[Entretien] Desecresy

Voici un entretien avec Tommi de Desecresy !

 

Vincent : Salutations françaises de Mithra ! Templezine. Pour commencer cette entrevue, peux-tu expliquer à nos lecteurs le sens exact du mot Desecresy ainsi que la raison de ce choix ? Cela sonne comme un jeux de mots entre desecration and heresy (profanation et hérésie), mais peut-être je suis complètement à côté de la plaque !

Tommi  : Salut, tu peux appeler cela un jeu de mots, et y ajouter “secrecy“ (le secret) aussi. Il n’y a pas de signification précise pour ce mot. Le sens est plus dans l’impression que dans une définition spécifique.

De part ses membres et sa musique en elle-même Desecresy peut être vu comme une renaissance depuis les cendres du brillant Slugathor. Pouvez-vous nous parler du split de ce dernier ? Quelle serait la différence principale entre ces deux groupes ?

 Desecresy est né des cendres de Slugathor mais dés le début les a transcendées. La principale différence est bien sûr le line-up. Certaines différences sont dans les structures des morceaux. En particulier les premiers qui étaient en apparence plus simples, mais construits avec plus de soin comparé à Slugathor. Les compositions de Desecresy ont généralement des mélodies principales, qui s’unissent comme avec une colle pour donner à chacune d’elle un caractère initial et une atmosphère, au lieu d’un solo de guitare qui surgit de temps à autre.  C’est la chose principale qui sépare Desecresy de  Slugathor et encore plus de la plupart des groupes de death metal. Slugathor était au bout de sa route. Je me sentais restreint dans la composition, et je suppose que les autres membres se sentaient frustrés du manque de prestations live. Ajoute à cela un sentiment de négativité accumulé toutes ces années. Aucune animosité à l’égard des autres gars, par contre, je tiens à le préciser. Allez jeter une oreille sur Cadaveric Incubator et Hostis Humani Generis. Certains membres originaux en font partie.
 
Vous jouez en tant que duo depuis le début, ça ressemble à l’union de deux fortes personnalités séparant la processus conceptuel et la création musicale. Pouvez-vous développer la façon dont vous exprimez des sentiments si morbides ?

 

La plus grande partie de notre collaboration s’appuie sur des discussions au sujet des thématiques et de la direction que nous voulons prendre dans le futur. Généralement, je présente les nouvelles chansons à Jano quand elles sont quelque peu prêtes, et lui travaille sur ses textes et les arrangements vocaux indépendamment. Je pense que les sentiments qu’expriment Desecresy sont plus sombres que morbides.

Ces dernières années la Finlande a vu de nombreux vieux groupes briser leurs cercueils et enregistrer de nouveau des albums, faire des concerts… La Finlande a même son propre festival de death metal. Pouviez-vous imaginer de voir Convulse, Demilich ou Purtenance partager la même scène aujourd’hui ? Je veux dire que Slugathor jouait un pur death metal finlandais depuis 1999 quand le black metal était plus populaire, ainsi, je suppose que vous avez vu cette tendance revenir avec le “sourire”.

 

 Je suis heureux de voir que le death metal finlandais n‘a pas juste sombré dans l’oubli comme cela semblait le cas après le début des années 90. Je n’aurais pas pu croire que quelque chose comme le Finnish Death Metal Maniacs fest puisse arriver  il y a de cela quelques années à peine. Je lève mon chapeau à mon pote Immu et aux autres organisateurs de ce festival. C’est un véritable festin Death Metal et ceci reste très plaisant! En ce qui concerne les vieux groupes faisant leurs retours, je suis un peu déçu par la façon dont ils répètent parfois le schéma du début des années 90. Faites un album de death metal et ensuite réduisez vous à un groupe de rock ennuyeux, ou quelque chose dans le genre. Tous les groupes sont libres de faire ce qu’ils veulent mais au moins essayez d’avoir un peu de bon goût.

 

(The Doom Skeptron – Xtreem Music – 2012)

Vient maintenant la question de savoir si Desecresy reste définitivement un groupe de studio. Cela veut-il dire que tu affectionnes particulièrement le processus d’enregistrement, ou seul le résultat compte à tes yeux ?

J’ai toujours été versé dans la composition, le développement des idées et finalement leur enregistrement, plus que de jouer en concert. Cela fait de moi un hérétique dans le death metal (ou peut-être dans la musique à tous les égards), où jouer live est souvent considéré comme la principale raison d’exister.

Desecresy n’a pas commencé dans le but de se produire sur scène et il en reste de même pour le moment. J’apprécie réellement les processus d’enregistrement et de composition. Les deux fonctionnent ensembles, c’est notre façon de travailler. Bien sûr le résultat doit être la chose la plus importante, mais celui-ci ne peut être bon qu’à condition d’être conduit par une certaine inspiration.

Tu t’occupes maintenant de l’intégralité de la musique désormais. Le son est très puissant, particulièrement la batterie, j’ai d’ailleurs un doute à savoir s’il s’agit d’une vraie. Peux-tu développer à ce sujet, et si c’est avéré, pourquoi ce choix ?

 

Il s’agit d’un kit de batterie électronique en effet. Avant de me charrier à ce sujet, sache que l’utilisation de samples de grosse caisses et caisse claire ne sont pas si inhabituels que ça dans le death metal. Je ne veux pas de boîte à rythme car je trouve que jouer soi-même apporte une touche personnelle, malgré mes limitations, en partie grâce à elles d’ailleurs! Il est reconnu que l’habileté d’édition et de réenregistrement qu’elle permet est également non négligeable et très bénéfique. Le coût financier également s’en ressent si on compare au prix des studios d’enregistrement, de répétition avec un kit acoustique. Beaucoup de gens (deux personnes pour être précis) m’on dit que nous devrions trouver un vrai batteur, mais je trouve que cela fonctionne très bien pour nous de cette façon.

