient à invoquer tout en les réactualisant au travers des riff distordus de son exigeant doom ambient. Les pistes évoluent entre l’abstraction des formes et l’émergence d’éléments plus structurés ; l’impression d’observer un souvenir immémorial refaire surface  abreuve The Stone is Not Hit by the Sun, Nor Carved With a Knife.

Monolithique et expérimental, sans être snob, il semble jouer sur la granularité des sons comme pour évoquer celle de la pierre, comme pour construire un jeu de miroir entre les figures du musicien et du sculpteur. The Stone is Not Hit by the Sun, Nor Carved With a Knife est difficile d’approche et exige un état d’esprit réceptif, le cas échéant cet album se dévoilera comme une expérience fascinante, où l’on renouera avec la puissance fécondatrice des mythes fondateurs !

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Lawofsun.

[Entretien] Malepeste

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Cela fait déjà plus d’un an que le dernier album du groupe français Malepeste, Deliquescent Exaltation, est sorti sur le label Humanity’s Plague Productions… On vous propose dans cet entretien de revenir en partie sur sa genèse et de découvrir l’actualité des Lyonnais !

Votre discographie inaugurée avec une démo (très influencée par la musique d’Inquisition) en 2011, puis complétée par un split avec les italiens de Krowos en 2014 qui lui est encadré par deux albums, Dereliction en 2013 et Deliquescent Exaltation en 2015 témoigne d’une évolution de votre musique qui tend à obtenir un rendu de plus en plus ritualiste…Comment expliquez-vous cette évolution ? En quoi votre façon de créer votre musique a-t-elle pu évoluer au fil de ces années ? Votre vision du black metal, voire de la musique en général, a peut-être évolué de pair…

Nostra : En effet, les compositions se sont évidemment façonnées autour des intentions que nous avions mises sur l’instant. Nous avions écrit la démo à un moment où nous désirions qu’il y ait dissolution de notre passé artistique, quand il y a eu ce besoin de créer quelque chose de plus sombre et de plus spontané…Cela s’entend. Ensuite est venu un temps de maturation où les apparitions live se faisaient courantes, nous avons donc composé des musiques sur lesquelles le flux libéré serait ce que nous voulions ressentir sur scène. Puis, est venu naturellement l’envie de teindre encore un peu plus notre musique de ce côté ritualiste qui ne s’estompera certes pas dans les temps à venir, en adéquation avec notre cheminement personnel. Pour Deliquescent Exaltation, nous avons aussi eu nouvellement envie de composer des titres sans penser à leurs rendus live, par l’ajout de nappes de voix et de guitares en simultané par exemple.Immanquablement, nous les avons tout de même amenées sur scène… d’où le besoin grandissant d’un renfort scénique tenu par HerjahnEt si ma vision de la musique en général a évolué de pair depuis ces 6 dernières années ? Inévitablement.

Suite à vos récents live en région Rhône-Alpes, nous avons constaté que vous utilisiez de plus en plus des instruments traditionnels de diverses natures, ces derniers, d’une part, apportent des sonorités intéressantes dans vos compositions et, d’autre part, grâce à leur présence ils manifestent une recherche d’authenticité… Est-ce que vous allez développer cet élément de votre identité ?

Nostra : Après avoir longtemps débuté nos scènes sur la même introduction samplée, nous avions eu envie d’un peu plus d’authenticité en effet. Cela a commencé lors d’une cérémonie privée, où nous avions mis en place des conditions spéciales, l’introduction électro-acoustique était initialement l’un de ces suppléments, mais nous avons vite pris conscience que cette introduction avait aussi sa place au sein des set à venir. Nous pestions jadis sur les soirs où nous n’avions pas le temps, ou la possibilité matérielle, de nous mettre en conditions avant de monter sur scène, ce qui est assez indispensable à nos yeux ; avec cette première partie, nous pallions autant que faire se peut à ce problème. Et en ce qui concerne l’identité de nos prochaines compositions hors cette introduction, Il est prévisible que ces instruments traditionnels y trouvent place, oui, en espérant leurs sublimations.

Les parties vocales du dernier album sont variées et font preuve d’une nette personnalité avec leur dimension théâtrale. Comment faites-vous le choix dans la forme qu’elles prennent sur tel ou tel passage ? Est-ce le résultat de multiples expérimentations, ou plutôt est-ce quelque chose qui relève plus de l’instinct ?

