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[Entretien] Blake’s Optimism

Pour faire suite à notre chronique du premier EP de Blake’s Optimism, voici un entretien avec Adrien T.

 

L.G. : Blake’s Optimism étant un projet récent je vous propose dans un premier temps de bien vouloir vous présenter et surtout de nous éclairer sur le choix de faire référence à William Blake – si je ne me trompe pas – dans votre nom.

Adrien T. : Le nom m’est venu assez naturellement. À première vue, en lisant Blake, on ne pense pas vraiment à l’optimisme, mais je lisais Songs Of Innocence qui commence par :

«‘Pipe a song about a Lamb!’

So I piped with merry cheer.

‘Piper, pipe that song again.’

So I piped: he wept to hear.»

L’idée, c’est exactement ça ! Chanter l’horreur avec un optimisme à en tirer les larmes de mon auditoire. Mon espoir, c’est le réveil européen, la fin de l’hypocrisie et la mort du sérieux. J’aimerais qu’on pleure tous un bon coup devant nos conneries, qu’on puisse enfin repartir clean, un sourire aux lèvres.

[Entretien] Lethe

(crédit photographique : Lethe)

Lethe, c’est la rencontre improbable entre deux musiciens hyperactifs et géniaux, la Suissesse Anne Murphy (Cellar Darling, Nucleus Torn, Fräkmündt, ex-Eluveitie) et le Norvégien Tor-Helge Skei (Manes, Manii, kkoagulaa, Formless & Void). Lethe, c’est un univers musical unique, constellé de passages trip-hop, rap, metal, jazzy, rock… Lethe, c’est un duo entouré d’une grande famille d’artistes talentueux qui donnent à ce projet sa saveur unique. Entretien après la sortie du deuxième album de la formation, The First Corpse On the Moon.

AsCl3 : Peu de temps après la sortie de When Dreams Become Nightmares, votre label, Debemur Morti, annonçait la préparation de son successeur. Mais c’est finalement le label italien My Kingdom Music qui a sorti The First Corpse on the Moon. Que s’est-il passé ?
Anna Murphy: Debemur Morti ne partageait simplement pas la même vision sur la suite à donner à notre premier album. Il nous a semblé qu’il attendait que nous prenions une autre direction. Nos chemins se sont donc séparés. Nous avons apprécié leur honnêteté. Il n’y a aucun intérêt à poursuivre une collaboration si ta perception est trop différente.

[Interview] Kruksog

(crédit photographique : Kruksog)

Kruksog est un intéressant projet neofolk de Maldoror (Margaritka Georgieva). Seulement une seule cassette est disponible, mais vous pouvez aussi écouter d’autres sorties sur Bandcamp. Il est temps de découvrir ses étranges berceuses…

L.G. : Le nom de votre projet provient de – si nous ne nous trompons pas – d’un langage imaginaire l’Orkish créé par J. R. R. Tolkien l’auteur du Seigneur des anneaux. La signification de Kruksog est crucifixion. Si vous le souhaitez, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs votre choix  ?

Oui, c’est en Orkish. Je l’ai choisi principalement en raison de combien je tiens Le Seigneur des anneaux en haute estime et aussi parce que j’essaie de faire sonner ma musique séraphique et Jésus lui-même (une entité séraphique) endura la crucifixion.

L.G. : Sur votre EP numérique appelé  When Leeches Shrivel for Their Forged Sun nous pouvons entendre une reprise de Rake, une chanson de Townes Van Zandt. Outre le fait que la chanson originale est excellente, pourquoi avez-vous choisi cette chanson en particulier ?

J’ai choisi sans hésiter cette chanson en particulier parce que j’estime beaucoup les paroles. Je pense que c’est la meilleure chanson écrite ou jouée sur son album Delta Momma Blues.

[Interview] Kruksog

(crédit photographique : Kruksog)

Kruksog is an interesting neo folk project of Maldoror (Margaritka Georgieva). Only one tape is available, but you can listen other releases on Bandcamp. Now it’s time to discover her strange lullabies…

 

L.G. : The name of your project comes from – if we don’t commit an error – an imaginary language, the Orkish created by J. R. R. Tolkien the author of The Lord of the Rings. The meaning of Kruksog is crucifixion. If you want, could you explain to our readers your choice?

Yes, it is in Orcish actually. I chose it mainly because of how much I hold The Lord of the Rings in high regard and also because of how I try to make my music sound seraphic and Jesus himself- (a seraphic entity) endured crucifixion.

