[Chrönique] Qual – The Ultimate Climax – Album – 2018.

 

 Avant!Records

Techno indus/EBM/dark wave

CD / vinyle

Revoilà William Maybelline alias Qual, et ses hymnes synthétiques nihilistes, avec ce deuxième LP sorti le 28/02/18 dernier chez Avant!Records.
Au sein de la production revival « dark wave » actuelle (soyons précis : post-punk, cold wave, synth-pop, minimal wave, et souvent un peu tout cela à la fois), ce one-man-band se distingue par les rivages sonores qu’il explore, l’audace d’écriture, et une vraie radicalité des sentiments exposés. Qual est violent, trouble, dangereux, et Maybelline ne fait pas semblant. Qui a vu la bête sur scène peut d’ailleurs attester de son implication totale, tant mentale que physique, par cette danse frénétique et gestuelle possédée qu’il déploie à chaque titre. Et non, vraiment, ce n’est pas une énième tentative d’imiter Ian Curtis… Qual, c’est l’apocalypse à échelle individuelle, une cathédrale de douleur et de vice, et des sensations intenses plus proches du DSBM (Depressive Suicidal Black Metal) que de la cold wave – si on voulait faire une analogie.


Son premier album, Sable  (2015, Avant ! Records), présentait des titres mid-tempo aux mélodies minimales et lancinantes, habitées par ce chant caverneux, lyrique et expressif si caractéristique, encore plus lugubre et désabusé que celui pratiqué dans Lebanon Hanover. Un recueil honnête, assez accessible, et plutôt accrocheur (Benevolent technologies, The geometry of wounds…). L’EP suivant, Cupio dissolvi  (2017, Avant ! Records) amorçait une évolution et créait la surprise : exit les vagabondages minimal wave, William haussait le ton et ajoutait une bonne dose de colère, de saturation, et de rythmiques techno indus/EBM, comme sur le terrible Rape me in the Parthenon.
Pour ce deuxième opus, Maybelline poursuit ce virage, et le moins que l’on puisse dire est qu’il a sorti l’artillerie lourde. Un cap a été franchi dans la puissance, la brutalité et le tempo. Le son a été musclé et radicalisé, les rythmiques sont brutes et crûes (Ancient Methods n’est pas loin), elles sont un tir sans sommation plus qu’une invitation polie à danser. Les basses synthétiques sont volontairement primitives, minimales et sonnent presque « cheap », dignes des débuts 80’s de Ministry et Front 242. L’association de ces basses maladives et des rythmiques massives crée une ambiance hallucinée nouvelle chez Qual, qui transpire le malaise, la folie, l’exorcisme. Quant au chant, il se fait ici bien plus varié et travaillé que par le passé, oscillant entre rugissements EBM (How many graves ?), éclats lyriques (Disease X ), incantations sépulcrales (Sea of agony) et vociférations occultes (Above thee below thee).
Si on peut d’abord être surpris par cette simplicité crue et cette urgence, le charme opère vite, tant Maybelline maîtrise l’alliance de son timbre et des machines. Il parvient à faire jeu égal avec les basses, à dialoguer avec le chaos plutôt qu’ à être absorbé par lui, et à maintenir l’auditeur en haleine tout au long de ces 39 minutes, en laissant le son se développer de manière progressive et hypnotique, tout en adoptant une narration qui sait exploiter les silences, jouer sur les contrastes, et varier les points de vue. Si Sable  proposait une errance oblique de dancefloors décrépits  en salons maudits,  The Ultimate Climax  impose un sabbat industriel et sauvage, une rave-party cauchemardesque et malade, avec, pour seuls repères, les basses et la diction maudite de Maybelline. Une immersion abyssale, où l’on est directement mis face aux démons qu’il ne faisait qu’effleurer précédemment.
Il est de plus en plus fréquent d’entendre des citations d’artistes EBM (D.A.F, Nitzer Ebb, Front 242…) – et « dark » en général – par des artistes electro et techno (The Hacker, Helena Hauff et bien d’autres..). Avec cet opus, Qual opère la démarche inverse : intégrer les beats à son point de vue de songwriter, de narrateur romantique noir, fait audacieux et suffisamment rare pour être remarqué. Et c’est plutôt agréable d’entendre un musicien citer l’EBM pour clamer autre chose que des histoires de bretelles, de muscles et de paramilitaires…
Si l’on est attaché au Qual cold, synth et lyrique de Sable, on sera peut-être déçu. Mais, si l’on veut bien suivre William Maybelline dans ses visions hallucinées et ses expérimentations novatrices, alors on ne peut qu’être envoûté… jusqu’à connaître « l’orgasme ultime ».

Qual : Facebook

Avant!Records : Facebook

IL Corvo

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