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[Entretien] Day Before Us

Depuis 2012 Day Before Us nous abreuve inlassablement d’œuvres toujours plus abouties, toujours plus fascinantes… On vous propose donc de faire plus amplement connaissance avec projet.

L.G. : Votre dernier album est sorti fin 2016 via Rage in Eden sous le titre de Nihil Interit, difficile de ne pas y voir un emprunt à cette célèbre phrase extraite des Métamorphoses d’Ovide : «Omnia Mutantur, Nihil Interit.» («Tout change, rien ne meurt.»). Qu’en est-il réellement ? Quelles sont les thématiques de cet album ? A-t-il un fil directeur ?

Philippe : Oui, tu vois juste, le titre de l’album est une référence explicite à cette locution latine que l’on attribue à Ovide. C’est toute la constellation d’images, de visions et de sublimes métamorphoses qui m’a séduite derrière cette expression, dévoilant des pans entiers des anciennes doctrines ésotériques, métaphysiques, (néo)platoniciennes sur la transmigration des âmes, l’immortalité, de métempsychose, d’entier détachement des contingences matérielles pour rejoindre «l’anima mundi». Les compositions sélectionnées pour l’album sont toutes façonnées ou du moins inspirées par cette poétique de l’ascension ou de la révélation vers de plus hautes régions spirituelles, d’où leur tonalité tragique, empreinte de douleur mais également de détachement, évoquant angoisse, espoir, sérénité et départ (dans le sens de voyage intérieur, descente au centre de l’âme). Nihil Interit est le noyau conceptuel de l’album, de là se met en place différentes thématiques proches de l’état d’esprit que je viens de décrire, en convoquant à la fois les paroles du philosophe Vladimir Soloviev, du peintre visionnaire et mystique Maximilian Voloshin… L’aile du soir, Zatvornik et Saint of Grief sont des titres qui renvoient à cette nécessité de transcendance comme témoignage d’une quête spirituelle.

L.G. :  Vous avez progressivement intégré de plus en plus de passages où se font entendre du chant ou des vocaux, par le biais de vos collaborations avec notamment Natalya Romashina, mais aussi Jessica Peace et Davide Riccio, et cela pour un résultat plus que probant. Pourquoi avoir fait ce choix alors que vos débuts ne leur laissaient pas autant de place ? Pouvez-vous nous présenter ces différents collaborateurs ?

Philippe : Cette progression est le fruit de mes diverses rencontres, mais je voulais également développer mon inclination pour la poésie lyrique, héroïque, romantique et élégiaque, l’usage de la voix narrée ou chantée m’était indispensable. J’envisage ce rapport musique / chant comme un exaltant et enivrant voyage mystique, plein de songes, de rêveries brumeuses, d’errances et d’évocations quasi « cinématographiques », de mouvements libres au cœur de l’existence. Je connaissais Davide Riccio depuis de longues années. Nous avions réalisé ensemble un film narratif et expérimental, Ungrund, inspiré de la mystique rhénane remise au goût du jour. Jessica Peace est une poète basée à Londres, spécialisée dans le spoken word et une artiste socialement engagée dans beaucoup de causes… L’idée de collaborer avec son projet de l’époque s’est fait naturellement, en résulte cet album qui est peut être le plus expérimental de Day Before Us avec une tendance «glitch ambient» aux contours singulièrement aériens et oniriques. Natalya Romashina m’a été présentée par un ami commun car je cherchais à approfondir le caractère lyrique, tragique et lumineux de ma musique. Elle est diplômée en chant lyrique. Après quelques enregistrements dont le titre Voyna Serdtsa que l’on retrouve sur Prélude à l’âme d’élégie, j’ai été littéralement subjugué. L’alchimie a été immédiate ce qui a grandement facilité cette collaboration.

[Entretien] Abscheu.

 

Abscheu est un projet confidentiel évoluant dans les contrées peu confortables de l’industriel et du power electronics. Son premier album Breviary Of Chaos ne nous avait pas laissé indifférent, loin de là ! Il était temps de mieux cerner ce projet prometteur…

L.G. : Vous avez choisi le mot allemand “Abscheucomme nom de baptême de votre projet, pourquoi avoir opté pour ce mot plus qu’un autre ?

Abscheu : Je cherchais quelque chose qui exprime de manière explicite toute la nécessité qui a donné vie au projet : une aversion profonde envers l’être, son organisation sociétale, son hypocrisie, sa vanité, sa lâcheté, sa médiocrité. Dégoût, aversion : le nom était une évidence. Concernant le choix de l’allemand, le terme sonnait mieux pour moi, comme cela, que son équivalent français ou anglais.

L.G. :  Vous avez sorti votre premier album l’année dernière (en 2016). Sa gestation a-t-elle été longue ? Dans le même genre d’idée, à quand remonte la nécessité de donner vie à Abscheu ?

Abscheu : La gestation chez moi ressemble à une accumulation de ressentis et de réflexions. Cela peut durer des années. Dans mon cas, on parle de près de 10 ans d’empilement de déceptions devant le constat lucide de la vie surestimée, du destin pessimiste. Arrive un stade de l’accumulation où la prise de parole devient nécessaire, même en état de fatalisme absolu. Ça en devient intellectuellement vital. Abscheu, c’est la parole objective d’un homme non massifié. Ni apitoiement, ni cri, ni pleurnicherie : on parle ici de jugement rendu, de condamnation froide et justifiée. L’album lui-même m’a pris moins d’un an. Il a fallu gérer le sentiment d’urgence inhérent à la nécessité, s’opposant à ma nature très structurée. C’est une oeuvre qui au final est très pensée, pour laquelle j’ai dû acquérir une maîtrise du son, et développer une pratique. Je me suis astreint à conserver une discipline et une auto-critique tout au long du développement, pour arriver à un résultat qui me satisfait.

[Entretien] Desecresy

Voici un entretien avec Tommi de Desecresy !

 

Vincent : Salutations françaises de Mithra ! Templezine. Pour commencer cette entrevue, peux-tu expliquer à nos lecteurs le sens exact du mot Desecresy ainsi que la raison de ce choix ? Cela sonne comme un jeux de mots entre desecration and heresy (profanation et hérésie), mais peut-être je suis complètement à côté de la plaque !

Tommi  : Salut, tu peux appeler cela un jeu de mots, et y ajouter “secrecy“ (le secret) aussi. Il n’y a pas de signification précise pour ce mot. Le sens est plus dans l’impression que dans une définition spécifique.

De part ses membres et sa musique en elle-même Desecresy peut être vu comme une renaissance depuis les cendres du brillant Slugathor. Pouvez-vous nous parler du split de ce dernier ? Quelle serait la différence principale entre ces deux groupes ?

 Desecresy est né des cendres de Slugathor mais dés le début les a transcendées. La principale différence est bien sûr le line-up. Certaines différences sont dans les structures des morceaux. En particulier les premiers qui étaient en apparence plus simples, mais construits avec plus de soin comparé à Slugathor. Les compositions de Desecresy ont généralement des mélodies principales, qui s’unissent comme avec une colle pour donner à chacune d’elle un caractère initial et une atmosphère, au lieu d’un solo de guitare qui surgit de temps à autre.  C’est la chose principale qui sépare Desecresy de  Slugathor et encore plus de la plupart des groupes de death metal. Slugathor était au bout de sa route. Je me sentais restreint dans la composition, et je suppose que les autres membres se sentaient frustrés du manque de prestations live. Ajoute à cela un sentiment de négativité accumulé toutes ces années. Aucune animosité à l’égard des autres gars, par contre, je tiens à le préciser. Allez jeter une oreille sur Cadaveric Incubator et Hostis Humani Generis. Certains membres originaux en font partie.
 
Vous jouez en tant que duo depuis le début, ça ressemble à l’union de deux fortes personnalités séparant la processus conceptuel et la création musicale. Pouvez-vous développer la façon dont vous exprimez des sentiments si morbides ?