L.G. : On your digital EP called When Leeches Shrivel for Their Forged Sun we can hear a cover of Rake, a Townes Van Zandt’s song. Except for the fact that the original song is very good, why did you choose this song especially ?

I undoubtedly chose that certain song since I treasure the lyrics. I believe it was his best written/ performed song off of his Delta Momma Blues album.

[Entretien] Poison Point

(crédit photographique : Poison Point)

 

Poison Point venant de terminer une tournée aux côtés de Drab Majesty et à la veille de la  sortie d’un EP via le label Third Coming Records il n’est pas inutile – selon nous – de vous proposer un entretien avec cet excellent duo.

L.G. :Timothée, tu as commencé Poison Point seul et sorti une démo et un album avant qu’Arnaud te rejoigne en août 2016. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Avez-vous rapidement trouvé un terrain d’entente ? Pouvez-vous nous dire en quelques mots comment vous travaillez ensemble ?

Tim : On s’est rencontré au cours de nos études, car nous étions dans la même école d’art. À l’époque je faisais assez régulièrement des affiches de concert sérigraphiées, Arnaud en avait remarqué une traîner dans un couloir de l’école et avait cherché à savoir qui l’avait réalisée. Par la suite on a toujours gardé contact même en habitant des villes différentes. On a fini par se retrouver à Lyon il y a deux ans et commencé à faire un peu de musique ensemble. Poison Point existait déjà en solo, j’ai rapidement ressenti l’envie de faire évoluer ce projet avec une autre personne et Arnaud m’est apparu comme une évidence.

Je venais de sortir mon mini LP quand on a commencé à travailler ensemble. De ce fait le début de la formule en duo a été un peu compliqué, car tout était composé pour être joué live par une seule personne donc nous avons mis un certain temps à tout réadapter.

On a changé pas mal de fois de set up jusqu’à arriver très récemment à une configuration qui nous ressemble et nous convient en live autant qu’en studio.

Arnaud : En ce qui concerne les nouvelles compositions, on a pas forcément de formule figée. On part souvent d’un riff de base au synthé composé par l’un de nous, que l’on va retravailler ensemble pour le faire évoluer tout en composant une rythmique à l’aide d’une boite à rythme. La partie chant est par contre toujours composée en dernier par Tim.

Tim : Au moment de la composition de la partie instrumentale j’étudie en parallèle différentes façons d’intégrer ma voix pour former un tout cohérent.

[Entretien] Corde Raide Productions

Corde Raide Productions est un jeune label canadien qui fait preuve de dynamisme, et qui surtout prend un soin particulier à proposer des productions résolument underground et intègres. Voici un entretien avec Francois Le Gueux, son créateur.

 

L.G. : Votre label existe depuis  2016 et vous avez déjà au compteur deux démos, un split, deux EP, et trois albums tous sortis en cassette…D’où vient l’envie et la motivation de vous lancer dans l’aventure, sachant qu’il n’est pas toujours évident de rivaliser notamment avec des contenus accessibles gratuitement en ligne ?

Francois Le Gueux : Tout d’abord, je ne pense pas que le terme ‘’rivaliser’’ soit approprié en ce qui concerne Corde Raide. L’édition de productions black metal dites ‘’underground’’ sur support physique tel que la cassette et la prise en charge de la distribution remplissent, en mon sens, un tout autre rôle que d’offrir du contenu gratuitement en ligne. Moi le premier, j’aime posséder les œuvres qui m’ont marqué, ou qui en valent tout simplement la peine à mes yeux. De plus, cela peut être un moyen de démontrer son soutien à la formation. Le web a bien sûr changé bien des choses, ce qui a, et continue de faire mal aux majors et à ceux qui tirent les ficelles de l’industrie de la musique. En contrepartie, cela a eu l’effet de donner une plus grande visibilité aux labels indépendants et aux autoproductions. C’est donc plus facile pour les gens qui cherchent une alternative au mainstream de trouver des productions intéressantes. Cela dit, pour répondre à la question d’où me vient la motivation et l’envie, je répondrais que c’est arrivé un peu par la force des choses. Fin 2015, j’ai lancé en autoproduction le premier EP de mon propre projet, Mort aux Gueux. Suite à quoi, à l’aide d’un ami proche, nous en avons fait la promotion, l’édition sur cassette et la distribution. J’ai donc voulu renouveler l’expérience pour des projets d’autrui, voulant ainsi créer une sorte de lien entre les différents groupes. De cette idée de collaboration est né Corde Raide Productions.

