[Chrönique] Slowdive – Slowdive – album – 2017

Dead Oceans

Shoegaze/indie rock

Grande-Bretagne

CD/vinyle/cassette/numérique

Après avoir choisi comme nom de groupe le titre d’un single de Siouxsie and the Banshees, Slowdive prit sa forme initiale à la fin des années 80. Les amis d’enfance Rachel Goswell et Neil Halstead furent rejoints par le batteur Adrian Sell, le bassiste Nick Chaplin et le guitariste Christian Savill, répondant à leur annonce (qui indiquait le souhait d’avoir une deuxième femme au sein du groupe) en disant qu’il pouvait porter une robe. Influencé par Cocteau Twins et My Bloody Valentine, le premier album du groupe, Just For A Day, mélangeait les effets emblématiques du shoegaze à des voix éthérées, le rock à la pop, la vitesse à la mélancolie.

Toutes ces contradictions se sont incarnées à nouveau dans Souvlaki, leur album le plus connu. Percée d’air frais dans le milieu du shoegaze, cet album est un pilier de ce genre musical, aussi bien par la variété de ses mélodies que par la mesure parfaite des éléments qui le composent. Alternant entre l’énergie d’Alison ou Souvlaki Space Station et la complainte de Sing ou Dagger, entre des ambiances aquatiques et aériennes, entre des nappes de guitares et l’instrumentalisation électronique de Brian Eno, Souvlaki est l’un des albums les plus riches de son genre. Si riche qu’il a élargi son champ des possibles à un point difficilement concevable, mais bien réel quand on voit le nombre de groupes qui sont passés par les portes que Slowdive a ouvertes.

Lâchés par leur label en 1995, les musiciens se séparent pour continuer en solo ou en duo avec Mojave 3. Slowdive se reforme en 2014 et c’est après trois années de concerts qu’ils sortent le premier album issu de ces retrouvailles, en cette année 2017. Un album éponyme, séparé d’une génération par ses prédécesseurs et qui marque un nouveau départ. Un renouveau réfléchi, mesuré et sublime.

Reprise de Golden Hair, chanson de Syd Barrett, dont l’interprétation rappelle Avalyn.

Ces trois années de concerts auront permis au groupe de retrouver son énergie, son harmonie et sa finesse, de redonner à chacun sa place et son importance. Ce processus s’entend dès le premier morceau dans lequel les voix de Neil Halstead et de Rachel Goswell s’entremêlent sans se piétiner tandis que les guitares se donnent la parole. On retrouve la fraîcheur de l’ouverture de Souvlaki. Cependant, les voix ont mûri et celles et ceux qui n’ont pas écouté les projets solo des musiciens seront certainement surpris. Si la voix de Neil a pris la rondeur que les années donnent aux voix masculines, la voix de Rachel s’est aérée. Sa façon d’alterner falsetto et voix de poitrine, une alternance déjà présente dans les premiers albums du groupe, rappelle le chant d’Elizabeth Frazer. L’introduction ne nous laisse pas sur notre faim, et entendre ce groupe mythique donner si rapidement la certitude que son retour est une réussite a probablement ému la majorité de son public.

Si de nombreux morceaux de l’album contiennent un rythme, des sonorités et des tonalités similaires, ces ressemblances ne sont jamais lassantes, chaque morceau éclairant l’identité du groupe avec une lumière différente. Ainsi, Star Roving évoque la traversée d’un fleuve, d’un océan ou encore de l’espace, sans accrochage et sans danger. Don’t Know Why est une fuite effrénée face à nos souvenirs, et la voix affolée de Rachel Goswell ne trouve l’accalmie que dans la réponse de Neil Halstead : « I don’t remember much about it all / Just saw you loving someone else ».

Vient Sugar for the Pill, l’un des deux morceaux diffusés avant la sortie de l’album. La progression est rapide mais belle, et si le groupe ne prend pas vraiment de risque, il montre ce qu’il sait faire de mieux : peindre peu à peu une atmosphère à la fois douce et affirmée, lui donner sa forme, ses contours, élever un sanctuaire.

La densité qu’apportent les guitares et les claviers de Everyone Knows font écho à Don’t Know Why. La voix de Rachel Goswell, dont la légèreté n’a aucune limite, a rarement transpercé de la sorte l’instrumentalisation et nous offre ici l’une de ses plus belles lignes de chant.

No Longer Making Time est sans doute le morceau de l’album le plus fidèle aux codes du shoegaze. Suivant le schéma classique de la pop (couplet, refrain, couplet, refrain, pont, refrain) avec des contrastes dont la pop est en revanche totalement dépourvue, ce morceau témoigne sans violence la volonté d’un retour aux sources.

Enfin, le titre Go Get It conclut  en accentuant la cohérence des sept premiers morceaux de cet album. Rappelant la plénitude de Souvlaki Space Station, Neil et Rachel se donnent à nouveau la parole, équilibrant tour à tour la composition. Quelques percussions, la progression reprend. Bien que l’on ne puisse pas parler ici de tension, Slowdive réussit aussi bien qu’auparavant à faire monter chaque instrument, chaque émotion, et à récompenser l’écoute de chacun.

Le dernier morceau de cet album se démarque fondamentalement des précédents. Tout est différent : sa durée, son minimalisme, ses boucles de piano répétées pendant huit minutes sans qu’on ne se lasse (des boucles qui évoquent les premiers projets de Ben Frost). Et si cet album n’a pas la variété de Souvlaki, ce morceau rappelle les nombreuses facettes de Slowdive, les possibilités sonores que les musiciens découvrent, les émotions multiples qu’ils évoquent en donnant toujours tout ce qu’ils peuvent d’eux-mêmes.

« Thinking about love ». Ces mots répétés, superposés, résument à mon sens ce qui a nourri pendant presque trente ans la musique de Slowdive, ce qui l’a motivée, et ce qu’ils veulent nous offrir.

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Ophelia.

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