 

La plus grande partie de notre collaboration s’appuie sur des discussions au sujet des thématiques et de la direction que nous voulons prendre dans le futur. Généralement, je présente les nouvelles chansons à Jano quand elles sont quelque peu prêtes, et lui travaille sur ses textes et les arrangements vocaux indépendamment. Je pense que les sentiments qu’expriment Desecresy sont plus sombres que morbides.

[Interview] Desecresy

Here an interview with Tommi from Desecresy.

Vincent : French salutations from Mithra ! Templezine. To begin this interview can you explain our readers the exact meaning and the choice of Desecresy? It sounds like a word play between desecration and heresy to me but perhaps am i totally wrong.

Tommi : Salut! You can call the name a word play and add secrecy in there too. There is no exact meaning for the word. The meaning is more in the feel of the word rather than some specific description.

From its members and the music itself, Desecresy could be seen as a reborn from the ashes of the brilliant Slugathor. Can you tell us about the split of this latter? What would be the main difference between these two bands?

Desecresy rose from the ashes of Slugathor but transcended to it’s own form the very beginning. Main difference is of course the different line up. Some musical differences are the song structures. Especially the early Desecresy songs were seemingly more simplistic, but constructed more carefully compared to Slugathor.

Desecresy songs usually have lead melodies as binding glue and to give each song an initial character and atmosphere instead of having a guitar solo popping up every once in a while. This is one thing separating Desecresy from Slugathor and even more from most Death Metal groups.

Slugathor came to the end of its’ path. I felt that we were restrained from creating new material, and I guess the others felt being restrained from playing live enough. Plus all the negativity that had built up over the years. No bad blood between me and the other guys today, I’d like to add. Check out the bands Cadaveric Incubator and Hostis Humani Generis. They have some former Slugathor members.

You play as a duo since the begining, it looks like a reunion between two strong entities, separating the concept processing and the musical creation. can you develop the way you express such morbid feelings?

Most of our collaboration comes in form of discussions about lyrical themes and the direction we want to take in the future. I usually present the new songs to Jarno when they are somewhat ready and Jarno works on his lyrics and vocal arrangements independently. I think the feelings Desecresy expresses are rather dark than morbid.

Un peu de lecture : compilation des interviews de 2016.

– Dysylumn :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/137431318449/entretien-dysylumn

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– Shuar Lodge :

english >

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/139300743319/interview-shuar-lodge

français :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/139305240104/entretien-shuar-lodge

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– Sus Scrofa :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/142448715339/entretien-sus-scrofa

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– Subklinik :

english >

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/142694358384/interview-subklinik

français >

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/142700862269/entretien-subklinik

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–  Dolven :

english >

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/145511630619/interview-dolven-neo-folk-acoustic-doom-metal

français >

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/145513097299/entretien-dolven-neo-folk-acoustic-doom-metal

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– Lisieux :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/145822255419/entretien-lisieux

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–  Malepeste :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/152895364484/entretien-malepeste

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– Ordo Blasphemus :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/153611248394/entretien-ordo-blasphemus

– Suicidal Madness :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/154338060654/entretien-suicidal-madness

– Hercynia Sylva :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/154843356564/entretien-hercynia-sylva

– KLLK :

http://mithratemplezine.tumblr.com/post/155080935264/entretien-kllk

[Entretien] KLLK

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Le premier album de KLLK sortant en janvier 2017, on vous propose de mieux faire connaissance avec cette jeune formation du sud de la France. Bonne lecture.

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(Crédit photographique : KLLK)

L.G. : Vous signez votre premier album sur Caligari Records…Quelle  est sa thématique principale, et où l’avez vous enregistré?

C. Neomalthusian : Salutations Louis Germain, oui nous avions déjà eu quelques échanges avec Caligari Records pour quelques trades auparavant (en partie avec mon label Solar Asceticists Productions). Ce pacte, c’est du pain bénit pour nous, il y a de très bons groupes chez Caligari, je pense notamment à Lung Molde ou Jupiterian.

Chacune de nos sorties se présente avec une thématique définie se basant sur les cultes cosmogoniques d’une certaine civilisation, avec souvent un ouvrage de référence. Pour cette sortie, les travaux de Mircea Eliade notamment Le mythe de l’éternel retour, et La doctrine de l’éveil de Julius Evola nous ont amenés à retranscrire la cosmogénèse et son reflet tellurique, les solstices, les équinoxes et les célébrations qui en découlent. Le Brasier des Mondes a été choisi comme un point d’ultime renouvellement, la renaissance par les flammes cosmiques. Le travail sur les compositions a débuté sur la fin de l’année 2015, et l’enregistrement s’est fait progressivement dans le home studio de Sk², puis la batterie a été enregistrée séparément par Benjamin B. au studio l’Avion. Benjamin, suite à des priorités d’ordre privé, nous a quittés non longtemps après ça, je tiens donc à signaler que nous recherchons activement un batteur.

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(Brasier des Mondes – édition cassette)

L.G. : Vous proposez deux artworks différents, selon les supports CD ou cassette (si je ne me trompe pas), pourquoi avoir fait ce choix ? Là encore, ils différent quelque peu de ce que l’on a l’habitude de voir…Qui est la personne qui les a réalisés ?

C. Neomalthusian : Alors l’idée de départ est d’étayer au maximum le concept sur les cycles, musicalement comme visuellement, donc on a pensé à approfondir l’imagerie. Il nous fallait du visuel dessiné, traditionnel et qui renverrait aux thématiques abordées. Sur la version cassette, la vision du Brasier des Mondes est plus tellurique et sur celle du CD elle est davantage “céleste”. Si on diffère dans notre mode d’expression, ce n’est jamais volontairement, il n’y a aucune volonté de prétendre renouveler le genre au contraire, notre démarche se veux plutôt “archaïque”.  Après  ça, oui, bien sûr on ne traite pas de sujets sataniques, lucifériens ou vaguement – banalement – antichrétien comme bon nombre de nos contemporains, donc l’imagerie s’inscrit dans la continuité des paroles et du noyau musical. Depuis l’EP Between the First Heliocentric Wind and the Great Devourer of Light c’est Daphné (DPHN) ma compagne qui réalise les visuels. Très inspirée par l’étude des Védas et dotée d’une certaine technique, Daphné s’est naturellement projetée dans l’univers de KLLK sans difficulté.

(Brasier des Mondes – édition CD)

L.G. : Vous pratiquez un style assez particulier, comment naît typiquement un morceau de KLLK ?

C. Neomalthusian : On construis un morceau comme on construis un temple. En tout humilité, c’est l’union de chacun qui contribue à ériger ces titres et former cette cohésion spirituelle. Les procédés sont donc extensibles dans la majeur partie des cas, mais Sk² reste souverain et se place souvent à l’origine des compositions.

L.G. : Quelles sont vos principales influences qu’elles soient musicales ou non ?

C. Neomalthusian : Une question qui promet une réponse bien étendue…on va essayer d’écourter tout ça. Nos influences d’abord musicales s’étendent sur de vastes horizons, quand notre feu batteur était partisan de groupes comme Disembewolment, Demilich et Dead Congregation, N. Sol Invictus se rapprochait davantage du pagan et de la scène BM québécoise, tout comme notre bassiste I. Catharsis avec un penchant pour la scène finlandaise. Quant à Sk² ses références sont Portal, Dodsengel, Urna (Iter ad Lucem), Ulcerate et Deathspell Omega (Kenose). De mon coté ça va de Vrolok à Negative Plane, en passant Trepaneringsritualen, Desertshore de Nico, Theologian et Ash Borer. Dans l’ensemble nous avons tous des références assez éclectiques (du neofolk au power electronics), mais à travers les morceaux ce sont surtout le funeral doom et le black metal Atmosphérique qui nous inspirent.

