[Entretien] Blake’s Optimism

Pour faire suite à notre chronique du premier EP de Blake’s Optimism, voici un entretien avec Adrien T.

 

L.G. : Blake’s Optimism étant un projet récent je vous propose dans un premier temps de bien vouloir vous présenter et surtout de nous éclairer sur le choix de faire référence à William Blake – si je ne me trompe pas – dans votre nom.

Adrien T. : Le nom m’est venu assez naturellement. À première vue, en lisant Blake, on ne pense pas vraiment à l’optimisme, mais je lisais Songs Of Innocence qui commence par :

«‘Pipe a song about a Lamb!’

So I piped with merry cheer.

‘Piper, pipe that song again.’

So I piped: he wept to hear.»

L’idée, c’est exactement ça ! Chanter l’horreur avec un optimisme à en tirer les larmes de mon auditoire. Mon espoir, c’est le réveil européen, la fin de l’hypocrisie et la mort du sérieux. J’aimerais qu’on pleure tous un bon coup devant nos conneries, qu’on puisse enfin repartir clean, un sourire aux lèvres.

L.G. : Vous évoluez sous forme de duo et pourtant pour cette première publication seulement l’un d’entre vous a enregistré avec Emil Brahe de Sol. Pourquoi ce choix ? Adrien, comment êtes-vous rentré en contact avec lui et comment avez-vous travaillé ensemble ?

Adrien T. : Comme quasiment tous mes projets musicaux, le line-up est unipersonnel. Je suis à l’origine du projet, du concept, des compositions, enregistrements et visuels. Trevor de Waveland est à mes côtés depuis le début pour porter le projet sur scène, avec des apparitions récurrentes comme Le Chiffre (Omnicore/T.A.T./N.S.K.). En live, le projet prend une autre dimension grâce à ces partenariats, et là où on ne peut entendre sur enregistrements que du neofolk assez classique jusqu’à présent, les codes se brouillent et on passe la moitié du set à jouer du Post-Punk et à éjecter nos percussions sur le public à grands coups de pied.

J’ai vécu pendant un an à Aarhus, au Danemark. Mon seul contact Danois avant d’arriver au pays était Thomas Bøjden (Die Weisse Rose, Vril Jäger). C’est lui qui m’a mis en relation avec Emil et l’alchimie a fonctionné instantanément. Nous nous retrouvions régulièrement dans son petit studio au bord du Kattegat pour enregistrer des titres pour nos projets respectifs (SOL et Feigur). Au départ, Bøjden était censé enregistrer l’accordéon pour These Things & Us, mais par manque de temps, j’ai dû trouver une autre solution. J’ai fait écouter les pistes à Emil et il a été immédiatement intéressé. Je suis au final très satisfait du résultat.

(Crédit photographique : Joanna Stawnicka – woahmagic.com)

L.G. : Sur These Things & Us vous explorez différentes facettes de la scène post-indus/neofolk avec, par exemple, une piste clairement martial industrial. Comment expliquez-vous la construction de votre identité faite de multiples facettes ? D’autre part, vos compositions neofolk semblent être la synthèse d’un courant “traditionnel” à la Death In June et d’un courant plus récent qui lorgne du côté de King Dude…Qu’en est-il réellement ?

Adrien T. : Je suis un immense fan de DIJ et de Boyd Rice. C’est assez évident sur les enregistrements et beaucoup de monde me le dit ! En revanche, même si nous avons eu la chance de jouer avec King Dude à Lyon, je n’ai jamais vraiment été inspiré par sa musique. Pour Blake’s, chaque titre est écrit sur une émotion. Quand on attaque Paris avec des fusils mitrailleurs, ça donne Knives As Apparatus. Quand on voit les sondages politiques au lendemain de ces attaques, ça donne Joyeux Noël. Quand on place un startuper à la tête du pays, ça donne Die, Necessity.