Un mot peut-être pour nous éclairer sur le choix du nom de votre label, et sur le choix de son logo (Odin pendu par un pied à l’arbre Yggdrasil) ?

Ça paraîtra cliché pour certain, mais une des lectures qui m’a le plus marqué dans ma vie est Ainsi Parlait Zarathoustra de Nietzche. On y retrouve un funambule qui fait figure médiane, comme une corde tendue entre la bête et le surhomme si je me souviens bien. Ça représente donc ma vision de Corde Raide, que je souhaite être comme un pont, et non un but. Pour ce qui est du logo, un gars du nom de Praxosthène, dont je ne sais pratiquement rien d’autre que ce pseudonyme, est arrivé un peu à l’improviste et m’a proposé ce logo dans un courriel. Il donne son temps à l’art underground, et ce, gratuitement. Merci à lui. Et là je le cite : << Le vrai Black Metal, c’est comme un monstre qui vit dans l’ombre animé par de vrais gens sincères et déterminés pour rappeler que tout le monde n’est pas lobotomisé et qu’il y aura toujours un alternative à l’art mainstream (et peut-être même à la société). >>

Vous êtes positionné dans la scène black metal, scène qui a pris une ampleur plus que considérable au vu du volume exponentiel des sorties…Il devient difficile de se faire remarquer en tant que structure selon moi. Est-ce quelque chose que vous aviez à l’esprit quand vous avez mis sur pied Corde Raide Productions ?

Au départ, mon but n’était pas de me faire remarquer en tant que structure, mais bien de la créer. Dans cette optique, j’ai, et continue de collaborer avec des formations que je juge intéressantes afin de produire des éditions cassettes de qualité. Un certain réseau de distribution s’est développé par la suite, et les gens reviennent. Il est vrai que l’on observe une quantité phénoménale de sorties black metal, mais en ce qui à trait à Corde Raide, je ne crois pas que cela puisse nuire en quoi que ce soit.

Quels sont les labels qui remportent vos suffrages, et qui vous ont peut-être grâce à leur travail motivé à créer Corde Raide Productions ?

Tour de Garde est sans contredis le label que j’estime le plus. De par son intégrité et sa constance. Son but premier est de promouvoir l’underground et il n’a jamais semblé y déroger. Un autre du Québec serait Les Productions Hérétiques. Tout ce qui sort sous cette bannière est d’une grande qualité et il aide grandement à diffuser le Métal Noir Québécois. Sinon, en France, Résilience et France d’Oïl Productions chez qui je me suis procuré de vrais bijoux. Les gars font ça à l’ancienne, ce qui est tout à leur honneur. Mon ami de Timeworn Records aux USA, est aussi un bon exemple d’intégrité.

On trouve de plus en plus de groupes qui sortent leur musique uniquement en format numérique, bien qu’il y ait des choses remarquables, on trouve énormément de productions dispensables. Dans ce contexte il me semble que la médiation d’un label apporte une plus-value dans le sens où c’est une tierce personne qui intervient dans la diffusion et qui par son investissement fait la démonstration que tel ou tel groupe vaut la peine d’être écouté ? Qu’en penses-tu ?  

C’est une façon très intéressante de voir les choses, et, qui plus est, me semble juste. Avec cette multitude de projet qui naît à chaque instant et qui est à la portée de tous sur les réseaux sociaux, il est vrai que l’on peut s’y perdre. Dans ce contexte, le label fait donc figure de phare, ou de médiation en effet. Ce qui est le plus important, n’est pas ce que l’on décide d’éditer, mais plutôt ce que l’on refuse…

Vous avez sorti comme indiqué plus haut uniquement des cassettes. L’avantage de ce support qui a retrouvé une seconde jeunesse et évidemment de pouvoir produire à moindres coûts et donc de limiter les risques, mais envisagez-vous de produire des groupes sur d’autres supports ?

Pour ce qui est de produire sur CD, c’est toujours possible. D’ailleurs, le dernier album de Mort aux Gueux est sorti sur ce support en plus des cassettes. Je prévoie aussi de faire une compilation et le CD me semble tout désigné pour ça. Cependant, pour les sorties régulières, je préconise en effet la cassette, non seulement pour son côté économique mais aussi du fait que je trouve que c’est le support idéal pour le black metal. Son côté DIY et le son caverneux qu’elle crée va de soi avec ce style.