Pour ce qui est des influences non musicales, les écritures sacrées, l’anthropologie et les essais philosophiques (pérennialisme) se placent au premiers rangs. Sk² puise ses sources sur des l’étude gnostique chrétienne, les cultes de l’antiquité grecque, Hermès Trismégiste, le terrain de l’immanence et les écrits de Lovecraft, de mon coté c’est la Tradition, sur le plan philosophique, qui m’inspire le plus. Tu as dû l’apercevoir à plusieurs reprises, Julius Evola (Chevaucher le tigre comme livre de référence et de méditation), Coomaraswamy, Guénon, Eliade sont souvent cités à travers les travaux de KLLK, mais d’autres approches notamment cinématographiques m’inspirent aussi, je pense au cinéma russe de Tarkovsky et kalatozov, Leos Carax puis Lucile Hadzihalilovic et J. Mojica Marins.

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(Pochette de l’EP Between the First Heliocentric Wind and the Great Devourer of Light)

L.G. : Peut-on dire que KLLK est une sorte de redécouverte, de quête, en grande partie instinctive  dans le sens où elle ne repose pas principalement, sur une démarche intellectuelle, sur une reconstruction critique, de principes spirituels premiers ? Il me semble que vous recherchez par vous-même et en vous-même une transcendance prohibée par la “tyrannie du capital”…

C. Neomalthusian : En réalité, comme tu l’a bien défini nous n’avançons pas à l’aveugle… parmi des aveugles. Il y a effectivement à travers KLLK une volonté de s’extirper de ce brasier humain dont l’illusion, l’économie mondialisée et le matérialisme en serait le prolongement mécanique. L’immanence, non comme repli, mais comme extension de nous-mêmes est très présente, voire essentielle dans les travaux de notre groupe. C’est en quelque sorte une volonté de rompre activement avec les rouages d’une humanité qui n’accepte pas la fin de son cycle, le

Kali Yuga. Ce qui expliquerait par là, la présence archaïque de messages primordiaux, une certaine forme de rattachement à une origine lointaine et cosmique. KLLK n’est pas non plus une arcane nihiliste ou une certaine forme de catharsis existentielle, il se situe, sans tomber dans la vulgarité “new age“, dans le prolongement de l’Être en soi et de son absolution. Donc nous souhaitons retranscrire, loin de l’intellectualisme classique, une véritable démarche active et non passive comme réponse à l’obsolescence, à contre-courant de cette époque qui ne sait pas même qu’elle meurt autant spirituellement que physiquement.

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(Crédit photographique : KLLK)

L.G. : Prévoyez-vous de réaliser des concerts ?

C. Neomalthusian : On a l’intention depuis quelques années de préparer notre groupe à des prestations scéniques pouvant transmettre l’univers de nos opus devant un public, mais la difficultés de trouver des batteurs dans le sud de la France compromet et retarde ce projet. On verra bien ce que nous dira l’avenir.

L.G. : Je vous remercie d’avoir répondu à mes questions, je vous laisse le mot de la fin…

C. Neomalthusian : Merci à toi pour cette interview.

KLLK : Facebook

Entretien réalisé par L.G. par courriel. Décembre 2016.

 

[Entretien] Hercynia Sylva

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Hercynia Sylva est un projet qui ne manque pas de caractère. On vous propose aujourd’hui de mieux faire connaissance avec ce duo grâce à cet interview d’Alban Blaising. 

L.G. : Je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions, Hercynia Sylva étant un groupe relativement confidentiel, pouvez-vous nous le présenter ? Pourquoi avez-vous fait le choix de cette expression qui signifie “forêt hercynienne” ?

Alban Blaising : Nous sommes deux dans la formation, Fabrice Bernardin pour la batterie et moi, Alban Blaising pour le reste (guitare, basse, synthé, chant, …).On a déjà bien dépassé la trentaine et sommes actif dans les milieux musicaux lorrains depuis le milieu des années 90 avec des groupes metal (trash, death, black) comme Cruention, Hemafrost, Ghord où indus avec mon projet Puanteur de Charnier. Pour ce qui est du terme Hercynia Silva il est venu à la suite de mes lectures de La guerre des Gaules de Jules César et de La Germanie de Tacite.J’aime l’aura mystérieuse qui entoure cette vaste forêt primaire au cœur de l’Europe, que ce soit par son immensité, sa faune archaïque comme les Aurochs, les peuples celtes et germains qui y vivaient et les légendes que ces auteurs romains ont véhiculées.

L.G. : Vous pratiquez un style assez particulier…Comment cette identité musicale a-t-elle émergé ? Et, comment travaillez-vous tous les deux pour parvenir à brasser autant d’influences différentes tout en construisant des compositions cohérentes ?

Alban Blaising : Notre style est venu assez naturellement, nous souhaitions nous orienter vers un feeling plus rock mais en utilisant notre culture musicale, et effectivement on va retrouver des influences post-punk, cold, metal, pop, electro, shoegaze, dark folk ou indus. De toute façon on se contrefout royalement des étiquettes musicales et je ne trouve pas contre-nature le fait de faire cohabiter ces multiples influences, je pense avoir une vision assez concrète de ce vers quoi je veux aller, ce qui explique surement la cohérence des compos, mais au final on prend juste du plaisir à écrire et jouer nos compos.

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 L.G. : Quel regard portez-vous sur votre premier album qui est ,il me semble, moins mature que Dyeus Pater ? D’autre part, ces deux albums semblent fonctionner sur un jeu d’opposition et de complémentarité le premier est plus sombre, alors que le second album se veut plus solaire, partagez-vous ce point de vue ? Est-ce une volonté délibérée de votre part ?

Alban Blaising :Le premier album à été composé de façon plus anarchique, autant dans la compostions que dans la méthode d’enregistrement. Il a un côté plus indus, j’ai pas mal utilisé de samples vocaux (discours, extrait de film…) car je n’étais vraiment pas à l’aise avec mon chant. Sur le deuxième album on a voulu donner plus de place au chant, le résultat n’est pas toujours top mais ça a permis de donner une autre couleur à la musique. Je pense que ton point de vue sur l’aspect sombre et lumineux de ces deux albums est vrai, sur le premier album les influences comme l’indus-martial sont encore bien présente, j’avais passé un bon moment à écouter en boucle des trucs comme Arditi, les premiers Der Blutharsch … et le côté glauque et mécanique de ces musiques se ressent dans les compos. Pour le second en comparaison, j’ai beaucoup écouté The Sound, Spear of Destiny/Theatre of Hate, le dernier Solstafir … des trucs beaucoup plus rock. Je pense qu’un groupe comme The Sound m’a beaucoup influencé dans ce côté solaire, il avait un feeling extraordinaire et savait écrire des hymnes mélancoliques et lumineux en même temps, c’est vraiment un groupe sous-estimé et pour ceux qui ne connaissent pas je conseille vivement les deux coffrets parus y’a peu et contenant l’intégralité de leurs œuvres.

L.G. : Vous abordez des thématiques comme la nature, les mythes grecs ou celtiques, et plus largement les cultures indo-européennes, en quoi ces sujets vous touchent-ils particulièrement ?

Alban Blaising : Je me passionne pour ces sujets depuis un moment et j’ai lu moult ouvrages là-dessus que ce soit sur la question indo-européenne avec des auteurs comme Laroslav Lebedynsky, JP Mallory, Georges Dumezil, … ou plus précisément sur les peuples qui en seraient issus comme les Celtes, les Grecs, les Germains, les Iraniens, les Slaves, … J’aime comprendre l’origine de nos mythes, de nos cultures et de nos langues (quoique je ne suis pas friand des ouvrages qui ne traitent que de l’aspect linguistique). Actuellement je vais même plus loin dans le temps et m’intéresse au Néolithique et au période antérieur, j’ai lu par exemple deux bouquins excellent sur l’origine de notre mode de pensé religieux : Le premier temple : Göbekli Tepe de Klaus Schmidt et Les chamanes de la préhistoire de Clottes et Lewis-Williams. Pour ce qui est de la nature nous avons toujours été des ruraux habitant la campagne lorraine, en plus une autre de mes passions est la photographie animalière, c’est une activité qui me prend énormément de temps, donc je suis très souvent en plein milieu de la nature en compagnie d’animaux sauvages.

