[Entretien] Ordo Blasphemus

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Ordo Blasphemus est un groupe clivant, qui ne manque pas de caractère. On vous propose aujourd’hui de donner la parole à Antumnos (vocaux, guitare et basse). Pour rappel la discographie complète du groupe est en ligne depuis quelques mois. Il est possible de la télécharger gratuitement via le lien suivant : http://uptobox.com/1az26exy34vd Vous trouverez des commentaires des musiciens pour chaque sortie, des inédits, et d’une compilation (less worst of).

Antumnos ayant refusé formellement toute relecture, on vous livre brut de décoffrage ses réponses.

L.G. : Bonjour,  je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions…Récemment, vous avez rendu disponible gratuitement l’ensemble de votre discographie en numérique. La particularité de votre démarche est d’avoir joint des notes explicatives pour chacune de vos productions…Pouvez-vous nous exposer l’intime motivation d’une telle mise à nu ?

Antumnos : Ça a germée il y’a des années ; quand j’étais aller voir le type de Sale Freux à sa caravane. Il avait une sorte d’anthologie de l’Art Noir sur le pc ; avec des mp3 ; sa collec’ physique étant restée en Bretagne, faute de place. Égocentré comme je suis, le premier truc que je checke c’est s’il a du Ordo. Il avait des rips des premières démos cassettes d’ordo en qualité pérave. Donc plusieurs raisons qui me paraissent être le bon sens absolu. Premièrement ça m’a fait mal de voir nos démos avoir un son se faire autant défoncer par le rip, qui plus est fait par des mecs que je ne connais pas ; alors que j’avais tous les masters sur le PC. Ensuite quand on a commencé à avoir une disco assez conséquente après 10 ans d’existence ; et en sachant que peu de mondes connaissait notre travail ; l’idée d’une diffusion via internet m’a semblé nécessaire. Un facebook ? Hors’(do) question. Un bandcamp, un itunes, un spotify ou que sais-je encore : Idem ; refusant de voir mon intégrité et ce groupe à la pureté absolue se faire souillés par un moyen de diffusion inadapté.Je suis revenu à cette idée d’anthologie officielle du groupe que chacun pourrait avoir à la maison ou dans le walkman ; sans pour autant perdre en qualité artistique. Une idée en amenant d’autres ; j’ai poussé le concept d’anthologie à fond en compilant les photos inédites, en créant un best-of avec des inédits et des remasters (“ the less worst of”) et surtout une autocritique à travers de longues notes amères, drôles, explicatives, haineuses ou passionnantes pour chaque sortie du groupe. Une réelle discographie, complète, artistique, compilative et bien entendu gratuite.

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(crédit photographique Ordo Blasphemus)

L.G. : À la lecture de ces notes il en ressort que vous avez une appréciation de votre propre travail tiraillée entre une forme de dégoût pour certains de ses aspects, et l’expression d’un jugement assez présomptueux d’appartenir à une “élite”, cela est appuyé sur le fait d’avoir au fil des sorties mis au monde une créature protéiforme d’une beauté, selon vous, incomprise du public – vous avez d’ailleurs sorti un EP intitulé  Misunderstood… Avez-vous des regrets lorsque vous vous plongez dans le passé d’Ordo Blasphemus ? Mais, aussi quelles sont selon vous ses réussites ?

