Category Archives: Chrönique

[Chrönique] Black Sin – Solitude Éternelle – Album – 2017

Black Pandemie Production

Suicidal true black metal

France

CD

 

   Black Sin appartient à un courant semblant témoigner de l’état d’âme d’une certaine partie de la jeunesse occidentale, abandonnée aux sentiments les plus noirs à défaut de pouvoir exister “naturellement”; les processus de transmissions étant brouillés, la noirceur devient alors son refuge, sa source de réconfort,  faute de trouver – ou surtout de pouvoir assumer son être – elle finit par adorer l’obscurité comme un père : une jeunesse suicidaire pour une époque morne et sans saveur pourrait-on dire…

[Chrönique] Sagittarius – Aithiopis – EP – 2017

Die Neue Runde

Neoclassical/dark folk/ambient

Allemagne

CD

  Sagittarius est une formation néoclassique, dark folk  et ambiente assez discrète compte tenu des quelques albums parus (deux chez Cold Spring et un premier album chez Renovatio Verlag), mais à la détermination de fer et s’évertuant sans relâche à nous conter les univers mytho-poétiques et culturelles antiques de l’Europe éternelle. En retraçant rapidement la chronologie on relèvera un goût certain pour les fascinantes épopées lyriques et autres chants hymniques qui ont forgé des pans de la civilisation gréco-romaine et germanique. Le projet regorge d’ailleurs de références bien documentées sur ces périodes historiques et n’hésite pas à enrichir son travail d’une aura littéraire.

[Chrönique] Armorer – Cerulean – EP – 2017.

Solar Asceticists Productions

Atmospheric/depressive black metal

États-Unis

Cassette

Comme une énorme marée qui déferle, inéluctable, et hypnotique à souhait, Cerulean engloutit tout sur son passage, semant un sentiment de désespoir, car un certain danger semble irriguer les titres de cet EP qui nous ouvre les portes d’un forêt à la fois refuge spirituel et lieu d’une possible perdition. Lancé en 2016 dans la solitude des champs de cotons de Caroline du Nord, Armorer (le projet) monte lentement en puissance. En un an d’activité Armorer (le bonhomme derrière le projet) a déjà signé deux EP. Cette nouvelle réalisation est la première à bénéficier d’une sortie physique et augure du meilleur pour la  suite. Les premiers instants d’Ashlands, taillés à grands coups de blast beats, laissent apparaitre un combo black assez classique, mais l’atmosphère vire rapidement à la lourdeur la plus étouffante. Parties lentes et véloces s’alternent, toujours gouvernées par des nappes de guitares mélodiques et désespérées. Le morceau-titre dérive vers un black / doom à se « taillader les veines », dans l’esprit de Nortt ou Leviathan, mais aussi avec une pointe d’Agalloch. Peu des variations ici, mais une ambiance glaciale qui  se sculpte elle-même au gré de ce voyage funèbre. Avec son riff old-school et ses blasts, Chambers Beneath The Veil of Hope renoue avec cette alternance de plages véloces et pesantes. L’apparition d’un synthé spectral vient plomber un peu plus l’ambiance, pour le plus grand « bonheur » des fans de Xasthur. Armorer en puissant, d’une part, dans le black dépressif son enveloppe sonore, son aura, et, d’autre part, en irriguant sur bien des aspects ses compositions d’une dimension pagan  livre ici un mini de haute volée, quand bien même il devra encore gagner en assurance et proposer des compos plus ambitieuses et longues, pour permettre à la noirceur de son metal de s’exprimer pleinement.

Solar Asceticists Productions : Bandcamp

Armorer : Bandcamp

AsCl3.