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 L.G. : Vous réalisez vous même les artworks de vos albums que cela soit la linogravure du premier ou les photos animalières du second… Quelles sont les références dans le domaine pictural, ou celui de la photographie, qui nourrissent vos travaux ? Est-ce important pour vous de maîtriser l’ensemble du processus créatif ?

Alban Blaising : Oui, c’est très important de maîtriser l’ensemble du processus créatif, je ne me vois pas fonctionner autrement. Je suis très autodidacte dans ce que je fais alors je ne sais pas si mes références dans ce domaine se retrouvent dans ce que je fais, mais j’aime beaucoup le coup de crayon de Mike Mignola (le comics Hellboy), certaines peintures rupestres, l’iconographie liée au mythe, au religieux, au folklore, à l’identité régionale, … Pour la photographie ça reste très lié au monde de l’animalier et il y énormément de bon photographe comme Laurent Geslin, Michel d’Oultremont, Vincent Munier, Teddy et Didier Bracard, …

 L.G. : Quelle est l’actualité d’Hercynia Sylva ? Je sais que vous jouez dans d’autres groupes ou projets, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Alban Blaising : Nous préparons actuellement le troisième album et nous avons pas mal évolué dans notre processus de compositions. Les deux premiers albums avaient été réalisés en travaillant un peu chacun de son côte, mais pour le nouveau, nous avons décidé de bosser ensemble dés le début et avons composé la quasi intégralité des titres en salle de répète. Le résultat est bien plus énergique et les guitares prennent plus de place, pas mal de son assez aériens comme on peut trouver chez Slowdive ou The Chameleons. On travaille en ce moment le chant et on va prendre beaucoup plus de temps pour bien fignoler ça. Les paroles tournent toujours autour des même thèmes, il y a autant de références à la nature et aux mythes indo-européens, en ce moment je bloque sur la mythologie slave, j’aime le côté archaïque et rustique que l’on trouve dedans mais il y aura aussi des références à des cultures plus anciennes, enfin tout est lié à mes centres d’intérêts et lectures du moment. Autrement tous les autres groupes ou projets que j’avais sont soit en stand-by ou carrément mort donc pas trop d’actu là-dessus.

 L.G. : Encore une fois merci, je vous laisse le mot de la fin…

Alban Blaising : Merci pour cette interview, des CD sont encore disponibles et pour ceux que ça intéresse n’hésitez pas à aller faire un tour sur nos pages FB.

Hercynia Silva  : Facebook

Alban Blaising : Facebook

Vous pouvez trouver nos chroniques des albums d’ Hercynia Sylva via les deux liens suivants : 
http://mithratemplezine.tumblr.com/post/145317152854/chr%C3%B6nique-hercynia-silva-dyeus-pater-2016
http://mithratemplezine.tumblr.com/post/154253193124/chr%C3%B6nique-hercynia-silva-hercynia-silva

Entretien réalisé par L.G. par courriel. Décembre 2016.

 

[Entretien] Suicidal Madness

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Après la chronique du premier album, puis celle du second, voici un entretien avec  Psycho un des guitaristes de groupe de black metal dépressif Suicidal Madness !

 

L.G. : Pouvez-vous nous présenter votre nouvel album Illusions Funestes ? Pourquoi avoir choisi ce titre en particulier ? Comment situez-vous Illusions Funestes par rapport à son prédécesseur ?

Psycho : Illusions Funestes est notre deuxième album, il a été produit par Wolfspell Records et comme pour le premier il a été mixé et masterisé par Déhà d’Imber Luminis en Bulgarie au H.H.Studio. Le titre fut choisi assez naturellement, en lisant les paroles d’Alrinack j’ai pu avoir des images en tête, suite à toutes ces images le nom de l’album et la pochette furent imaginées… Saddy ayant quitté le groupe en 2015, Le chant est assuré désormais par Alrinack, qui se charge également toujours de la basse mais aussi des parties de guitare classique.Nous avons travaillé beaucoup plus collectivement, ensemble, que sur les réalisations précédentes principalement au niveau des guitares où on s’y est mis à trois. Je pense qu’avec cet album nous avons évolué, il ne ressemble pas au premier ni à ce que nous avons pu déjà sortir auparavant, le changement de chanteur et l’ajout de plus de guitares acoustiques apporte un nouvelle dimension à notre musique et nous allons d’ailleurs désormais continuer ainsi…

L.G. : Où puisez-vous votre inspiration pour alimenter vos compostions ?

Psycho : Notre inspiration vient de nos expériences personnelles, de notre vécu…Chaque membre apporte également ses propres influences, son propre ressenti en fonction des morceaux.

 L.G. : Illusions Funestes possède des passages acoustiques convaincants…Avez-vous des influences dark folk/neofolk ?

Psycho : Alrinack apporte en grande partie cette touche folk, il suffit d’écouter ses autres projets solos, en particulier son projet acoustique Temple pour s’en rendre compte… Les parties de guitare classique qui accompagnent les guitares saturées sur les titres Démence, Illusions Funestes, Corps dans un corps et Mort sont dû à lui et accompagnent parfaitement les morceaux comme c’était déjà le cas sur Jour de pluie, présent sur le premier album.

 L.G. : Votre musique et votre démarche me semble sincères dans le sens où votre exploration des aspects sombres de l’existence ne repose pas sur une mise en scène outrancière…mais plutôt elle laisse une place capitale à l’intime et à une sorte d’onirisme morbide…Qu’essayez-vous, selon vous, d’exprimer dans votre musique ?

Psycho : On laisse surtout s’exprimer nos émotions, ce qui est enfoui en nous et qui doit s’exprimer… On ne cherche absolument pas à ressembler aux autres ou encore simuler un faux mal-être comme beaucoup malheureusement dans cette scène…

 L.G. : Quels sont les groupes qui ont forgé votre approche du DSBM ? J’utilise ce terme car c’est le courant dont vous êtes le plus proche, même s’il est vrai que votre musique ne peut être entièrement résumée par cette étiquette…

Psycho : En ce qui me concerne je dirais que dans un premier temps et comme pour beaucoup d’autres Burzum, Bethlehem et Katatonia ont joué un rôle important… Puis la découverte par la suite de groupes comme Forgotten Tomb, Shining, Silencer ou encore Nocturnal depression m’ont poussé à creuser un peu plus sérieusement les choses il y eu de bonnes découvertes mais aussi un grand nombre de choses moins bonnes … En faisant un bon tri dans tout ça et en plus des groupes que j’ai déjà cité il y a Make a Change… Kill Yourself, Totalselfhatred, Svart et Psychonaut 4 et quelques autres encore comme Thy Light ou Austere qui ont eu vraiment un réel impact sur moi.

L.G. :  Le processus de composition de votre prochain album est, si je ne me trompe pas, déjà enclenché, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Psycho : En effet, la structure de base de la plupart des morceaux est déjà écrite…  Avec Malsain, qui est devenu le deuxième guitariste du groupe depuis Illusions Funestes nous avons d’ores et déjà commencé à travailler dessus…

L.G. : Pour terminer, pouvez-vous nous dire quelle va être l’actualité de Suicidal Madness dans un futur proche, et celle du collectif auquel vous appartenez Le rêve de Molasar ?