Comment sélectionnez-vous les groupes que vous signez ? Quels sont les critères pour trouver grâce à vos yeux ?

Bien qu’elles ne soient pas si nombreuses, la majorité des productions m’ont été proposées par les groupes eux-mêmes. J’en reçois plusieurs, dû au fait que le nombre de nouveau projet est astronomique comme on le mentionnait plus tôt. J’écoute tout ce que l’on m’envoie. J’y vais ensuite tout simplement selon mes goûts et si ça va selon la ligne directrice que j’ai donné à Corde Raide.

On a particulièrement apprécié l’EP de Croc Noir comment êtes-vous rentrés en contact ?

En ce qui concerne Croc Noir, c’est moi qui les ai approchés. À vrai dire, il est plutôt rare que je tombe par hasard sur quelque chose qui me plaît, dû au fait que je n’écoute que ce que j’ai trouvé sur des labels justement. À ce moment, j’avais créé un compte Twitter pour le label, lequel est à l’abandon depuis, et j’étais tombé sur Croc Noir. J’ai écouté leur EP Froid d’un seul trait et je me souviens m’être plongé à fond dans cette atmosphère très sombre et glaciale qu’ils ont réussi à créer sur cette œuvre. Il ne m’en fallait pas plus.

Êtes-vous à même de signer des groupes évoluant dans d’autres styles que le black metal ?

Oui et non. Dans certain cas, on peut trouver des groupes dont la musique n’est pas ce qu’on peut appeler du black metal mais qui pourraient très bien coller avec le ‘’Brand’’ de Corde Raide. Et ce, en raison de leur imagerie et de leur attitude. Je pense à Victime Quelconque, par exemple, dont j’ai édité la démo et leur split avec l’excellent Ifernach.

À quoi doit-on s’attendre de votre part dans le futur ? Peux-tu nous renseigner sur l’actualité de Corde Raide Productions ?

Mon but n’est pas de sortir le plus grand nombre de production mais plutôt d’offrir une certaine qualité. Je vais d’abord me concentrer sur les groupes avec qui j’aime travailler, je pense entre autres à Ifernach et Croc Noir que j’ai déjà mentionnés. J’ai aussi ouvert sur le site une section consacrée à la distribution. Je travaille donc à la développer avec la même vision que j’ai pour mes propres productions. Sinon, pour l’actualité, il y a Croc Noir qui sort son second EP très bientôt. Ça va être très intéressant encore une fois. Je suis aussi en discussion avec quelques formations, françaises et québécoises, mais reste à voir si ça mènera quelque part. J’aime donc mieux ne pas trop en parler pour l’instant. Pour conclure ma vision sur le futur de Corde Raide, trois mots peut-être : underground, sobriété, intégrité…

Corde Raide Productions : Facebook, site

Propos recueillis par L.G. entre mars et mai 2017.

 

[Entretien] Day Before Us

Depuis 2012 Day Before Us nous abreuve inlassablement d’œuvres toujours plus abouties, toujours plus fascinantes… On vous propose donc de faire plus amplement connaissance avec projet.

L.G. : Votre dernier album est sorti fin 2016 via Rage in Eden sous le titre de Nihil Interit, difficile de ne pas y voir un emprunt à cette célèbre phrase extraite des Métamorphoses d’Ovide : «Omnia Mutantur, Nihil Interit.» («Tout change, rien ne meurt.»). Qu’en est-il réellement ? Quelles sont les thématiques de cet album ? A-t-il un fil directeur ?

Philippe : Oui, tu vois juste, le titre de l’album est une référence explicite à cette locution latine que l’on attribue à Ovide. C’est toute la constellation d’images, de visions et de sublimes métamorphoses qui m’a séduite derrière cette expression, dévoilant des pans entiers des anciennes doctrines ésotériques, métaphysiques, (néo)platoniciennes sur la transmigration des âmes, l’immortalité, de métempsychose, d’entier détachement des contingences matérielles pour rejoindre «l’anima mundi». Les compositions sélectionnées pour l’album sont toutes façonnées ou du moins inspirées par cette poétique de l’ascension ou de la révélation vers de plus hautes régions spirituelles, d’où leur tonalité tragique, empreinte de douleur mais également de détachement, évoquant angoisse, espoir, sérénité et départ (dans le sens de voyage intérieur, descente au centre de l’âme). Nihil Interit est le noyau conceptuel de l’album, de là se met en place différentes thématiques proches de l’état d’esprit que je viens de décrire, en convoquant à la fois les paroles du philosophe Vladimir Soloviev, du peintre visionnaire et mystique Maximilian Voloshin… L’aile du soir, Zatvornik et Saint of Grief sont des titres qui renvoient à cette nécessité de transcendance comme témoignage d’une quête spirituelle.