Nostra : Nous laissons liberté à Larsen pour cet aspect de la composition, qui est parti d’une certaine idée générale issue des acquis précédents, mais l’ensemble à clairement été davantage dicté à l’instinct, indubitablement. Parfois les conditions autour de l’enregistrement ont guidé souterrainement cet instinct, je pense par exemple à ce passage de Serpent’s Glory qui fut enregistré une nuit au cœur de Brocéliande, pour l’anecdote vous pouvez d’ailleurs y percevoir les grillons.

Votre dernier album marque aussi une recherche conceptuelle plus fine et plus mature, quelles sont vos principales sources d’inspiration pour vos textes et vos compositions ? Avez-vous des références que vous souhaiteriez partager avec nous ?

Nostra : Le concept de l’album parle de différents aspects de la Chute et de l’Ascension. Pour citer des œuvres qui ont gravité autour des textes de Larsen lors de leurs rédactions, on y retrouve notamment : La Fin de Satan de V.Hugo ; Illuminations, et Une saison en Enfer de Rimbaud ; et De l’inconvénient d’être né de Cioran. Au niveau des compositions musicales, Xahaal s’est généreusement inspiré d’œuvres tels que les textes d’Asenath Mason, ou ceux du Temple de la Flamme Ascendante par exemple. Pour ma part, lorsque j’ai peint les illustrations du livret et de la pochette, en plus de prendre appui sur les paroles, j’ai aussi allègrement écouté les mantras inspirants de Phurpa,  ou les conférences de Patrick Burensteinas.

 

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Photographie live de Malepeste lors de la Cérémonie privée (2016) par “Figé dans le temps”

Vous venez de jouer au Ragnard ROCK Festival comment s’est déroulé votre concert ? Avez-vous des concerts prévus prochainement ?

Nostra : Nous avions en amont une appréhension quant au fait de jouer de jour et en extérieur, or, l’accueil et les conditions sur scène ont été si parfaits que ce fâcheux aspect, de notre point de vue, a vite été occulté. Evidemment, une cérémonie de cette nature n’est pas reçue de la même manière sur un lieu si vaste, mais l’expérience d’un tel festival nous a finalement conquis. Autrement à l’instant où je réponds à cette interview nous avons depuis, après le RRF, fait une halte lors d’une soirée forte intimiste à Genève, et aussi à Tilburg dans les Pays-Bas, dont je garde un souvenir intense, il y avait eu ce soir là un courant de rage particulièrement perceptible. Autrement, nos prochaines apparitions annoncées ou en phase de l’être sont le 21 Janvier

en Italie, et en France début mars (le 2 mars pour Paris).

Quels sont les albums sortis récemment qui ont retenu votre attention ?

Nostra : Personellement je dirais : Empty Space Meditation de Urfaust, Lian de Ricinn, Värähtelijä de Oranssi Pazuzu, Devil is Fine de Zeal and Ardor, ou Klechdy de Thy Worshiper.

Xahaal : Triangle de Schammasch, L’Envers de Wormfood, Catechism de Mortuus Umbra, les EP de Darvaza, ou Genesis de Lunar Mantra

Larsen : Exercises in Futility de Mgla, et Schammasch également.

En dehors de Temple of Worms et de Daughters of Sophia est-ce que les membres de Malepeste sont impliqués dans d’autres projets musicaux ?

Nostra : Xahaal n’est actuellement plus dans ces deux groupes.En revanche il est maintenant guitariste de session dans Dysylumn, commence le groupe Ominous Shrine dont vous entendrez parler ultérieurement, et enfin il compose occasionnellement avec Herjahn. Il fait aussi partie de l’équipe derrière le nouveau label Egregor Records. Flexor œuvre dans Moriquendi, et dans l’orchestre de son conservatoire. Et Larsen quant à lui est bien sûr amené de par sa profession à contribuer à d’autres projets musicaux…plus épisodiquement. Enfin, pour ce qui est de l’association Wintermoon Productions, son dernier concert fut Negura Bunget cette semaine, c’est une grande page pour nous qui se tourne, hélas…

Savez-vous déjà quelle sera votre prochaine production ?

Nostra : Un split en bonne collaboration avec Dysylumn sera notre prochaine production.Ensuite, nous nous pencherons sur le prochain album, dont les secrets ne vous seront aujourd’hui pas dévoilés.

On vous remercie d’avoir répondu à nos questions, on vous laisse la parole si vous avez quelque chose à rajouter…

Nostra : Merci à vous et au public pour ce soutien, puisse la scène perdurer avec la même foi.

Malepeste : bandcamp / facebook

Par Lambrith et LawOfSun. Entretien réalisé par échange de courriels en octobre et novembre 2016