Psycho : Il y aura bien sûr la sortie du troisième album, on l’espère d’ici fin 2017.Actuellement on essaie de monter un line-up live afin de nous produire sur scène. Les choses sont loin d’être évidentes, il nous faut un vrai batteur, ainsi qu’un bassiste de session et un troisième guitariste. Alrinack étant de Normandie, nous de la région Rhône-Alpes cela ne facilite guère les choses…Mais on y travaille… Sinon pour les autres actus du collectif, un deuxième album de Sombre Croisade est en cours de préparation, il s’intitulera Balancier des âmes et devrait également sortir d’ici 2017. Et je sais aussi que Alrinack prépare un album pour son projet solo Temple…Merci à toi pour cette interview et pour l’intérêt que tu nous portes et merci aussi à tous ceux qui nous suivent et nous soutiennent depuis le début que ce soit pour Suicidal Madness ou pour tous les autres groupes et projets du collectif.

Suicidal Madness : Facebook

Entretien réalisé par L.G. par courriel. Décembre 2016.

 

[Entretien] Ordo Blasphemus

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Ordo Blasphemus est un groupe clivant, qui ne manque pas de caractère. On vous propose aujourd’hui de donner la parole à Antumnos (vocaux, guitare et basse). Pour rappel la discographie complète du groupe est en ligne depuis quelques mois. Il est possible de la télécharger gratuitement via le lien suivant : http://uptobox.com/1az26exy34vd Vous trouverez des commentaires des musiciens pour chaque sortie, des inédits, et d’une compilation (less worst of).

Antumnos ayant refusé formellement toute relecture, on vous livre brut de décoffrage ses réponses.

L.G. : Bonjour,  je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions…Récemment, vous avez rendu disponible gratuitement l’ensemble de votre discographie en numérique. La particularité de votre démarche est d’avoir joint des notes explicatives pour chacune de vos productions…Pouvez-vous nous exposer l’intime motivation d’une telle mise à nu ?

Antumnos : Ça a germée il y’a des années ; quand j’étais aller voir le type de Sale Freux à sa caravane. Il avait une sorte d’anthologie de l’Art Noir sur le pc ; avec des mp3 ; sa collec’ physique étant restée en Bretagne, faute de place. Égocentré comme je suis, le premier truc que je checke c’est s’il a du Ordo. Il avait des rips des premières démos cassettes d’ordo en qualité pérave. Donc plusieurs raisons qui me paraissent être le bon sens absolu. Premièrement ça m’a fait mal de voir nos démos avoir un son se faire autant défoncer par le rip, qui plus est fait par des mecs que je ne connais pas ; alors que j’avais tous les masters sur le PC. Ensuite quand on a commencé à avoir une disco assez conséquente après 10 ans d’existence ; et en sachant que peu de mondes connaissait notre travail ; l’idée d’une diffusion via internet m’a semblé nécessaire. Un facebook ? Hors’(do) question. Un bandcamp, un itunes, un spotify ou que sais-je encore : Idem ; refusant de voir mon intégrité et ce groupe à la pureté absolue se faire souillés par un moyen de diffusion inadapté.Je suis revenu à cette idée d’anthologie officielle du groupe que chacun pourrait avoir à la maison ou dans le walkman ; sans pour autant perdre en qualité artistique. Une idée en amenant d’autres ; j’ai poussé le concept d’anthologie à fond en compilant les photos inédites, en créant un best-of avec des inédits et des remasters (“ the less worst of”) et surtout une autocritique à travers de longues notes amères, drôles, explicatives, haineuses ou passionnantes pour chaque sortie du groupe. Une réelle discographie, complète, artistique, compilative et bien entendu gratuite.

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(crédit photographique Ordo Blasphemus)

L.G. : À la lecture de ces notes il en ressort que vous avez une appréciation de votre propre travail tiraillée entre une forme de dégoût pour certains de ses aspects, et l’expression d’un jugement assez présomptueux d’appartenir à une “élite”, cela est appuyé sur le fait d’avoir au fil des sorties mis au monde une créature protéiforme d’une beauté, selon vous, incomprise du public – vous avez d’ailleurs sorti un EP intitulé  Misunderstood… Avez-vous des regrets lorsque vous vous plongez dans le passé d’Ordo Blasphemus ? Mais, aussi quelles sont selon vous ses réussites ?

Antumnos : Il y’a une chose à bien comprendre pour saisir Ordo, c’est que je vois depuis 2009 ce groupe comme un poids particulièrement douloureux à porter sur les épaules. Depuis le début des recherches de label en fait. Car je n’ai pas réussi à me contenter des quelques dizaines de copies faites pour les copains en auto-prod. J’ai ressenti pour chaque release le besoin de “sortir” officiellement chaque oeuvre. Comme une décharge, une expiration. Ou plutôt comme un accouchement. SI j’avais été mère ; je crois que j’aurais abandonné chaque enfant après chaque naissance pour en refaire un derrière ; tellement j’aurais trouver ça chiant de devoir le porter ; mais que la procréation aurait été naturelle et compulsive. Aimer, procréer, engendrer, ne plus avoir le choix, mettre à bas. Quand j’ai terminé la box en bois, que les histoires de thunes étaient réglées avec Antiq ; quand le vinyle du live et sa manufacture maison était enfin sortie ; que tout ce qui devait sortir était enfin sortis après DES ANNÉES d’attentes et de changements ; j’ai eu définitivement ce besoin d’accomplissement final, ce besoin de libération en sortant l’intégralité de la disco. Je me déchaînais enfin. Ordo n’a jamais été une source de plaisir. Alors quand toi tu vois en lisant les notes, le sentiment d’appartenance à une élite ou un mec qui a clairement la grosse tête ; je ne vois que l’expression de la frustration de n’avoir jamais été assez écouté. Malgré le chemin de croix, malgré avoir tout donné, malgré avoir consacré chaque seconde de ma vie à ne penser, à construire, à me sentir contre tout et contre tous pour construire mon groupe ; et avancer de sorties en sorties. A ma connaissance, peu de groupes ont autant galérer à sortir autant de matériel accumulé ainsi. Et peu ont dû autant en accumuler alors que le matériel d’avant n’était toujours pas sorti. Je ne dis pas dans les notes que nous sommes les meilleurs en France. Loin de là. Je dis par contre que nous sommes effectivement les plus incompris.J’ai un nombre incalculable de regrets dans ma vie personnelle ; mais pas un seul avec Ordo. Ces amertumes et ce parcours chaotique ont fait la richesse du groupe ; quelque chose à dire, un vrai contenu. Je crois que dans le fond si on a jamais voulu faire d’interviews auparavant, c’est peut-être que nous n’avions pas grand chose à dire. Je pense sincèrement que les notes de la disco n’ont compilé que le quart des anecdotes, souvenirs et commentaires que nous pourrions faire sur ce groupe.Et en réussites.. Bein c’est pas franchement objectif la réussite nan ? Donc je ne pense pas que ce soit nécessaire de qualifier un travail artistique sur ce qui est réussi ou pas. Ce qui est accompli prime plus à mon sens. Et ce qui a été accompli en 10 ans est résumé dans cette disco.

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(Antumnos – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Quel a été le moteur de la création d’Ordo Blasphemus ? En d’autres termes, qu’est-ce qui vous a poussés à faire de la musique ? Y’a t-il des artistes, ou des groupes, qui ont motivé au travers de leur musique la mise en place de ce projet ?

Antumnos : Une impulsion non désirée. On sortait d’un enregistrement catastrophique d’un groupe dans lequel on jouait avec Lazareth, je laisse le soin aux détectives de découvrir lequel, c’est assez simple a trouver. On s’est juste dit : on fait un side project et on décharge tout sans se poser de questions, juste tous les deux ; sans personne d’autre.Je crois pas que l’on ne se soit dit ne serait-ce qu’une fois qu’on ferait un de ces fameux projets “à la”. Ordo est né de rien, sans prévenir, une nuit de juillet 2006.

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( Compilation Orgasme Ossuaire – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Vincent, dans sa chronique d’Orgasme Ossuaire,parle d’“éjaculation musicale” pour qualifier votre “musique”, en quoi cette métaphore vous semble convenir pour décrire votre processus créatif ?

