Category Archives: Chrönique

[Chrönique] Astrïd & Rachel Grimes – Through the Sparkle – Album – 2017

Gizeh Records

Modern classical/ambient/indie

France/États-Unis

Vinyle/CD

Through the Sparkle est le fruit de la rencontre du groupe français Astrïd et de la pianiste américaine Rachel Grimes. Ces artistes, bien que séparés par des milliers de kilomètres, ont mis en commun leurs inspirations afin de s’exprimer d’une seule voix. Initialement inspirés de chaque côté de l’océan par différents mouvements de la musique classique contemporaine, ils ont mélangé ces influences avec d’autres registres dans leurs différents projets. De son côté, Rachel Grimes a réalisé cinq albums avec le groupe Rachel’s, dont un bel hommage au peintre Egon Schiele. Quant aux musiciens d’ Astrïd, ils trouvèrent l’énergie essentielle à leurs compositions en improvisant dans des genres tels que le jazz et le blues pour y greffer des éléments empruntés aux œuvres de Ravel et de Satie ainsi qu’à la musique sacrée d’Arvo Pärt. Les morceaux d’Astrïd sont pour la plupart longs et progressifs, hypnotisants comme les œuvres qui les inspirent.

[Chrönique] Modelbeau – Neither Nor – Album – 2017

 

Attenuation circuit

 

Experimental/noise/ambient

 

Pays-Bas

 

CDr

Neither Nor de Modelbeau est un ovni musical signé chez les allemandes d’Attenuation Circuit déjà reconnu pour ces outrances sonores aux confins de la musique post-industrielle, de la noise music et des sonorités électro-acoustiques « éventrées » et hautement toxiques. Cet album est constellé de résonances « dronisantes » obtenues à l’aide de générateurs de sons à partir desquels des modulations stridentes fréquentent quantité de motifs obsessionnels, répétitifs et hypnotiques. Le climat est volontairement oppressant, déroutant et nihiliste. La démarche y est singulière, sensible, surprenante et très intériorisée. Les aplats et continuum se marient avec différents enregistrements en extérieur retraités et manipulés pour le propos de l’album. Quelques pistes, irriguées par une vision fondamentaliste, témoignent d’un goût plus qu’appuyé pour le minimalisme radical. Comme la majorité des albums publiés sur ce label, l’approche est hermétique et difficile, mais révèle des choses ambitieuses et dignes d’intérêt. La tension parfois retombe pour laisser entrevoir des textures sonores plus pures et caressantes, voir quasi somnambuliques. Ce mélange de subversion bruitiste et d’apaisement minimaliste peut parfois se rapprocher des pénombres sonores et organiques d’un Nocturnal Emissions ou d’un Maurizio Bianchi. Difficilement classable et recommandable pour les fans d’expérimentations soniques et de microtonalité.

Modelbau : site

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P.B

[Chrönique] Lugubris – Sorcière – Album – 2016

Asgard Hass/Rotten Vomit Records

Raw black metal

Suisse

CD


Seul et unique album de Lugubris, Sorcière envoie sans fioritures un raw black metal possédé, classique et efficace. Produit par Bornyhake (Borgne) avec justesse : un son sale qui parvient à laisser entendre des riffs que l’on ne peine pas à trouver de qualité. Pas de bouillie sonore ici, mais un travail du son permettant de lui donner la forme nécessaire à l’expression de noirs sentiments.

Un album peut-être un peu trop linéaire malgré des variations notables – par exemple, quelques touches thrash agrémentent les compositions -, mais l’impression domine…Deux titres se détachent tout de même :  Le Vieux loup gris ralentit le tempo sans nettement trancher avec le reste en terme d’esthétique, alors que  1000 monstres dans ma tête –  qui conclut l’album –  fait preuve d’un peu plus de variations cette fois-ci par rapport aux autres compositions, avec notamment une pointe un peu plus heavy.

[Chrönique] Am.Else – Walled-off – Album – 2017

 
Attenuation Circuit

 

Ambient/drone/noise/field recordings/experimental

 

CDr

Attenuation Circuit est un label indépendant originaire d’Augsburg et dont la production est dédiée aux audaces expérimentales, industrielles et électroniques sans réelle distinction de genre. Ce dernier est actif depuis les années 2000 et est né de l’initiative de Sascha Stadlmeier alias Emerge. L’essentielle des parutions est proposée dans un double format, Cdr et numérique.
Alm.eise est déjà un artiste « maison » qui nous offre ici un très isolationniste, abstrait et post-apocalyptique Walled-off. La tendance industrielle, aliénante et glauque est bien au rendez-vous dans ce nouvel opus on ne peut plus cérébral et inquiétant. Les plages s’enchainent pour dévoiler une partition digne de fin du monde ou bruitages métalliques, cramoisis et rouillés côtoient des manipulations de textures sonores amorphes, parfois cybernétiques et enveloppantes. Des voix malades, détraquées et bourrées d’échos, viennent noircir le tableau.
On s’enfonce inexorablement dans une brume cafardeuse et cauchemardesque où aucune lueur d’espoir n’est envisageable. En bref Walled-off est une plongée dans un univers post-industriel décadent, atmosphérique et froid qu’on saura sûrement conseiller aux amateurs de paysages sonores agonisants et mouvementés de Whitehouse SPK, Chris & Cosey, Nurse with Wound et j’en passe.