L.G. : On a pu vous apprécier en live notamment à Montpellier. Est-il important pour vous de communiquer votre musique sur scène ? Comment abordez-vous ce mode d’expression ? Comment pensez-vous la mise en scène de votre musique ?

Adrien T. : Si je mets un point d’honneur à proposer des enregistrements de qualité en studio, je pense que Blake’s est sur le plan technique très mauvais en concert. À chaque représentation, nous sommes généralement sous un cocktail à base de speed et de pastis, ce qui donne aux titres acoustiques un côté plus G.G. Allin que King Dude. C’est assez paradoxal mais personnellement, je préfère jouer sur scène. Nous sommes libres de faire ce que nous voulons et chaque concert est une grosse surprise pour tout le monde. À part quelques symboles placés çà et là en guise de décoration, j’aborde la question de la mise en scène une fois devant le public. Tout dépend de l’ambiance générale. Mon plus beau souvenir est d’avoir remplacé, le temps d’un concert, les caractères du logo en cyrillique et l’intro par l’hymne national de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, parce qu’il y avait des soupçons autour de notre orientation politique, avant le concert. Très sincèrement, si vous aimez uniquement le neofolk, achetez le vinyle. Si vous préférez la sueur et les atmosphères explosives, venez nous voir en live.

(Crédit photographique : Joanna Stawnicka – woahmagic.com)

L.G. : Vous avez mis en avant sur la pochette de These Things & Us un symbole qui semble être le résultat de la fusion de la rune Algiz, d’une croix à l’endroit et d’une croix à l’envers. Est-ce un choix motivé seulement par l’esthétique, ou bien y a-t-il véritablement un message ?

Adrien T. : Que ce soit dans le BM ou le neofolk, la rune d’Algiz a été poncée en long et en large, et il fallait bien que je me moque de ça, aussi. William Blake a passé une partie de sa vie Londonienne à Poland Street, et je m’intéressais à l’héraldique Polonaise. Pour faire le pont, le symbole qui apparait en couverture est une version retournée du blason du village de Baryczka, en Pologne.

L.G. : Plus largement, quelles sont les thématiques qui ont irrigué ce premier EP ? Est-ce que je me trompe si je vous dis que vous semblez manier une certaine forme d’ironie ?

Adrien T. : Les thématiques mêmes du projet sont façonnées en temps réel par les codes et l’actualité de notre société. Il m’est absolument insupportable de vivre dans une époque régie par la compétition, le profit, le suprémacisme, le succès ou l’égoïsme. Ma seule manière de l’exprimer se fait au travers de la satire et du second degré. Quand tout semble perdu autour de nous, le rire est la meilleure des munitions.

L.G. : Vous avez signé sur Steelwork Machine, pensez-vous retravailler avec ce label dans le futur ? D’ailleurs, à quoi doit-on s’attendre de votre part ?

Adrien T. : Quand These Things & Us a été enregistré, J’étais en contact avec Kris et Serge depuis un moment, et j’ai toujours respecté leur travail incroyable. La collaboration s’est très bien passée, malgré quelques déboires avec l’imprimeur (Tchèque), qui ont retardé la sortie de plusieurs semaines. Pour le moment, il y a un projet de titre commun en collaboration avec les magnifiques Lisieux, avec qui nous avons eu le privilège de jouer à Montpellier. Pour un prochain album ou EP, la thématique sera centrée autour de Poland Street. Je vais également me rendre prochainement en Pologne où ma copine va s’occuper de la photographie pour cette sortie. Vous pouvez vous attendre à un enregistrement plus abouti, musicalement, et pressé dans une autre usine (Pologne, j’espère), toujours chez Steelwork Maschine (j’espère aussi).

L.G. : Je te remercie d’avoir répondu à mes questions et je te laisse le mot de la fin…

Adrien T. : Je vous remercie beaucoup pour cette interview ainsi que votre magnifique chronique, et espère pouvoir rejouer à Montpellier à l’occasion.

Blake’s Optimism : Facebook

Interview réalisée par L.G. en 2017.

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