Antumnos : Complètement. Définitivement c’est une des facettes du groupe sur la plupart des releases ; excepté le “less worst of” et “misunderstood”. Et éventuellement “Chaotic Loom” qui est plus calculé qu’il n’y parait.A la création d’abord, puisque depuis le début nous avons procéder à un cheminement créatif simple. Des lignes mélodiques, des riffs à la guitare. On se voyait avec Lazareth, on enregistrait en communion. Une gratte et une batterie sur un 4 pistes. Puis on rajoutait la voix. Et on réécoutait ça à fond. Redécouvrant des parties improvisées, des sons sortis d’on ne sait où au fil des réécoutes. Et dés 2008, l’appétit créatif devenant insatiable ; les arrangements par centaines ont commencées sur le matériel brut. Torturer, soustraire, rajouter, couper, transformer, arranger… Ordo c’est en fait de multiples dizaines d’heures d’enregistrement et des milliers d’heures d’arrangement.Tout ce groupe peux se résumer à ceci. Tenter d’organiser le chaos. En 10 ans d’existence c’est tout ce que j’ai cherché à faire. Celui de ma vie et celui de mon groupe, de mon oeuvre, de mon enfant. Orgasme Ossuaire est le plus bel exemple d’éjaculation quand on en vient au contenu artistique même. Lazareth et moi avons nos propres troubles voire obsessions d’ordre sexuel. Chacun des nôtres étant d’ailleurs diamétralement opposés. Une sortie aussi sexuelle devait finir par voir le jour. As-tu chopper la box en vraie ? Ne trouve tu pas toi même qu’il y’a cette dimension charnelle et physique quand on a cette box dans la main ? Les nervures, la céruse, le linceul ; une même matrice de sensations entre les 100 ; mais pourtant chacune à chaque fois rends légèrement différente.

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(Lazareth – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

 

L.G. : Non, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’acquérir… Il y’a une dimension artisanale dans certaines de vos productions, je pense au vinyle d’Alive Funeral… Vous visez à produire des objets uniques à une époque où l’industrialisation s’empare même des “rêves” au travers des industries culturelles…On peut dire qu’il y a dans votre conception du black metal une recherche d’authenticité…Comment percevez-vous l’évolution de cette scène qui semble de plus en plus s’empêtrer dans le conformisme bien qu’il y ait toujours des groupes digne d’intérêt ?

Antumnos : Il y’a effectivement des groupes qui suscitent encore de l’intérêt quand on y apporte un regard et un jugement froid, sans valeur, en toute objectivité, sans émotion ni jalousie. L’intérêt ne se porte pas que sur la musique je pense… Certains, peut-être est-ce ton cas, en font le jugement de valeur absolue. Un groupe comme Ende – I.l et Njodr étant des amis – a suscité cette forme d’intérêt pour tous les nostalgiques de la scène scandinave ; apportant un revival  qu’au final beaucoup recherchaient.C’est un groupe qui as suscité de l’intérêt. J’ai personnellement toujours été plus attiré par ce qui me fascinait ou me repoussait que par juste la musique. Et surtout par tout ce qui gravite autour du groupe. Je pense que les meilleurs projets sont ceux qui ont une aura qui dépasse la musique…. Regarde le passé.. Et tu verras que TOUS les groupes ou les grands noms de cette industrie se répercutaient bien au delà de la sphère musicale. Et en tant que mouvement extrémiste, des exemples dans le black y’en a putain de pleins.J’ai noué des liens assez forts récemment avec le chanteur de Black Sin… Ils se reforment… On les a injustement oubliés mais faut voir tout ce qu’il y’a eu autour de ce groupe, c’est juste hallucinant.Baise Ma Hache est aussi un bel exemple de groupe intéressant, nan ? Tout le monde sait que c’est pas très bon musicalement, voire franchement à chier ; qu’ils ne doivent leur réput’ qu’à PN et à Facebook ; pourtant ils fascinent tout le monde,  déclenchent des polémiques, enchaînent les concerts… Et quand tu vois que le type est un photographe et un communiquant hors pair ; et surtout qu’il vit son projet à fond, bein un moment t’arrête de poser des questions et tu te dis qu’objectivement ; oui c’est un groupe franchement intéressant. Des exemples y’en a pleins, ouai..J’ai mixé il y’a quelques mois l’album de Totale Angoisse.. Le dernier jour du mix, le gratteux s’est fait arrêté par le GIGN. Et l’album est une tuerie sans nom..Y’a les types d’Antiq aussi, qui vivent leur truc à fond… Sale freux aussi..

Quand on a enregistré le split et l’album de Zépülkr ; on s’est ENFERME des semaines dans les caves d’Angers pour produire une oeuvre à la richesse artistique des plus pures.

J’ai résumé ça à un copain récemment : Les types qui sortent du lot, les types qui se font entendre, ce sont les types pour qui leur projet est leur mode de vie..Et je pense sincèrement qu’il y’a trop de groupes dans cette scène qui ne voient leur projet que comme un loisir. Repet’ le dimanche, boulot le lundi, concert le samedi, on dort puis on retourne au taf.Un peu comme quand tu t’investis dans un projet associatif tu sais..Je ne dis pas que c’est dommage ou que je leur crache à la gueule.. S’ils sont heureux, tant mieux. Mais ce sont des mecs qui ne me feront jamais vibrer.

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(EP  Misunderstood –  crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

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(EP Misunderstood – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Toujours dans les notes évoquées plus haut, vous citez les travaux de Maurizio Bianchi, qui est un artiste italien incontournable dans la scène industrielle. En quoi cette scène a-t-elle une influence sur la musique d’Ordo Blasphemus ?  Quels sont les artistes que vous appréciez dans ce mouvement ? D’autre part, vous évoluez en particulier sur l’album Chaotic Loom – votre oeuvre la plus lovecraftienne –  dans la sphère de la non-musique : est-il important pour vous d’offrir avant tout une expérience plutôt qu’un simple plaisir d’écoute ?  

Antumnos : Bianchi, c’est Lazareth. D’ailleurs le type cultivé c’est Lazareth pas moi. J’ai toujours raisonner avec mes tripes, essayer d’organiser mes pulsions avec ma tête. Pas simple mais ça a donné cette discographie conséquente.Une expérience oui, complètement. Pourquoi sinon avoir réarrangé des dizaines de titres pour chaque concert qu’OB a donné dans la splendeur de sa mégalomanie ? C’est à dire deux ? Pourquoi avoir noté, décortiqué, être revenu sur le maximum d’instants de vie que l’on a partager avec ce groupe en 10 ans via la disco mp3 ? Pourquoi avoir – plus que de proposer une seule expérience – essayer de se renouveler et de proposer quelque chose de différent au fil de la vie du groupe, quand nous grandissions, changions nous même à ses côtés ? Pourquoi avoir voulu synthétiser des années, je dis bien des ANNÉES d’attente, de développement, de création , de mutation dans la confection de deux objets absolument magnifiques et empreints du plus pur mysticisme que sont la box d’Orgasme Ossuaire et le Vinyle du live à Angers ?Créer. Au plus profond, à la plus pure définition du mot CRÉATION ; j’ai toujours voulu m’accrocher. Je ne suis pas un musicien, je suis un artiste. Un créateur. Un dieu. Né animal ; à vouloir m’accomplir en tant qu’homme en voulant m’approcher du divin. Créer putain. Pas copier, pas imiter. Créer.