L.G. :  Vous avez progressivement intégré de plus en plus de passages où se font entendre du chant ou des vocaux, par le biais de vos collaborations avec notamment Natalya Romashina, mais aussi Jessica Peace et Davide Riccio, et cela pour un résultat plus que probant. Pourquoi avoir fait ce choix alors que vos débuts ne leur laissaient pas autant de place ? Pouvez-vous nous présenter ces différents collaborateurs ?

Philippe : Cette progression est le fruit de mes diverses rencontres, mais je voulais également développer mon inclination pour la poésie lyrique, héroïque, romantique et élégiaque, l’usage de la voix narrée ou chantée m’était indispensable. J’envisage ce rapport musique / chant comme un exaltant et enivrant voyage mystique, plein de songes, de rêveries brumeuses, d’errances et d’évocations quasi « cinématographiques », de mouvements libres au cœur de l’existence. Je connaissais Davide Riccio depuis de longues années. Nous avions réalisé ensemble un film narratif et expérimental, Ungrund, inspiré de la mystique rhénane remise au goût du jour. Jessica Peace est une poète basée à Londres, spécialisée dans le spoken word et une artiste socialement engagée dans beaucoup de causes… L’idée de collaborer avec son projet de l’époque s’est fait naturellement, en résulte cet album qui est peut être le plus expérimental de Day Before Us avec une tendance «glitch ambient» aux contours singulièrement aériens et oniriques. Natalya Romashina m’a été présentée par un ami commun car je cherchais à approfondir le caractère lyrique, tragique et lumineux de ma musique. Elle est diplômée en chant lyrique. Après quelques enregistrements dont le titre Voyna Serdtsa que l’on retrouve sur Prélude à l’âme d’élégie, j’ai été littéralement subjugué. L’alchimie a été immédiate ce qui a grandement facilité cette collaboration.

[Entretien] Abscheu.

 

Abscheu est un projet confidentiel évoluant dans les contrées peu confortables de l’industriel et du power electronics. Son premier album Breviary Of Chaos ne nous avait pas laissé indifférent, loin de là ! Il était temps de mieux cerner ce projet prometteur…

L.G. : Vous avez choisi le mot allemand “Abscheucomme nom de baptême de votre projet, pourquoi avoir opté pour ce mot plus qu’un autre ?

Abscheu : Je cherchais quelque chose qui exprime de manière explicite toute la nécessité qui a donné vie au projet : une aversion profonde envers l’être, son organisation sociétale, son hypocrisie, sa vanité, sa lâcheté, sa médiocrité. Dégoût, aversion : le nom était une évidence. Concernant le choix de l’allemand, le terme sonnait mieux pour moi, comme cela, que son équivalent français ou anglais.

L.G. :  Vous avez sorti votre premier album l’année dernière (en 2016). Sa gestation a-t-elle été longue ? Dans le même genre d’idée, à quand remonte la nécessité de donner vie à Abscheu ?

Abscheu : La gestation chez moi ressemble à une accumulation de ressentis et de réflexions. Cela peut durer des années. Dans mon cas, on parle de près de 10 ans d’empilement de déceptions devant le constat lucide de la vie surestimée, du destin pessimiste. Arrive un stade de l’accumulation où la prise de parole devient nécessaire, même en état de fatalisme absolu. Ça en devient intellectuellement vital. Abscheu, c’est la parole objective d’un homme non massifié. Ni apitoiement, ni cri, ni pleurnicherie : on parle ici de jugement rendu, de condamnation froide et justifiée. L’album lui-même m’a pris moins d’un an. Il a fallu gérer le sentiment d’urgence inhérent à la nécessité, s’opposant à ma nature très structurée. C’est une oeuvre qui au final est très pensée, pour laquelle j’ai dû acquérir une maîtrise du son, et développer une pratique. Je me suis astreint à conserver une discipline et une auto-critique tout au long du développement, pour arriver à un résultat qui me satisfait.

