[Entretien] Corde Raide Productions

Corde Raide Productions est un jeune label canadien qui fait preuve de dynamisme, et qui surtout prend un soin particulier à proposer des productions résolument underground et intègres. Voici un entretien avec Francois Le Gueux, son créateur.

 

L.G. : Votre label existe depuis  2016 et vous avez déjà au compteur deux démos, un split, deux EP, et trois albums tous sortis en cassette…D’où vient l’envie et la motivation de vous lancer dans l’aventure, sachant qu’il n’est pas toujours évident de rivaliser notamment avec des contenus accessibles gratuitement en ligne ?

Francois Le Gueux : Tout d’abord, je ne pense pas que le terme ‘’rivaliser’’ soit approprié en ce qui concerne Corde Raide. L’édition de productions black metal dites ‘’underground’’ sur support physique tel que la cassette et la prise en charge de la distribution remplissent, en mon sens, un tout autre rôle que d’offrir du contenu gratuitement en ligne. Moi le premier, j’aime posséder les œuvres qui m’ont marqué, ou qui en valent tout simplement la peine à mes yeux. De plus, cela peut être un moyen de démontrer son soutien à la formation. Le web a bien sûr changé bien des choses, ce qui a, et continue de faire mal aux majors et à ceux qui tirent les ficelles de l’industrie de la musique. En contrepartie, cela a eu l’effet de donner une plus grande visibilité aux labels indépendants et aux autoproductions. C’est donc plus facile pour les gens qui cherchent une alternative au mainstream de trouver des productions intéressantes. Cela dit, pour répondre à la question d’où me vient la motivation et l’envie, je répondrais que c’est arrivé un peu par la force des choses. Fin 2015, j’ai lancé en autoproduction le premier EP de mon propre projet, Mort aux Gueux. Suite à quoi, à l’aide d’un ami proche, nous en avons fait la promotion, l’édition sur cassette et la distribution. J’ai donc voulu renouveler l’expérience pour des projets d’autrui, voulant ainsi créer une sorte de lien entre les différents groupes. De cette idée de collaboration est né Corde Raide Productions.

Un mot peut-être pour nous éclairer sur le choix du nom de votre label, et sur le choix de son logo (Odin pendu par un pied à l’arbre Yggdrasil) ?

Ça paraîtra cliché pour certain, mais une des lectures qui m’a le plus marqué dans ma vie est Ainsi Parlait Zarathoustra de Nietzche. On y retrouve un funambule qui fait figure médiane, comme une corde tendue entre la bête et le surhomme si je me souviens bien. Ça représente donc ma vision de Corde Raide, que je souhaite être comme un pont, et non un but. Pour ce qui est du logo, un gars du nom de Praxosthène, dont je ne sais pratiquement rien d’autre que ce pseudonyme, est arrivé un peu à l’improviste et m’a proposé ce logo dans un courriel. Il donne son temps à l’art underground, et ce, gratuitement. Merci à lui. Et là je le cite : << Le vrai Black Metal, c’est comme un monstre qui vit dans l’ombre animé par de vrais gens sincères et déterminés pour rappeler que tout le monde n’est pas lobotomisé et qu’il y aura toujours un alternative à l’art mainstream (et peut-être même à la société). >>

Vous êtes positionné dans la scène black metal, scène qui a pris une ampleur plus que considérable au vu du volume exponentiel des sorties…Il devient difficile de se faire remarquer en tant que structure selon moi. Est-ce quelque chose que vous aviez à l’esprit quand vous avez mis sur pied Corde Raide Productions ?

Au départ, mon but n’était pas de me faire remarquer en tant que structure, mais bien de la créer. Dans cette optique, j’ai, et continue de collaborer avec des formations que je juge intéressantes afin de produire des éditions cassettes de qualité. Un certain réseau de distribution s’est développé par la suite, et les gens reviennent. Il est vrai que l’on observe une quantité phénoménale de sorties black metal, mais en ce qui à trait à Corde Raide, je ne crois pas que cela puisse nuire en quoi que ce soit.

Quels sont les labels qui remportent vos suffrages, et qui vous ont peut-être grâce à leur travail motivé à créer Corde Raide Productions ?

Tour de Garde est sans contredis le label que j’estime le plus. De par son intégrité et sa constance. Son but premier est de promouvoir l’underground et il n’a jamais semblé y déroger. Un autre du Québec serait Les Productions Hérétiques. Tout ce qui sort sous cette bannière est d’une grande qualité et il aide grandement à diffuser le Métal Noir Québécois. Sinon, en France, Résilience et France d’Oïl Productions chez qui je me suis procuré de vrais bijoux. Les gars font ça à l’ancienne, ce qui est tout à leur honneur. Mon ami de Timeworn Records aux USA, est aussi un bon exemple d’intégrité.