L.G. : Finalement, Ordo Blasphemus ne serait-il pas le résultat d’une esthétique de la tension fécondée par la volonté d’embrasser d’un même regard l’ensemble des polarités inscrites dans le cosmos – une quête mystique inatteignable où la folie rôde ?  Antonin Artaud dans Le théâtre et son double, publié en 1938, a écrit :« Si notre vie manque de soufre, c’est-à-dire d’une constante magie, c’est qu’il nous plait de regarder nos actes et de nous perdre en considération sur les formes rêvées de nos actes, au lieu d’être poussé par eux (…). Et s’il est encore quelque chose d’infernal et de véritablement maudit dans ce temps, c’est de s’attarder artistiquement sur des formes, au lieu d’être comme des suppliciés que l’on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers », vous sentez-vous proche de ce constat ?  

Antumnos : Pas vraiment. Déjà parce que je ne le comprends pas. Ensuite parce qu’ Ordo ; au delà de sa complexité ; au delà de son hermétisme absolu, que seuls quelques initiés peuvent saisir et comprendre ; au delà du bordel monstrueux que fût notre parcours en 10 ans, est un groupe qui se fonde sur des archétypes plutôt simplistes au final. La dualité par exemple.Je vais t’avouer quelque chose. Je déteste ce nom de groupe. Je l’ai détesté dés l’instant où le groupe a commencé à compter pour moi, c’est à dire la session d’enregistrement de Lemegeton 1er du nom en 2008. Où il a commencé à se passer quelque chose d’insaisissable et de GRAND entre Lazareth et moi. Mais le jour où j’ai compris que ce même nom évoquait la confrontation entre deux symboles contradictoires ; je me suis senti investi d’une lumière divine. Malgré – je crois – une belle faute de latin.La dualité, le paradoxe. Le sang même qui coule dans mes veines est totalement paradoxal. Le prochain album ( le premier véritable album d’ailleurs) traitera une nouvelle, ultime et dernière facette de ce concept de dualité qui – sans vraiment le vouloir – a suivi le groupe depuis quasiment le début ; et cela systématiquement, quelque soit son angle d’approche et d’analyse.

 

L.G. : Vous refusez ce qui est tout à fait compréhensible d’avoir une activité sur les réseaux sociaux…Je trouve pour ma part qu’un grand nombre justement d’artistes, et de musiciens, ferez mieux de tendre à une meilleure maîtrise de leur communication sur ces plate-formes…Pouvez-vous nous éclairer sur ce choix de plus en plus rare ?

Antumnos : Je t’en ai parlé plus haut.. Un facebook ? Putain mais pourquoi ? Pourquoi ??! Pour faire des campagnes de pub sponsorisées ? Pour écrire dans notre description que nous sommes un groupe de BM occulte ? Un groupe incompris, inclassable ? Mettre des photos de nos concerts pour que les gens “aiment” et commentent ? Pour partager du contenu quand on parle de nous ? Pour compter le nombre de j’aime qu’on gagne de jours en jours ??!Myspace a eu son utilité il y’a 10 ans et surtout myspace avait une réelle dimension artistique ; aujourd’hui facebook n’en a aucune. Ni de l’une ni de l’autre. Aucune. Facebook ne fait de toi qu’un entrepreneur indépendant, c’est à dire un vendeur et un vendu. Je pourrais faire des dizaines de groupes autre qu’Ordo ; tout genre confondu sauf du BM car je ne créerais plus jamais à mon initiative un autre groupe de BM ; et utiliser facebook comme un outil promotionnel sans sourciller. Mais pas Ordo, pas mon bébé, pas l’oeuvre de ma vie, initiée avec mon plus vieil ami il y’a 10 ans et que je pleurerais de voir souillé ainsi. A coté de ça, je ne suis pas réfractaire à internet ; j’ai bientôt la trentaine ; j’ai quasiment grandi avec , ça n’aurait pas de sens. J’ai créé la disco d’ordo mp3 et une chaîne officielle vimeo pour la vidéographie complète. Mais c’est parce que ça a du sens et que je propose un réel contenu artistique avec. Il y’a une réelle démarche. Je tiens pas un stand, une boutique avec mon groupe. Faire quoi ? Un bigcartel pendant qu’on y est ? Personne n’en aurait rien à foutre. Et d’une. Et de deux l’essence même de ce groupe perdrait tout son sens.J’ai le même mail aussi depuis 15 ans ; alma-mater@hotmail.fr . Vous pouvez m’y écrire je répondrais toujours avec plaisir et respect de l’autre.

L.G. : Justement ces vidéos sont particulièrement réussies surtout celle de Lemegeton, dont il dégage une sorte de nostalgie fataliste…Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur leur conception ?

Antumnos : Ah oui ? Tu as vu Lemegeton comme ça ? Mmmh… Je pense que c’est ni l’un ni l’autre. C’est un clip qui a été réalisé par la force des choses en fait, ce titre n’étant prévu sur aucune sortie physique. Je parlais plus haut d’arrangement spécifique de matériel pour le live. En voici un exemple. Lemegeton n’a été produit que dans le seul but d’être joué au concert à Angers ; comme tout le reste de la set-list d’ailleurs.La réalisation d’un clip vidéo est assez intéressante pour Ordo ; puisqu’intrinsèquement liée à l’essence du groupe. Réaliser un clip c’est quoi ? C’est accumuler assez de matériel vidéo pour réorganiser des rushes en montage final. Je vois plus la première partie du clip comme un parallèle entre le fascisme historique et la production d’images fascinantes de notre époque contemporaine. La mode, les sourires forcés et les physiques avantageux, l’assassinat de Kennedy, Monroe, l’étalement outrageux des banlieues en flamme et incitant à la haine, la pub… L’érotisme et l’idée de la mort en fait.J’aurais pu rajouter les images du 11 septembre ; et parfaire le tableau de ce qui est en mesure de fasciner la foule. Ce lien est particulièrement magique à mon sens. Un orateur et son auditoire, un film et ses spectateurs, le feu et celui qui le regarde. Des liens qui se trouvent être ceux du titre Lemegeton, dans sa forme Live, disparue à jamais sauf dans les souvenirs de ceux présents – et crois moi que quelque uns en ont étés particulièrement marqués – et dans sa forme vidéo, pour longtemps à la disposition du monde jusqu’à l’effondrement des serveurs du Grand Internet.Ce titre n’a été produit que pour être un chef d’oeuvre périssable. Toute la musique est périssable. Que crois-tu qu’il restera de tout ce qui a été produit par l’Homme quand viendra notre fin ? Exact. Rien.Nos clips sont donc intimement liés à la “musicographie” d’OB ; et non juste des exercices promotionnels ; où une multitude de pièces ont étés cachées pour révéler et saisir la totalité de ce qui a été produit.. Tout comme sur les artworks. Tout comme sur les supports physiques. Tout comme dans la disco mp3. L’Art et rien d’autre. Comme d’hab’.

L.G. : Quels sont les projets en cours pour Ordo Blasphemus ?

Antumnos : La synthèse de ce groupe en un album initié en 2008 et fini en 2013. Toute ma vie pendant 5 ans n’a eu de sens que pour créer cet album. Et tout cet album n’ a été que le fil rouge de ma vie. L’oeuvre ultime, celle que l’on ne réalise qu’une fois. Ça sortira bientôt sur un label d’envergue internationale. Un clip l’accompagneras. Et vous verrez ce dont est capable ce groupe.

 

L.G. :Je vous remercie pour cet entretien, je vous laisse la parole en guise de conclusion.

Antumnos : Et bien non mec, c’est moi qui te remercie d’avoir jouer le jeu de l’interview, d’avoir cherché à décortiquer Ordo et d’avoir attendu mes réponses. Propage la disco mp3, la démarche et le contenu en valent vraiment la peine. Longue vie a ton webzine.

Interview réalisée par L.G. par courriel. Novembre 2016.

[Entretien] Malepeste

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Cela fait déjà plus d’un an que le dernier album du groupe français Malepeste, Deliquescent Exaltation, est sorti sur le label Humanity’s Plague Productions… On vous propose dans cet entretien de revenir en partie sur sa genèse et de découvrir l’actualité des Lyonnais !

