[Chrönique] Devil’s Emissary – Demiurge Asceticism – EP – 2017

Third Eye Temple

Black metal

Pologne

CD

Il est de ces groupes que l’on écoute à un certain moment de notre existence et qui ne nous marquent pas : les notes peinent à s’ancrer durablement au sein de notre cortex cérébral, ne serait-ce que pour laisser une simple emprunte, tout fonctionne comme si notre oreille interne était le Rubicon qu’elles n’osaient pas  franchir, reste peut-être un écho abstrait et spectral qui peine à s’imposer et qui demeure trop faible pour être qualifié par le terme de « souvenir ».

Puis, par hasard, nous retombons dessus des années plus tard. Le nom de la formation résonne en nous, mais sans plus. Et nous décidons, malgré tout, de nous replonger au sein cette entité… La lointaine idée que nous réussissons à exhumer de notre mémoire se heurte alors, en bien ou en mal, à cette nouvelle version de ce que nous avions auparavant connu. Pour ma part, Devil’s Emissary est l’un de ces groupes.

Les deux albums, sortis respectivement en 2013 et 2014, n’avaient absolument pas réussi à me convaincre. Il me revient une voix criarde, mais sans réelle violence, superposée à des compositions relativement basiques… Rien de mauvais, mais rien de transcendant… C’était donc avec une certaine appréhension, mais aussi beaucoup de curiosité, que je décidais de poser une oreille sur ce nouvel EP Demiurge Asceticism, sorti récemment chez Third Eyed Temple.

La raison de mon choix, je dois l’avouer, est, dans un premier temps, purement visuelle. Je fus en effet agréablement surpris de voir un fragment de la gravure La Danse Macabre de Marcel Roux élégamment transposée sur la couverture du livret. Indéniablement ce genre de détail amène un poil d’originalité, dans un monde où les gravures de Gustave Doré deviennent légion. Mais au-delà de ce détail graphique, que nous apporte ce nouveau Devil’s Emissary ?

Première constatation avec le premier titre, Black Hole Meditation, le son a fait un sacré bon en avant et la voix une descente abyssale. La collaboration avec le studio No Solace (géré par M., connu pour son travail au sein de Mgła ou Kriegsmaschine) a bien porté ses fruits. Les souvenirs de voix criardes sont alors vite balayés par cette tonalité « cryptique » qui n’est pas sans rappeler des formations telles que Svartidaudi, Dysylumn ou plus récemment le dernier Desolate Shrine. Les riffs sont lourds, dissonants par moment (mais sans abus) et rappellent Necros Christos de par le côté pesant, ils amènent un effet  « rouleau compresseur ».

Bien évidemment, ce choix de tonalités chaotiques transpose la formation polonaise dans la longue liste des groupes de 2017 qui proposent ce genre d’ambiance. Ce premier titre mérite alors bien son nom et se révèle comme la métaphore de l’expérience auditive qui nous attend tout le long de cet EP trois titres. Se construisant au fur et à mesure que le chaos envahit l’auditeur, engloutissant la moindre lueur, Demiurge Asceticism  fait émerger un gouffre, une monstruosité abyssale qui n’aurait rien à envier à Charybde, qui nous entraîne dans une chute vertigineuse avant notre dissolution.

Dans ce premier morceau, mon oreille fut particulièrement attirée à 1min47, un passage où la voix se voit alors légèrement doublée par une seconde plus claire en arrière-plan, amenant ainsi un sentiment oppressant, fantomatique… Tel l’appel désespéré d’un être sombrant dans cette noire immensité dont nous avons dépeint la silhouette.

S’en suit un arpège qui relance alors une teinte claire, l’utopie d’une lueur perçant le vacuum, mais l’atmosphère resombre et revient sous une forme plus énergique, amenant l’impression que tout se termine au sein d’un maelström fractal. Suite à cela, Transcendantal Rite s’ouvre alors à nous sur un riff relativement lent qui se voit rehausser, par la suite, d’un arpège dissonant avant de s’accélérer (chose relativement courante).

Néanmoins, il me semble intéressant de relever le léger temps vide à 2min05 qui engendre directement un mur sonore dévastateur, sans concession et dangereusement efficace. Au même titre que son prédécesseur, ce deuxième morceau reste fidèle aux influences évoquées et porte en lui une efficacité percutante. Et cette affirmation reste ainsi valide pour le troisième et dernier chapitre de cet opus : Horizon Temple. Plus percutant, direct et vindicatif, ce titre prend soin de dévorer les dernière brides de lumière et de ne laisser, derrière lui, qu’un pesant silence.

De ce fait, à l’instar des grands noms du style, Devil’s Emissary réussit à ériger des compositions intéressantes et qui transmettent aux auditeurs la vision d’un paysage de chaos primordial et cela malgré un manque d’originalité en ce qui concerne cet EP.

Comme je l’ai déjà évoqué, cette offrande de trois titres se voit alors perdue dans la masse grandissante des groupes de black / death qui s’est constituée ces dernières années. Mais cette fois, Devil’s Emissary s’ancre au sein de mon esprit,  et me voilà pris de curiosité et d’impatience quant à un possible futur album de la formation polonaise.

« Black Mouth of Cosmos,
Blackest of Temples,
Grand me honor to be thy Communion!
Harvester of Worlds!
Swallower of Suns! »

Devil’s Emissary : Youtube

Third Eye Temple : Facebook

Onbra Oscouŗa.

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