 

Alm.eise : Facebook

 

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P.B

 

[Chrönique] Wapentake – Murmurations – Album – 2017

Lighten Up Sounds

Neofolk/ambient

Grande-Bretagne

Cassette

La nature est une source d’inspiration intarissable comme en témoigne Murmurations, le premier album de Wapentake, sorti sur Lighten Up Sounds. Elle semble même être au centre de ce recueil de huit chansons, où sur quasiment tout le long des guitares (essentiellement folk) et de rares percussions sont accompagnées de chants d’oiseaux, de sons de rivières, du souffle du vent, ou encore par un feu qui crépite, etc. Ils invitent l’auditeur à s’immerger pleinement dans l’univers du Britannique. 

[Chrönique] KH’LULU – Short letters for a long seperation – Album – 2017

Attenuation Circuit
Noise/experimental
Serbie
Cassette

Short Letters for a long Seperation est sans nul doute l’une des plus intéressantes et originales réalisations parues chez Attenuation Circuit. Cet album est celui du projet KH’LULU. Les pièces en présence sont de véritables toiles mémorielles où s’entrecroisent des bribes de souvenirs, des fragments ininterrompus de silence et de réverbérations à grand renfort de samples et de manipulations de corps sonores. Le tout est peuplé de mélodies en perdition, s’autodétruisant et aux accents parfois mélancoliques et fantomatiques. Une poésie sonore des plus glauques s’échappe de masses informes, comme en lévitation. Cet album propose un trafic incessant de toiles sonores cinématiques, psychédéliques et névrotiques. Le côté urbain, bruitiste et industriel des autres productions d’Attenuation Circuit reste d’actualité. Néanmoins cette ritournelle en péril, en panique et errante se rapproche plus des délires acousmatiques et des traitements croisés de Philip Jeck ou Robert Millis réalisés à partir de vieux disques. Il s’agit d’un album encore une fois très difficile d’accès, parfois rebutant, mais suffisamment onirique et mystérieux pour retenir l’attention et inviter l’auditeur à se noyer dans cet insondable théâtre de revenants.

 

KH’LULU : Facebook

 

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P.B

[Chrönique] Abduction – To Further Dreams of Failure – 2017

Inferna Profundus Records

Black metal

Royaume-Uni

CD

Ce premier album d’Abduction est constitué des trois pistes de la démo sortie en 2016 agrémentées de deux nouvelles compositions. Avec un seul maître à bord – A|V –    cette entité nous fait plonger dans un véritable cauchemar étrange et chaotique. Rien ne nous est épargné dans ce disque très raw, baigné d’une atmosphère hallucinée :  disharmonies maladives, incantations nécrotiques tantôt stridentes, tantôt rauques, – semblant être vomies, elles drapent des architectures instrumentales à la structuration folle -, riffs noirs et torturés charriant avec eux les vestiges de la scène black metal au travers d’une filiation dont par exemple Darkthrone et Mayhem (surtout De Mysteriis Dom Sathanas ) ne sont pas exempts , assise rythmique soit cataplectique soit frénétique, samples ajoutant un touche poisseuse et industrielle, claviers froids comme la tombe, voix décharnées et fantomatiques, sentiment d’oppression,  etc. Certains riffs – celui qui introduit Miser Destructor notamment sont clairement tributaires d’influences death metal ; ce qui ajoute une couche de variation dans la musique d’Abduction, qui réussit le tour de force d’être à la fois primaire et sophistiquée.  Dans l’ensemble la construction des compositions révèle une recherche personnelle et est une source de l’émergence d’un profond sentiment d’angoisse. Une impression d’ensevelissement domine, et même triomphe ! On s’enfonce au fil de l’écoute toujours plus en avant dans les entrailles d’une terre devenue notre cimetière. La dernière piste Catacomb Chant est une sorte d’apothéose grandiose et sublimement macabre. Rien dans cet album ne prend le chemin d’un possible sentiment de bien-être : tout coïncide pour construire une ambiance exceptionnelle dans l’ampleur du malaise qu’elle invoque. To Further Dreams of Failure prend le visage d’une traversée des catacombes couplée à une expérience intérieure dangereuse. N’hésitez pas à embarquer pour ce voyage dont on ne revient pas…

Abduction : Facebook

Inferna Profundus Records : Facebook

L.G.

[Chrönique] Plasmodium – Entheognosis – Album – 2016 .

Satanath Records / Cimmerian Shade Recordings

Psychedelic black metal

Australie

CD

Brusquement sorti du néant en décembre dernier, le groupe australien a de quoi surprendre : ne serait-ce d’abord que par le nom du groupe et le titre de l’album (le terme Plasmodium désignant un parasite à l’origine du paludisme), ou par l’artwork qui semble un peu trop propre et intrigue qui le découvre : quel est ce monstre informe aux multiples yeux que chevauche une vieille femme au regard vide ?