Antumnos : Il y’a une chose à bien comprendre pour saisir Ordo, c’est que je vois depuis 2009 ce groupe comme un poids particulièrement douloureux à porter sur les épaules. Depuis le début des recherches de label en fait. Car je n’ai pas réussi à me contenter des quelques dizaines de copies faites pour les copains en auto-prod. J’ai ressenti pour chaque release le besoin de “sortir” officiellement chaque oeuvre. Comme une décharge, une expiration. Ou plutôt comme un accouchement. SI j’avais été mère ; je crois que j’aurais abandonné chaque enfant après chaque naissance pour en refaire un derrière ; tellement j’aurais trouver ça chiant de devoir le porter ; mais que la procréation aurait été naturelle et compulsive. Aimer, procréer, engendrer, ne plus avoir le choix, mettre à bas. Quand j’ai terminé la box en bois, que les histoires de thunes étaient réglées avec Antiq ; quand le vinyle du live et sa manufacture maison était enfin sortie ; que tout ce qui devait sortir était enfin sortis après DES ANNÉES d’attentes et de changements ; j’ai eu définitivement ce besoin d’accomplissement final, ce besoin de libération en sortant l’intégralité de la disco. Je me déchaînais enfin. Ordo n’a jamais été une source de plaisir. Alors quand toi tu vois en lisant les notes, le sentiment d’appartenance à une élite ou un mec qui a clairement la grosse tête ; je ne vois que l’expression de la frustration de n’avoir jamais été assez écouté. Malgré le chemin de croix, malgré avoir tout donné, malgré avoir consacré chaque seconde de ma vie à ne penser, à construire, à me sentir contre tout et contre tous pour construire mon groupe ; et avancer de sorties en sorties. A ma connaissance, peu de groupes ont autant galérer à sortir autant de matériel accumulé ainsi. Et peu ont dû autant en accumuler alors que le matériel d’avant n’était toujours pas sorti. Je ne dis pas dans les notes que nous sommes les meilleurs en France. Loin de là. Je dis par contre que nous sommes effectivement les plus incompris.J’ai un nombre incalculable de regrets dans ma vie personnelle ; mais pas un seul avec Ordo. Ces amertumes et ce parcours chaotique ont fait la richesse du groupe ; quelque chose à dire, un vrai contenu. Je crois que dans le fond si on a jamais voulu faire d’interviews auparavant, c’est peut-être que nous n’avions pas grand chose à dire. Je pense sincèrement que les notes de la disco n’ont compilé que le quart des anecdotes, souvenirs et commentaires que nous pourrions faire sur ce groupe.Et en réussites.. Bein c’est pas franchement objectif la réussite nan ? Donc je ne pense pas que ce soit nécessaire de qualifier un travail artistique sur ce qui est réussi ou pas. Ce qui est accompli prime plus à mon sens. Et ce qui a été accompli en 10 ans est résumé dans cette disco.

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(Antumnos – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Quel a été le moteur de la création d’Ordo Blasphemus ? En d’autres termes, qu’est-ce qui vous a poussés à faire de la musique ? Y’a t-il des artistes, ou des groupes, qui ont motivé au travers de leur musique la mise en place de ce projet ?

Antumnos : Une impulsion non désirée. On sortait d’un enregistrement catastrophique d’un groupe dans lequel on jouait avec Lazareth, je laisse le soin aux détectives de découvrir lequel, c’est assez simple a trouver. On s’est juste dit : on fait un side project et on décharge tout sans se poser de questions, juste tous les deux ; sans personne d’autre.Je crois pas que l’on ne se soit dit ne serait-ce qu’une fois qu’on ferait un de ces fameux projets “à la”. Ordo est né de rien, sans prévenir, une nuit de juillet 2006.

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( Compilation Orgasme Ossuaire – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Vincent, dans sa chronique d’Orgasme Ossuaire,parle d’“éjaculation musicale” pour qualifier votre “musique”, en quoi cette métaphore vous semble convenir pour décrire votre processus créatif ?