Votre discographie inaugurée avec une démo (très influencée par la musique d’Inquisition) en 2011, puis complétée par un split avec les italiens de Krowos en 2014 qui lui est encadré par deux albums, Dereliction en 2013 et Deliquescent Exaltation en 2015 témoigne d’une évolution de votre musique qui tend à obtenir un rendu de plus en plus ritualiste…Comment expliquez-vous cette évolution ? En quoi votre façon de créer votre musique a-t-elle pu évoluer au fil de ces années ? Votre vision du black metal, voire de la musique en général, a peut-être évolué de pair…

Nostra : En effet, les compositions se sont évidemment façonnées autour des intentions que nous avions mises sur l’instant. Nous avions écrit la démo à un moment où nous désirions qu’il y ait dissolution de notre passé artistique, quand il y a eu ce besoin de créer quelque chose de plus sombre et de plus spontané…Cela s’entend. Ensuite est venu un temps de maturation où les apparitions live se faisaient courantes, nous avons donc composé des musiques sur lesquelles le flux libéré serait ce que nous voulions ressentir sur scène. Puis, est venu naturellement l’envie de teindre encore un peu plus notre musique de ce côté ritualiste qui ne s’estompera certes pas dans les temps à venir, en adéquation avec notre cheminement personnel. Pour Deliquescent Exaltation, nous avons aussi eu nouvellement envie de composer des titres sans penser à leurs rendus live, par l’ajout de nappes de voix et de guitares en simultané par exemple.Immanquablement, nous les avons tout de même amenées sur scène… d’où le besoin grandissant d’un renfort scénique tenu par HerjahnEt si ma vision de la musique en général a évolué de pair depuis ces 6 dernières années ? Inévitablement.

Suite à vos récents live en région Rhône-Alpes, nous avons constaté que vous utilisiez de plus en plus des instruments traditionnels de diverses natures, ces derniers, d’une part, apportent des sonorités intéressantes dans vos compositions et, d’autre part, grâce à leur présence ils manifestent une recherche d’authenticité… Est-ce que vous allez développer cet élément de votre identité ?

Nostra : Après avoir longtemps débuté nos scènes sur la même introduction samplée, nous avions eu envie d’un peu plus d’authenticité en effet. Cela a commencé lors d’une cérémonie privée, où nous avions mis en place des conditions spéciales, l’introduction électro-acoustique était initialement l’un de ces suppléments, mais nous avons vite pris conscience que cette introduction avait aussi sa place au sein des set à venir. Nous pestions jadis sur les soirs où nous n’avions pas le temps, ou la possibilité matérielle, de nous mettre en conditions avant de monter sur scène, ce qui est assez indispensable à nos yeux ; avec cette première partie, nous pallions autant que faire se peut à ce problème. Et en ce qui concerne l’identité de nos prochaines compositions hors cette introduction, Il est prévisible que ces instruments traditionnels y trouvent place, oui, en espérant leurs sublimations.

Les parties vocales du dernier album sont variées et font preuve d’une nette personnalité avec leur dimension théâtrale. Comment faites-vous le choix dans la forme qu’elles prennent sur tel ou tel passage ? Est-ce le résultat de multiples expérimentations, ou plutôt est-ce quelque chose qui relève plus de l’instinct ?

Nostra : Nous laissons liberté à Larsen pour cet aspect de la composition, qui est parti d’une certaine idée générale issue des acquis précédents, mais l’ensemble à clairement été davantage dicté à l’instinct, indubitablement. Parfois les conditions autour de l’enregistrement ont guidé souterrainement cet instinct, je pense par exemple à ce passage de Serpent’s Glory qui fut enregistré une nuit au cœur de Brocéliande, pour l’anecdote vous pouvez d’ailleurs y percevoir les grillons.

Votre dernier album marque aussi une recherche conceptuelle plus fine et plus mature, quelles sont vos principales sources d’inspiration pour vos textes et vos compositions ? Avez-vous des références que vous souhaiteriez partager avec nous ?

Nostra : Le concept de l’album parle de différents aspects de la Chute et de l’Ascension. Pour citer des œuvres qui ont gravité autour des textes de Larsen lors de leurs rédactions, on y retrouve notamment : La Fin de Satan de V.Hugo ; Illuminations, et Une saison en Enfer de Rimbaud ; et De l’inconvénient d’être né de Cioran. Au niveau des compositions musicales, Xahaal s’est généreusement inspiré d’œuvres tels que les textes d’Asenath Mason, ou ceux du Temple de la Flamme Ascendante par exemple. Pour ma part, lorsque j’ai peint les illustrations du livret et de la pochette, en plus de prendre appui sur les paroles, j’ai aussi allègrement écouté les mantras inspirants de Phurpa,  ou les conférences de Patrick Burensteinas.

 

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Photographie live de Malepeste lors de la Cérémonie privée (2016) par “Figé dans le temps”

Vous venez de jouer au Ragnard ROCK Festival comment s’est déroulé votre concert ? Avez-vous des concerts prévus prochainement ?

Nostra : Nous avions en amont une appréhension quant au fait de jouer de jour et en extérieur, or, l’accueil et les conditions sur scène ont été si parfaits que ce fâcheux aspect, de notre point de vue, a vite été occulté. Evidemment, une cérémonie de cette nature n’est pas reçue de la même manière sur un lieu si vaste, mais l’expérience d’un tel festival nous a finalement conquis. Autrement à l’instant où je réponds à cette interview nous avons depuis, après le RRF, fait une halte lors d’une soirée forte intimiste à Genève, et aussi à Tilburg dans les Pays-Bas, dont je garde un souvenir intense, il y avait eu ce soir là un courant de rage particulièrement perceptible. Autrement, nos prochaines apparitions annoncées ou en phase de l’être sont le 21 Janvier

en Italie, et en France début mars (le 2 mars pour Paris).

Quels sont les albums sortis récemment qui ont retenu votre attention ?

Nostra : Personellement je dirais : Empty Space Meditation de Urfaust, Lian de Ricinn, Värähtelijä de Oranssi Pazuzu, Devil is Fine de Zeal and Ardor, ou Klechdy de Thy Worshiper.

Xahaal : Triangle de Schammasch, L’Envers de Wormfood, Catechism de Mortuus Umbra, les EP de Darvaza, ou Genesis de Lunar Mantra

Larsen : Exercises in Futility de Mgla, et Schammasch également.

En dehors de Temple of Worms et de Daughters of Sophia est-ce que les membres de Malepeste sont impliqués dans d’autres projets musicaux ?

Nostra : Xahaal n’est actuellement plus dans ces deux groupes.En revanche il est maintenant guitariste de session dans Dysylumn, commence le groupe Ominous Shrine dont vous entendrez parler ultérieurement, et enfin il compose occasionnellement avec Herjahn. Il fait aussi partie de l’équipe derrière le nouveau label Egregor Records. Flexor œuvre dans Moriquendi, et dans l’orchestre de son conservatoire. Et Larsen quant à lui est bien sûr amené de par sa profession à contribuer à d’autres projets musicaux…plus épisodiquement. Enfin, pour ce qui est de l’association Wintermoon Productions, son dernier concert fut Negura Bunget cette semaine, c’est une grande page pour nous qui se tourne, hélas…

Savez-vous déjà quelle sera votre prochaine production ?

Nostra : Un split en bonne collaboration avec Dysylumn sera notre prochaine production.Ensuite, nous nous pencherons sur le prochain album, dont les secrets ne vous seront aujourd’hui pas dévoilés.

On vous remercie d’avoir répondu à nos questions, on vous laisse la parole si vous avez quelque chose à rajouter…

Nostra : Merci à vous et au public pour ce soutien, puisse la scène perdurer avec la même foi.

Malepeste : bandcamp / facebook

Par Lambrith et LawOfSun. Entretien réalisé par échange de courriels en octobre et novembre 2016