 

(Arches of Entropy – Xtreem Music – 2010)

Avec Stoïc Death, votre quatrième album, vous balancez du pur death metal finlandais avec une forte influence de Bolt Thrower. J’ai remarqué que tu utilises beaucoup de reverb et autres effets dans les parties mélodique lentes, et cela se précise encore plus sur ce disque. As-tu écouté plus de de rock progressif et psychédélique ces derniers temps ?

 

L’utilisation des guitares telle que tu le décris devient effectivement de plus en plus évidente sur chaque album. C’est juste une évolution naturelle. Je n’écoute pas plus de rock prog et psyché qu’auparavant. Comme tu l’as mentionné, Bolt Thrower est toujours une influence notable pour nous , autant que la scène death finlandaise ( la « finlandité » venant naturellement pour des raisons évidentes), mais ne nous confond avec un genre de groupe copieur se revendiquant de la vieille école. Je n’apprécie pas vraiment l’attitude de certains de ces nouveaux arrivants dans la scène. Peut-être que l’envie de nous démarquer nous amène à nous associer à d’autres styles de musique.

Concernant les thèmes abordés dans les textes, il semblerait que Desecresy prend le terme death metal diablement au sérieux. Je veux dire qu’il ne s’agit pas ici de zombies ou d’un quelconque  hommage aux films d’horreur mais d’un véritable voyage dans l’après-vie. Peux-tu développer ? Est-ce que toi ou ton entourage a expérimenté la mort ou certains états proches?
Eh bien je n’ai pas encore pu expérimenter la mort ni d’état proche qui aurait pu changer ma vie dans des circonstances dramatiques. Tout le monde a des proches dans la tombe et beaucoup de mes amis sont passé de l’autre côté mais je n’en tire aucune d’inspiration. La mort est le grand inconnu qui fait divaguer votre esprit à l’infini et c’est cela qui la rend fascinante. Les textes  ne traitent pas nécessairement de la mort au sens propre aussi directement que de nombreux groupes de death metal. Il s’agit de la mort au sens général, celle d’une civilisation, d’un idéal, d’une ère ou d’autres sujets plus abstraits encore. C’est plus intéressant à mon sens que de disserter sur le pourrissement d’un cadavre, zombies ou autres…

Il est courant que la Finlande connaisse de fréquentes vagues de suicides. Votre scène joue ce style d’une manière unique. Si nous voyons ces groupes comme diseurs de vérité sur la mort et ses mystères, qu’est-ce qui vous rend suffisamment patients avant de savoir ce qu’il y a vraiment de l’autre côté ?

Il serait prétentieux d’affirmer être impatient de mourir alors même que je suis toujours vivant. J’aime l’idée de me voir comme un mec les pieds sur terre qui n’a pas besoin de donner une image sombre, psychopathe ou mystique de lui-même. Ça ne veut pas dire que je suis incapable d’aborder de tels thèmes dans nos textes et notre musique. L’état d’esprit finlandais contient une mélancolie intrinsèque qui peut mener à un fort taux de suicides tout comme à des balades métal insipides (je ne sais pas lequel est le pire). Combiné au death metal cela donne par contre un résultat très intéressant !

Comment voyez-vous la scène française en général ?

J’ai un énorme vide de connaissances quand il s’agit de la scène française. Désolé. Je n’ai aucun nom  français récent qui me vient à l’esprit, mais je ne suis pas non plus un grand chercheur de groupes souterrains. Cela est peut être dû à ma propre ignorance mais c’est quand même une question que je me pose. Comment est-ce possible qu’une des plus grandes nation d’Europe n’ait pas une scène plus développée?

En Europe de l’ouest les gens voient les pays scandinaves encore protégés des modifications du monde globalisé. En tant que transfrontalier de la Russie, comment vous placeriez-vous dans le cas d’un nouveau conflit bipolaire ?

 Du point de vue de la Finlande, l’Europe centrale semble plus protégée comparé à nous, en ce qui concerne la menace plausible de la Russie. D’ailleurs, la Finlande ne fait pas partie de la Scandinavie (pas que cela n’ait rien à voir avec ta question). Aucun pays au monde n’est protégé des changements planétaires. Déjà, la Finlande est positionné politiquement à l’ouest, cependant elle essaye de maintenir des relations aussi bonne que possibles avec la Russie, ce qui est obligatoire avec notre frontière, d’où l’absence d’adhésion à l’ONU jusqu’à ce jour. Cela pourrait provoquer un conflit entre la Russie et l’Occident, du moins selon certains. La dernière fois, la Finlande fut plongée dans la Seconde Guerre mondiale par l’invasion Russe, un nouveau conflit bipolaire serait merdique pour nous, pour faire court.

 

Un dernier mot concernant le futur de Desecresy et ce style en général ? 

 Nous l’avons pris tranquille après la précédente sortie, mais nous travaillons sur des nouveaux morceaux. Le prochain album suivra le même chemin, mais poussé plus loin. En attendant continuez d’écouter Stoic Death et les albums précédents. Merci à tous ceux qui garde le death metal pertinent, que cela soit en jouant, en écoutant ou en écrivant à son sujet. Merci beaucoup pour cette interview.

 

Desecresy : Facebook

 

Par Vincent. Entretien réalisé par courriel en 2016 (publication 2017).

 

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