Antumnos : Complètement. Définitivement c’est une des facettes du groupe sur la plupart des releases ; excepté le “less worst of” et “misunderstood”. Et éventuellement “Chaotic Loom” qui est plus calculé qu’il n’y parait.A la création d’abord, puisque depuis le début nous avons procéder à un cheminement créatif simple. Des lignes mélodiques, des riffs à la guitare. On se voyait avec Lazareth, on enregistrait en communion. Une gratte et une batterie sur un 4 pistes. Puis on rajoutait la voix. Et on réécoutait ça à fond. Redécouvrant des parties improvisées, des sons sortis d’on ne sait où au fil des réécoutes. Et dés 2008, l’appétit créatif devenant insatiable ; les arrangements par centaines ont commencées sur le matériel brut. Torturer, soustraire, rajouter, couper, transformer, arranger… Ordo c’est en fait de multiples dizaines d’heures d’enregistrement et des milliers d’heures d’arrangement.Tout ce groupe peux se résumer à ceci. Tenter d’organiser le chaos. En 10 ans d’existence c’est tout ce que j’ai cherché à faire. Celui de ma vie et celui de mon groupe, de mon oeuvre, de mon enfant. Orgasme Ossuaire est le plus bel exemple d’éjaculation quand on en vient au contenu artistique même. Lazareth et moi avons nos propres troubles voire obsessions d’ordre sexuel. Chacun des nôtres étant d’ailleurs diamétralement opposés. Une sortie aussi sexuelle devait finir par voir le jour. As-tu chopper la box en vraie ? Ne trouve tu pas toi même qu’il y’a cette dimension charnelle et physique quand on a cette box dans la main ? Les nervures, la céruse, le linceul ; une même matrice de sensations entre les 100 ; mais pourtant chacune à chaque fois rends légèrement différente.

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(Lazareth – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

 

L.G. : Non, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’acquérir… Il y’a une dimension artisanale dans certaines de vos productions, je pense au vinyle d’Alive Funeral… Vous visez à produire des objets uniques à une époque où l’industrialisation s’empare même des “rêves” au travers des industries culturelles…On peut dire qu’il y a dans votre conception du black metal une recherche d’authenticité…Comment percevez-vous l’évolution de cette scène qui semble de plus en plus s’empêtrer dans le conformisme bien qu’il y ait toujours des groupes digne d’intérêt ?

Antumnos : Il y’a effectivement des groupes qui suscitent encore de l’intérêt quand on y apporte un regard et un jugement froid, sans valeur, en toute objectivité, sans émotion ni jalousie. L’intérêt ne se porte pas que sur la musique je pense… Certains, peut-être est-ce ton cas, en font le jugement de valeur absolue. Un groupe comme Ende – I.l et Njodr étant des amis – a suscité cette forme d’intérêt pour tous les nostalgiques de la scène scandinave ; apportant un revival  qu’au final beaucoup recherchaient.C’est un groupe qui as suscité de l’intérêt. J’ai personnellement toujours été plus attiré par ce qui me fascinait ou me repoussait que par juste la musique. Et surtout par tout ce qui gravite autour du groupe. Je pense que les meilleurs projets sont ceux qui ont une aura qui dépasse la musique…. Regarde le passé.. Et tu verras que TOUS les groupes ou les grands noms de cette industrie se répercutaient bien au delà de la sphère musicale. Et en tant que mouvement extrémiste, des exemples dans le black y’en a putain de pleins.J’ai noué des liens assez forts récemment avec le chanteur de Black Sin… Ils se reforment… On les a injustement oubliés mais faut voir tout ce qu’il y’a eu autour de ce groupe, c’est juste hallucinant.Baise Ma Hache est aussi un bel exemple de groupe intéressant, nan ? Tout le monde sait que c’est pas très bon musicalement, voire franchement à chier ; qu’ils ne doivent leur réput’ qu’à PN et à Facebook ; pourtant ils fascinent tout le monde,  déclenchent des polémiques, enchaînent les concerts… Et quand tu vois que le type est un photographe et un communiquant hors pair ; et surtout qu’il vit son projet à fond, bein un moment t’arrête de poser des questions et tu te dis qu’objectivement ; oui c’est un groupe franchement intéressant. Des exemples y’en a pleins, ouai..J’ai mixé il y’a quelques mois l’album de Totale Angoisse.. Le dernier jour du mix, le gratteux s’est fait arrêté par le GIGN. Et l’album est une tuerie sans nom..Y’a les types d’Antiq aussi, qui vivent leur truc à fond… Sale freux aussi..