Les choses ne s’arrangent pas si l’on s’attelle à l’écoute de l’album ou qu’on jette un coup d’œil aux paroles.

Plasmodium délivre un black metal lourd, poisseux et chaotique qui en déroutera plus d’un. Bien loin d’un son rituel et mystique à la Urfaust comme le titre aurait pu le suggérer (en grec ancien : connaissance en dieu), Psalmodium provoque le vertige comme une mauvaise possession. L’auditeur n’est plus un simple disciple qui va consulter l’oracle en quête d’une vérité, mais il devient l’oracle lui-même et se fait à son insu Pythie, une Pythie investie par le dieu de la déchéance psychique, au-delà même de la simple folie.

[Chrönique] Croc Noir – Nuit – EP – 2017.

Corde Raide Productions

Black metal

France

Cassette

 

Simplement intitulé Nuit, ce second EP des Alsaciens de Croc Noir s’inscrit dans la lignée du premier : sobre mais efficace. L’écho de tambours accompagnant une psalmodie démoniaque dans un dialecte obscur nous introduit dans le rituel nocturne incarné ensuite par des lignes mélodiques entraînantes mais sombres ; nous voilà plongés dans la nuit. Cet ensemble violent et mélancolique mais non dénué d’épique, et certains passages acoustiques comme l’introduction du morceau Ruine peuvent évoquer un projet comme Eole Noir. La petite demi-heure de l’EP passe bien vite, emmenant l’auditeur dans une chevauchée au cœur de la forêt. Le pari est tout à fait réussi, et les paroles aisément audibles font comprendre la valeur de l’ensemble ; seule la nuit – nuit réelle comme nuit esthétique et symbolique – peut faire comprendre ce que ressentaient nos ancêtres et apporter un savoir relatif sur la nature profonde de l’homme. Sans aller très loin dans cette réflexion, Nuit nous fait entrevoir et pressentir toutes ces thématiques : c’est donc un excellent EP pour le groupe, qui laisse présager un développement musical et thématique futur des plus intéressants.

Croc Noir : Facebook

Corde Raide Productions : Facebook

I.d.P

 

[Chrönique] Friends of Alice Ivy – The Last Days of Fenwyck – EP – 2017

 

Meadowlands

Australie

Darkwave/heavenly voices/neo-classical/trip hop/neofolk

CD

Cela commence en douceur avec de délicats arpèges de guitare nous invitant pour le pays des songes. Au cœur d’une forêt, une voix, lointaine, nous appelant et semblant vouloir nous guider dans ces méandres nocturnes… Et puis, une basse… lourde. Alors peu à peu le voile se lève, l’atmosphère s’assombrit, devient oppressante. Des peurs enfantines, que l’on croyait enfouies…. ressurgissent. On erre seul, cherchant quelque chose pour se rassurer. En vain. Même les quelques instants de répit ne sont qu’éphémères, l’obscurité reprenant rapidement ses droits. On comprend alors que le voyage entrepris sera difficile, que l’on devra apprendre de nos peurs, nos interrogations… s’aventurer dans l’inconnu pour peut-être se redécouvrir et éventuellement renaître…

The Last Days Of Fenwyck, troisième opus des Australiens de Friends Of Alice Ivy, sait envoûter, surprendre tant par la qualité des compositions que par ses ambiances. À l’image de Trance To The Sun ou Lycia, le duo australien marie habilement atmosphères paisibles et oppressantes, avec des sonorités folk, des rythmiques électro-ambiantes et une darkwave éthérée. À mon sens, les titres Wycca et Albion reflètent à merveille ce clair-obscur qui habite l’EP où l’on est sans cesse tiraillé entre lumière et obscurité et surtout transporté par la magnifique voix de Kylie, avec ce je-ne-sais-quoi de fragile et angoissant. Même sur des titres plus lumineux comme Rooks, l’impression de calme avant la tempête n’est finalement jamais très loin.

Autre point fort, malgré l’utilisation de claviers et sonorités darkwave, la présence de violon, piano, percussions folk, guitare et bien évidemment voix fait revêtir à The Last Days Of Fenwyck un aspect organique. Si l’influence de Dead Can Dance peut se fait sentir, la musique des Australiens la digère parfaitement pour nous donner quelque chose de personnel, vivant, n’hésitant pas à évoquer les temps anciens comme sur Blackthorn ou Albion (et sa lente valse jouée au piano)

Une vraie réussite que ce nouvel EP des Friends Of Alice Ivy ! Une tension toute en douceur, des premières notes de guitare pincées de Fenwyck aux claviers ambiants de Brambling, qui nous tient en haleine du début à la fin. Un voyage onirique auquel je vous invite vivement. Cerise sur le gâteau, l’artwork (tout comme ceux des opus précédents) est de toute beauté. À découvrir d’urgence.

Friends of Alice Ivy : Facebook, site

Moriae Encomium