[Chrönique] Område – Nåde – Album – 2017

My Kingdom Music

Experimental / Metal / Trip Hop

France

CD

Edari, paru en 2015, avait cette saveur exceptionnelle de la surprise que personne n’attend, cette fraîcheur perceptible de la première à la dernière note. Avec ce premier essai, le plus scandinave des combos français parvenait à mettre d’accord les fans d’ambient, de metal et de trip-hop, un exploit dont seuls Ulver, Manes ou encore Netra pouvaient jusque-là se targuer. Il n’aura pas fallu deux ans à Område pour en remettre une couche.  Un délai peut-être un peu court : de prime abord, le duo ne se réinvente pas réellement sur Nåde, suite on ne peut plus logique à Edari (Enter sonne par exemple comme un rescapé des sessions de 2015, boosté à la techno). Ce sera là l’une des rares critiques à adresser à ce deuxième album. Malum ouvre le feu sur des sonorités très accessibles, caressantes, presque pop, avec cette rythmique entêtant, cette basse puissante et ce chant évoquant Def Leppard (!), avant de se lancer dans un voyage planant et cosmique. Avec son saxo cliché et son beat lénifiant, XII pourrait passer totalement hors de portée des radars, mais ce serait compter sans ce crescendo qui mène imperceptiblement vers le malaise puis l’accalmie. Très ‘Ulverien’, Hanelle se pose en bande-son d’un film urbain, avant d’exploser. The Same Of The Worst (encore ce saxo cliché) et Baldar Jainko sont plus dispensables, alors que Falaich conclut l’album sur une ambiance de bande-son, emphatique et envoûtante de bout en bout, évoquant le Goldfrapp des débuts. Dans l’ensemble, difficile de ne pas un peu tiquer  sur le chant tant l’accent français prend le dessus par moments. Un album très réussi, mais malgré tout légèrement en dessous de son prédécesseur. L’effet de surprise en moins, donc.

My Kingdom Music : Site Internet

Område : Site Internet

AsCl3

[Chrönique] Mørkt Tre – To The Graves Of Smoldering Time – Album – 2017

Fimbulvinter Productions

Atmospheric black metal

Ukraine

CD


Dans une ère où les mythologies traditionnelles semblent tendre vers un crépuscule plus que certain, la scène metal n’évite pas le pire contrairement à ce que certains peuvent en penser : les vikings de supermarché sont légion, vous en conviendrez. Au contraire la culture slave et son expression dans la musique metal a su garder une certaine forme de crédibilité et d’intégrité. Á l’abri des déviances, elle a su ne pas sombrer dans la caricature et le folklore qui fleurent bon le plan marketing. En effet, au cœur de l’immensité des Carpates, résident de nombreuses formations dont la réputation et leur lien avec la tradition slave n’est plus à prouver. La chronique ci-dessous s’intéresse à l’un ces groupes, Mørkt Tre un projet parallèle de Clin, claviériste de Kroda. Cette formation ukrainienne sort ici son premier album intitulé To The Graves Of Smoldering Time, composé de 6 pistes toutes dénommées « Opus ».

[Chrönique] Destruktionsanstalt – Ex Bello Volaptus – Album – 2017

Grey Matter Productions

Death industrial

Denmark

Tape/digital

This, the ninth release under the Destruktionsanstalt alias for Per Najbjerg Odderskov, is an atmospheric foray into the potential depravity of industrial music. Initially available on cassette as Ex Bello Mortis, the title of this album has shifted from death to bliss over the course of being digitised and made available for download. DMT users might concur with the parallel drawn here.

Kicking off proceedings on this album is someone who is no stranger to psychedelics – Jack Nicholson – and it is from his jarring reaction to chugging a mouthful of Jim Beam that the mechanical creep and whirr of Caedes springs into life. Static lumps and shards of feedback converge together to reenact the Easy Rider actor recoiling from his “first of the day”.

[Chrönique] Giles Corey – Giles Corey – Album – 2011/2015

Enemies List Home Recordings/Flenser Records

Shoegaze/folk

États-Unis

CDr/vinyle/numérique



Né en 1612, Giles Corey était un fermier prospère de Salem Village, ville située dans l’État du Massachusetts et désormais dénommée Danvers. Il fut l’une des victimes les plus célèbres des procès des sorcières de Salem après avoir été accusé de sorcellerie par des adolescentes. Ces jeunes filles l’ont visiblement accusé pour des intérêts financiers, des sources ayant révélé des rivalités entre leurs familles et celles dont Giles Corey et sa femme étaient proches. Décrit comme un vieil homme têtu, il refusa de plaider coupable pendant plusieurs mois et refusa le procès lui-même, préférant garder le silence. On ignore s’il craignait que ses biens soient confisqués ou s’il s’estimait condamné d’avance. Pour le punir d’être resté silencieux, on lui infligea une torture qui n’avait jamais été pratiquée dans cet État auparavant. Pendant trois jours, on l’écrasa avec des pierres accumulées sur une planche qui recouvrait son corps afin qu’il se confesse. La légende raconte qu’il ne prononça que deux mots pendant son supplice : « more weight », et qu’il les répéta jusqu’à ce qu’il expire le 19 septembre 1692. Sa femme fut pendue trois jours plus tard.