Quand on a enregistré le split et l’album de Zépülkr ; on s’est ENFERME des semaines dans les caves d’Angers pour produire une oeuvre à la richesse artistique des plus pures.

J’ai résumé ça à un copain récemment : Les types qui sortent du lot, les types qui se font entendre, ce sont les types pour qui leur projet est leur mode de vie..Et je pense sincèrement qu’il y’a trop de groupes dans cette scène qui ne voient leur projet que comme un loisir. Repet’ le dimanche, boulot le lundi, concert le samedi, on dort puis on retourne au taf.Un peu comme quand tu t’investis dans un projet associatif tu sais..Je ne dis pas que c’est dommage ou que je leur crache à la gueule.. S’ils sont heureux, tant mieux. Mais ce sont des mecs qui ne me feront jamais vibrer.

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(EP  Misunderstood –  crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

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(EP Misunderstood – crédit photographique Ordo Blasphemus)

 

L.G. : Toujours dans les notes évoquées plus haut, vous citez les travaux de Maurizio Bianchi, qui est un artiste italien incontournable dans la scène industrielle. En quoi cette scène a-t-elle une influence sur la musique d’Ordo Blasphemus ?  Quels sont les artistes que vous appréciez dans ce mouvement ? D’autre part, vous évoluez en particulier sur l’album Chaotic Loom – votre oeuvre la plus lovecraftienne –  dans la sphère de la non-musique : est-il important pour vous d’offrir avant tout une expérience plutôt qu’un simple plaisir d’écoute ?  

Antumnos : Bianchi, c’est Lazareth. D’ailleurs le type cultivé c’est Lazareth pas moi. J’ai toujours raisonner avec mes tripes, essayer d’organiser mes pulsions avec ma tête. Pas simple mais ça a donné cette discographie conséquente.Une expérience oui, complètement. Pourquoi sinon avoir réarrangé des dizaines de titres pour chaque concert qu’OB a donné dans la splendeur de sa mégalomanie ? C’est à dire deux ? Pourquoi avoir noté, décortiqué, être revenu sur le maximum d’instants de vie que l’on a partager avec ce groupe en 10 ans via la disco mp3 ? Pourquoi avoir – plus que de proposer une seule expérience – essayer de se renouveler et de proposer quelque chose de différent au fil de la vie du groupe, quand nous grandissions, changions nous même à ses côtés ? Pourquoi avoir voulu synthétiser des années, je dis bien des ANNÉES d’attente, de développement, de création , de mutation dans la confection de deux objets absolument magnifiques et empreints du plus pur mysticisme que sont la box d’Orgasme Ossuaire et le Vinyle du live à Angers ?Créer. Au plus profond, à la plus pure définition du mot CRÉATION ; j’ai toujours voulu m’accrocher. Je ne suis pas un musicien, je suis un artiste. Un créateur. Un dieu. Né animal ; à vouloir m’accomplir en tant qu’homme en voulant m’approcher du divin. Créer putain. Pas copier, pas imiter. Créer.

L.G. : Finalement, Ordo Blasphemus ne serait-il pas le résultat d’une esthétique de la tension fécondée par la volonté d’embrasser d’un même regard l’ensemble des polarités inscrites dans le cosmos – une quête mystique inatteignable où la folie rôde ?  Antonin Artaud dans Le théâtre et son double, publié en 1938, a écrit :« Si notre vie manque de soufre, c’est-à-dire d’une constante magie, c’est qu’il nous plait de regarder nos actes et de nous perdre en considération sur les formes rêvées de nos actes, au lieu d’être poussé par eux (…). Et s’il est encore quelque chose d’infernal et de véritablement maudit dans ce temps, c’est de s’attarder artistiquement sur des formes, au lieu d’être comme des suppliciés que l’on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers », vous sentez-vous proche de ce constat ?  