On trouve de plus en plus de groupes qui sortent leur musique uniquement en format numérique, bien qu’il y ait des choses remarquables, on trouve énormément de productions dispensables. Dans ce contexte il me semble que la médiation d’un label apporte une plus-value dans le sens où c’est une tierce personne qui intervient dans la diffusion et qui par son investissement fait la démonstration que tel ou tel groupe vaut la peine d’être écouté ? Qu’en penses-tu ?  

C’est une façon très intéressante de voir les choses, et, qui plus est, me semble juste. Avec cette multitude de projet qui naît à chaque instant et qui est à la portée de tous sur les réseaux sociaux, il est vrai que l’on peut s’y perdre. Dans ce contexte, le label fait donc figure de phare, ou de médiation en effet. Ce qui est le plus important, n’est pas ce que l’on décide d’éditer, mais plutôt ce que l’on refuse…

Vous avez sorti comme indiqué plus haut uniquement des cassettes. L’avantage de ce support qui a retrouvé une seconde jeunesse et évidemment de pouvoir produire à moindres coûts et donc de limiter les risques, mais envisagez-vous de produire des groupes sur d’autres supports ?

Pour ce qui est de produire sur CD, c’est toujours possible. D’ailleurs, le dernier album de Mort aux Gueux est sorti sur ce support en plus des cassettes. Je prévoie aussi de faire une compilation et le CD me semble tout désigné pour ça. Cependant, pour les sorties régulières, je préconise en effet la cassette, non seulement pour son côté économique mais aussi du fait que je trouve que c’est le support idéal pour le black metal. Son côté DIY et le son caverneux qu’elle crée va de soi avec ce style.

Comment sélectionnez-vous les groupes que vous signez ? Quels sont les critères pour trouver grâce à vos yeux ?

Bien qu’elles ne soient pas si nombreuses, la majorité des productions m’ont été proposées par les groupes eux-mêmes. J’en reçois plusieurs, dû au fait que le nombre de nouveau projet est astronomique comme on le mentionnait plus tôt. J’écoute tout ce que l’on m’envoie. J’y vais ensuite tout simplement selon mes goûts et si ça va selon la ligne directrice que j’ai donné à Corde Raide.

On a particulièrement apprécié l’EP de Croc Noir comment êtes-vous rentrés en contact ?

En ce qui concerne Croc Noir, c’est moi qui les ai approchés. À vrai dire, il est plutôt rare que je tombe par hasard sur quelque chose qui me plaît, dû au fait que je n’écoute que ce que j’ai trouvé sur des labels justement. À ce moment, j’avais créé un compte Twitter pour le label, lequel est à l’abandon depuis, et j’étais tombé sur Croc Noir. J’ai écouté leur EP Froid d’un seul trait et je me souviens m’être plongé à fond dans cette atmosphère très sombre et glaciale qu’ils ont réussi à créer sur cette œuvre. Il ne m’en fallait pas plus.

Êtes-vous à même de signer des groupes évoluant dans d’autres styles que le black metal ?

Oui et non. Dans certain cas, on peut trouver des groupes dont la musique n’est pas ce qu’on peut appeler du black metal mais qui pourraient très bien coller avec le ‘’Brand’’ de Corde Raide. Et ce, en raison de leur imagerie et de leur attitude. Je pense à Victime Quelconque, par exemple, dont j’ai édité la démo et leur split avec l’excellent Ifernach.

À quoi doit-on s’attendre de votre part dans le futur ? Peux-tu nous renseigner sur l’actualité de Corde Raide Productions ?

Mon but n’est pas de sortir le plus grand nombre de production mais plutôt d’offrir une certaine qualité. Je vais d’abord me concentrer sur les groupes avec qui j’aime travailler, je pense entre autres à Ifernach et Croc Noir que j’ai déjà mentionnés. J’ai aussi ouvert sur le site une section consacrée à la distribution. Je travaille donc à la développer avec la même vision que j’ai pour mes propres productions. Sinon, pour l’actualité, il y a Croc Noir qui sort son second EP très bientôt. Ça va être très intéressant encore une fois. Je suis aussi en discussion avec quelques formations, françaises et québécoises, mais reste à voir si ça mènera quelque part. J’aime donc mieux ne pas trop en parler pour l’instant. Pour conclure ma vision sur le futur de Corde Raide, trois mots peut-être : underground, sobriété, intégrité…

Corde Raide Productions : Facebook, site

Propos recueillis par L.G. entre mars et mai 2017.

 

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