Le nom de cet homme fut choisi comme celui du projet solo de Dan Barrett, l’un des deux membres de Have A Nice Life. Prenant le parti d’incarner un Giles Corey réellement possédé, le musicien utilise l’histoire de cet homme comme un moyen d’exprimer des choses plus intimes, comme il l’a fait dans les deux albums de son duo.

Image issue du livret accompagnant l’album, écrit et illustré par Dan Barrett.

 

[Chrönique] Wolok/Rotting Heaven – The Anatomy of Madness – Split – 2017.

Death Knell Productions

Industrial black metal

France / Russie

CD Digipack

Les Français de Wolok sont les premiers à se présenter à la table de dissection. Au programme, trois compos où l’aspect industriel prédomine, beats electro, vomissements passés aux effets, bidouillages divers, guitares en nappes saturées mais paradoxalement propres et parfaitement découpées. Avec ses guitares et sa basse dissonantes et sa fureur rentrée, The Murky Waters of Life évoque (un peu) les meilleurs moments des Norvégiens de Virus. Alors que Tremors semble taillé pour plomber une soirée dans le plus lugubre des clubs berlinois, avec ces atmosphères que ne renierait pas Blut Aus Nord. Skull Gnawer est la moins atypique de ces trois compos, mais pas nécessairement la plus rassurante : Wolok s’y roule dans un doom poisseux et amer, assaisonné de petits bidouillages et de guitares propres, mais fort inquiétantes. Rotting Heaven privilégie une approche a priori plus classique. Le riffing de Coronation of the World’s End est thrashisant et un peu daté, le chant pas toujours captivant. Mais quelques passages techno, quelques atmosphères bien glauques et des synthés sortis tout droit d’un film d’horreur old school amènent une once d’originalité bienvenue. Les Russes versent volontiers dans un registre ‘prog extrême’ qui fait inévitablement penser aux Anglais de <Code> sur The Body Reaper, avec sa basse très en avant, alors que An Altar Of Sacrifice clôt ce split sur une valse macabre et déglinguée. Seule certitude à laquelle on pourra se raccrocher après l’écoute de ce gluant et boueux split : les deux formations n’auront pas eu à subir d’intenses séances de Brainstorming pour trouver un nom à cette collaboration, tant les six titres de Wolok et Rotting Heaven désossent la psyché humaine pour la fondre en un brouet infâme, mais jouissif !

Death Knell Productions : Site Internet

Wolok : Site Internet

Rotting Heaven : Bandcamp

AsCl3.

[Chrönique] LDX#40 – struggling – EP – 2017

Attenuation circuit
Experimental/industrial
Allemagne
CDr

Présenté comme un projet visuel et audio  à multiples facettes LDX#40 laisse aussi une place importante à l’improvisation. D’autre part, LDX#40 se définit comme une entité en mouvement qui subit une transformation continue. Ici, avec Struggling nous sommes face à une longue piste expérimentale de plus de 20 minutes enregistrée live à Augsburg le 23/09/2016. L’atmosphère majoritaire est synthétique, futuriste et cyberpunk. Une tension s’installe par couche : une émeute se prépare entre dark ambient, noise et drone. L’équilibre entre les trois permet de construire un premier développement attractif balançant entre séquences rythmiques et sons futuristes. Struggling est à l’image de la description de LDX#40 : une piste en mouvement qui va progressivement connaître une mutation par le biais d’altérations successives pour se muer en autre chose. Plus expérimental, et plus abstrait le deuxième mouvement de Struggling – qui semble être finalement deux pistes mises bout à bout – fait cohabiter  des éléments technoïdes qui s’incrustent dans un bloc dark ambient aux vibrations menaçantes. Cette seconde partie est, donc, sous le signe du contraste. Sombre, synthétique laissant une place à l’inattendu  Struggling  présente un travail en bien des points captivant, mais qui de par sa nature – un CDr de 22 minutes – n’atteint pas la profondeur immersive d’un album.

LDX#40 : Facebook

Attenuation circuit : Facebook

L.G.