[Chrönique] Almyrkvi – Umbra – Album – 2017

Ván Records

Atmospheric black metal

Islande

CD

L’espace, la dernière frontière ! Thème récurrent abordé assez souvent dans une optique cosmologique et / ou cosmogonique dans les textes de nombreux groupes de black metal tels qu’Inquisition ou Void Omnia, le nombre de formations ayant pris le parti d’axer l’entièreté de leur œuvre dessus reste assez restreint et outre les suisses de Darkspace qui viennent en tête en priorité, on pourra également penser aux récentes sorties de Bezmir et Spectrale.

Almyrkvi fait partie de ces nouveaux arrivants. À l’origine side-project du guitariste de Sinmara, Garðar S. Jónsson, qui a composé intégralement le premier EP Pupil of the Searing Maelstrom en 2016, le line-up a évolué avec la venue du batteur Bjarni Einarsson (Sinmara, Slidhr, Wormlust) pour ce premier album studio, Umbra, lui aussi sorti chez le label allemand Van Records.

Tout au long de ses cinq titres, ce premier EP, très bien reçu par la scène, décrivait de manière assez détaillée l’identité musicale de ce nouveau projet, un black metal empruntant autant à la noirceur et à la lourdeur caverneuse propre à l’école islandaise mélé à des passages atmosphériques assez comparables aux sorties les plus récentes de Darkspace. Une démarche loin d’être dénuée de sens qui a été largement reconduite sur Umbra, car si la majorité des projets ayant choisi d’aborder ce thème préfèrent mettre en avant les claviers et les parties éthérées pour tenter de transporter l’auditeur dans l’immensité vide et calme du cosmos, Almyrkvi utilise toute la puissance du style pour suggérer la dimension écrasante et inhumaine des grandeurs physiques en jeu dans ce milieu, et à l’écoute de leurs productions, on peut être tenté de penser que le résultat est bien plus fidèle à la réalité…

Ainsi, Umbra démarre par une intro composée d’une succession d’harmoniques stridentes, telles les bips séparant les liaisons radio montantes et descendantes établies entre la station sol et le vaisseau en orbite terrestre. Puis, les évènements s’accélèrent, les lignes de basse et de guitare sont mises à feu et insèrent Umbra sur une trajectoire de libération avec une énergie prodigieuse. À la manière des vibrations et contraintes transmises à l’ensemble de la structure, le riffing incisif s’amplifie et seul le chant clair utilisé sur ce morceau permet de s’imaginer ce que ressent l’équipage, une trentaine de secondes passées à admirer une dernière fois par le hublot le disque planétaire rapetissant au fur et à mesure que la furie endiablée d’Umbra ne l’enfonce implacablement dans des ténèbres constellées d’étoiles ne scintillant pas. La voix se fait gutturale et caverneuse, la guitare, majestueuse, avant de s’éteindre et de laisser place à un silence total.

Puis quatre coups de grosse caisse résonnent comme autant de boulons explosifs séparant les boosters désormais vides du reste de l’assemblage tandis que l’ignition du deuxième étage, Forlorn Astral Ruins, achèvera le premier acte de ce voyage cosmique. Ce morceau poursuit sur la lancée du précédent, les chants clairs alternent avec les parties black. La guitare se fait plus élaborée, comme pour mieux figurer les étranges effets relativistes devenant observables à de telles vitesses…Bientôt, la mi-longueur de l’album sera atteinte et Umbra pourra de nouveau couper ses moteurs pour glisser silencieusement sur sa trajectoire cosmique à vitesse de croisière durant le troisième morceau, Severed Pillars Of Life, dont la rythmique plus lente et les ambiances flirtent presque avec le black / doom. Un moment de calme ou l’on peut enfin sortir de son siège et contempler l’immensité étoilée s’étendant au-delà du fuselage, gratifiés d’un passage acoustique que l’on ne retrouvera nulle part ailleurs dans l’album.

Un calme de courte durée puisque peu de temps après, cette belle harmonie est brisée par le déferlement éruptif de notes émanant du morceau Stellar Wind of the Dying Star, ricochant comme autant de particules chargées mettant le bouclier magnétique de l’appareil à rude épreuve. Le style des deux premiers morceaux est reconduit, mais de manière plus énergique et tourmentée, avec un chant clair moins présent, et intègre également des sonorités industrielles d’un façon plus explicite, bien que de nombreux passages en portent la trace sur cet album ; la dimension industrielle est même certainement un des marqueurs identitaires secondaires du groupe. Une violence qui établit finalement assez bien le lien avec le morceau suivant, Cimmerian Flame, qui abandonne tout aspect contemplatif pour renouer avec les compositions plus agressives de son premier EP, comme si Umbra avait pivoté de 90 degrés puis envoyé toute sa puissance pour rétrofreiner afin de pouvoir se laisser capturer par l’attraction de Fading Hearts of Umbral Nebulas, sa destination finale. Un morceau se faisant de nouveau plus varié au niveau du rythme, un nouveau monde à explorer qui à n’en pas douter ressemblerait aux inquiétants reliefs acérés de la sombre planète ornant l’artwork de cet album.

En conclusion, ce nouvel album reste sur la lancée de l’EP qui avait annoncé son style deux ans auparavant, et en termes d’expérimentations musicales, il est à noter que la mission Umbra ne va pas aussi loin qu’un album de Blut Aus Nord… Il n’empêche que le groupe maîtrise son sujet et ses thématiques et a su, durant ces 42 minutes, nous transporter ailleurs.

 Almyrkvi : Facebook

Ván Records : Facebook

Adrien.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *