[Chrönique] Hoarfrost ‎– Anima Mundi – album – 2016.

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Reverse Alignment

Dark ambient

Pologne

CD

Procédons à une présentation de rigueur pour ceux qui ne seraient pas familiers avec Hoarfrost. Anima Mundi est le quatrième album Hoarfrost, qui a travaillé à deux reprises avec Inner Vision Laboratory, et cela à l’occasion d’un album collaboratif et d’un split. Cette nouvelle production fait office de première sortie sur le label suédois Reverse Alignment – les autres albums ont été publiés chez les polonais de Zoharum. Pour cet album Rafal K s’est entouré d’Hekte Zaren, une vocaliste ayant participé à des projets ou à des groupes comme Adaestuo, HexenwolfMedico Peste, Gnaw Their Tongues, etc. Mais, aussi de Tomasz Twardawa (Genetic Transmission) et de Dawid Chrapla qui assurent la charpente noise/industrial d’Anima Mundi, d’une violoncelliste en la personne de Katarzyna Bromirska (Percival Schuttenbach), et enfin on note la présence d’un guitariste.

Cet album, Anima Mundi – terme qui signifie « âme du monde » et qui fait intervenir une idée de double nature – est littéralement pris en étau entre deux figures mythologiques, celle de Gaïa sur la bien nommée Ages of Gaia,
la piste d’ouverture, et celle de Médée sur Medeaeternum, la dernière. La première de ces figures, Gaïa,  qui est évoquée dans la Théogonie d’Hésiode, est une déesse primordiale, la déesse mère, elle est perçue comme pouvant être la source créatrice d’une harmonieuse beauté, tout comme celle du chaos originel, alors que celle de Médée, qui est une magicienne, est un personnage important du cycle des Argonautes ; selon les versions de son mythe elle yest, ou non, coupable d’un infanticide, par exemple dans la tragédie d’Euripide elle commet cet acte.  Il était nécessaire de brosser ce tableau, car les entités évoquées ici sont intimement liées aux matériaux sonores, au point où ces derniers semblent leurs donner une incarnation, une vie, dans une « scénographie » poétique, qui invite à de multiples interprétations.
Anima Mundi donne plutôt la sensation d’être à un long morceau qui serait découpé en plusieurs séquences ; Il n’est pourtant pas non plus l’enchaînement de pistes identiques, non, elles sont caractérisées par des éléments qui les rendent uniques, comme par exemple sur In Hopeless Mazes qui laisse entendre une guitare électrique (cette composition n’est malheureusement pas la meilleure de l’album…).

Rafal K avec cet album a, donc, fait le choix de proposer un dark ambient en perpétuel mouvement, et animé de forces antagonistes. Ce qui est en concordance avec le titre de l’album. On retrouve cette idée dans la mise scène d’un violoncelle organique et chaleureux , et de structures post-industrielles, qui entretiennent des rapports complexes fait de répulsions et d’attirances. L’ombre d’une possible symbiose plane tout autant sur ces compostions que celle d’un définitif divorce…

Cette situation inextricable et inévitable trouve son expression la plus totale dans la performance à la dimension souvent opératique de Hekte Zaren, quelque part entre Alzbeth (The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud)
et Diamanda Galas : ses chuchotements, ses hurlements, ses vocalises déformées, ses pleurs, sont comme les milles visages d’une contradiction qui semble nous condamner à un sort tragique.

Par ses références mythologiques, l’intense tension qui s’y agite, Anima Mundi se révèle être pensé dans les moindres détails. Sa construction invite clairement à chercher des clefs permettant d’émettre des interprétations. À quelle figure Hekte Zaren prête-t-elle sa voix  : Gaïa en souffrance, Médée, ou incarne-t-elle l’Anima mundi ? Ces cordes qui dansent sur les architectures bruitistes est-ce Gaïa ? Peut-on rapprocher les éléments post-industriels -composés en partie de signaux émanant de machineries futuristes – de Médée ? D’autre part, cet assemblage renvoie à un ensemble, à un réseau,  de questions philosophiques qui se tissent dans la relation entre science et nature, cette dernière et l’art, etc.

Ambitieux, complexe, Anima Mundi prend un visage unique dans la discographie d’Hoarfrost, grâce à sa façon inimitable, hors des sentiers battus, de retranscrire la sensation de vertige, le frisson qui nous parcourt, face à la convergence technoscientifique (convergence des nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et des sciences cognitives) qui ouvre des portes insoupçonnées d’évolution. Il serait bien regrettable de passer à côté…

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Reverse Alignment : Facebook

Lawofsun.

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