[Entretien] Desecresy

Voici un entretien avec Tommi de Desecresy !

 

Vincent : Salutations françaises de Mithra ! Templezine. Pour commencer cette entrevue, peux-tu expliquer à nos lecteurs le sens exact du mot Desecresy ainsi que la raison de ce choix ? Cela sonne comme un jeux de mots entre desecration and heresy (profanation et hérésie), mais peut-être je suis complètement à côté de la plaque !

Tommi  : Salut, tu peux appeler cela un jeu de mots, et y ajouter “secrecy“ (le secret) aussi. Il n’y a pas de signification précise pour ce mot. Le sens est plus dans l’impression que dans une définition spécifique.

De part ses membres et sa musique en elle-même Desecresy peut être vu comme une renaissance depuis les cendres du brillant Slugathor. Pouvez-vous nous parler du split de ce dernier ? Quelle serait la différence principale entre ces deux groupes ?

 Desecresy est né des cendres de Slugathor mais dés le début les a transcendées. La principale différence est bien sûr le line-up. Certaines différences sont dans les structures des morceaux. En particulier les premiers qui étaient en apparence plus simples, mais construits avec plus de soin comparé à Slugathor. Les compositions de Desecresy ont généralement des mélodies principales, qui s’unissent comme avec une colle pour donner à chacune d’elle un caractère initial et une atmosphère, au lieu d’un solo de guitare qui surgit de temps à autre.  C’est la chose principale qui sépare Desecresy de  Slugathor et encore plus de la plupart des groupes de death metal. Slugathor était au bout de sa route. Je me sentais restreint dans la composition, et je suppose que les autres membres se sentaient frustrés du manque de prestations live. Ajoute à cela un sentiment de négativité accumulé toutes ces années. Aucune animosité à l’égard des autres gars, par contre, je tiens à le préciser. Allez jeter une oreille sur Cadaveric Incubator et Hostis Humani Generis. Certains membres originaux en font partie.
 
Vous jouez en tant que duo depuis le début, ça ressemble à l’union de deux fortes personnalités séparant la processus conceptuel et la création musicale. Pouvez-vous développer la façon dont vous exprimez des sentiments si morbides ?

 

La plus grande partie de notre collaboration s’appuie sur des discussions au sujet des thématiques et de la direction que nous voulons prendre dans le futur. Généralement, je présente les nouvelles chansons à Jano quand elles sont quelque peu prêtes, et lui travaille sur ses textes et les arrangements vocaux indépendamment. Je pense que les sentiments qu’expriment Desecresy sont plus sombres que morbides.

[Interview] Desecresy

Here an interview with Tommi from Desecresy.

Vincent : French salutations from Mithra ! Templezine. To begin this interview can you explain our readers the exact meaning and the choice of Desecresy? It sounds like a word play between desecration and heresy to me but perhaps am i totally wrong.

Tommi : Salut! You can call the name a word play and add secrecy in there too. There is no exact meaning for the word. The meaning is more in the feel of the word rather than some specific description.

From its members and the music itself, Desecresy could be seen as a reborn from the ashes of the brilliant Slugathor. Can you tell us about the split of this latter? What would be the main difference between these two bands?

Desecresy rose from the ashes of Slugathor but transcended to it’s own form the very beginning. Main difference is of course the different line up. Some musical differences are the song structures. Especially the early Desecresy songs were seemingly more simplistic, but constructed more carefully compared to Slugathor.

Desecresy songs usually have lead melodies as binding glue and to give each song an initial character and atmosphere instead of having a guitar solo popping up every once in a while. This is one thing separating Desecresy from Slugathor and even more from most Death Metal groups.

Slugathor came to the end of its’ path. I felt that we were restrained from creating new material, and I guess the others felt being restrained from playing live enough. Plus all the negativity that had built up over the years. No bad blood between me and the other guys today, I’d like to add. Check out the bands Cadaveric Incubator and Hostis Humani Generis. They have some former Slugathor members.

You play as a duo since the begining, it looks like a reunion between two strong entities, separating the concept processing and the musical creation. can you develop the way you express such morbid feelings?

Most of our collaboration comes in form of discussions about lyrical themes and the direction we want to take in the future. I usually present the new songs to Jarno when they are somewhat ready and Jarno works on his lyrics and vocal arrangements independently. I think the feelings Desecresy expresses are rather dark than morbid.