Antumnos : Pas vraiment. Déjà parce que je ne le comprends pas. Ensuite parce qu’ Ordo ; au delà de sa complexité ; au delà de son hermétisme absolu, que seuls quelques initiés peuvent saisir et comprendre ; au delà du bordel monstrueux que fût notre parcours en 10 ans, est un groupe qui se fonde sur des archétypes plutôt simplistes au final. La dualité par exemple.Je vais t’avouer quelque chose. Je déteste ce nom de groupe. Je l’ai détesté dés l’instant où le groupe a commencé à compter pour moi, c’est à dire la session d’enregistrement de Lemegeton 1er du nom en 2008. Où il a commencé à se passer quelque chose d’insaisissable et de GRAND entre Lazareth et moi. Mais le jour où j’ai compris que ce même nom évoquait la confrontation entre deux symboles contradictoires ; je me suis senti investi d’une lumière divine. Malgré – je crois – une belle faute de latin.La dualité, le paradoxe. Le sang même qui coule dans mes veines est totalement paradoxal. Le prochain album ( le premier véritable album d’ailleurs) traitera une nouvelle, ultime et dernière facette de ce concept de dualité qui – sans vraiment le vouloir – a suivi le groupe depuis quasiment le début ; et cela systématiquement, quelque soit son angle d’approche et d’analyse.

 

L.G. : Vous refusez ce qui est tout à fait compréhensible d’avoir une activité sur les réseaux sociaux…Je trouve pour ma part qu’un grand nombre justement d’artistes, et de musiciens, ferez mieux de tendre à une meilleure maîtrise de leur communication sur ces plate-formes…Pouvez-vous nous éclairer sur ce choix de plus en plus rare ?

Antumnos : Je t’en ai parlé plus haut.. Un facebook ? Putain mais pourquoi ? Pourquoi ??! Pour faire des campagnes de pub sponsorisées ? Pour écrire dans notre description que nous sommes un groupe de BM occulte ? Un groupe incompris, inclassable ? Mettre des photos de nos concerts pour que les gens “aiment” et commentent ? Pour partager du contenu quand on parle de nous ? Pour compter le nombre de j’aime qu’on gagne de jours en jours ??!Myspace a eu son utilité il y’a 10 ans et surtout myspace avait une réelle dimension artistique ; aujourd’hui facebook n’en a aucune. Ni de l’une ni de l’autre. Aucune. Facebook ne fait de toi qu’un entrepreneur indépendant, c’est à dire un vendeur et un vendu. Je pourrais faire des dizaines de groupes autre qu’Ordo ; tout genre confondu sauf du BM car je ne créerais plus jamais à mon initiative un autre groupe de BM ; et utiliser facebook comme un outil promotionnel sans sourciller. Mais pas Ordo, pas mon bébé, pas l’oeuvre de ma vie, initiée avec mon plus vieil ami il y’a 10 ans et que je pleurerais de voir souillé ainsi. A coté de ça, je ne suis pas réfractaire à internet ; j’ai bientôt la trentaine ; j’ai quasiment grandi avec , ça n’aurait pas de sens. J’ai créé la disco d’ordo mp3 et une chaîne officielle vimeo pour la vidéographie complète. Mais c’est parce que ça a du sens et que je propose un réel contenu artistique avec. Il y’a une réelle démarche. Je tiens pas un stand, une boutique avec mon groupe. Faire quoi ? Un bigcartel pendant qu’on y est ? Personne n’en aurait rien à foutre. Et d’une. Et de deux l’essence même de ce groupe perdrait tout son sens.J’ai le même mail aussi depuis 15 ans ; alma-mater@hotmail.fr . Vous pouvez m’y écrire je répondrais toujours avec plaisir et respect de l’autre.

L.G. : Justement ces vidéos sont particulièrement réussies surtout celle de Lemegeton, dont il dégage une sorte de nostalgie fataliste…Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur leur conception ?

Antumnos : Ah oui ? Tu as vu Lemegeton comme ça ? Mmmh… Je pense que c’est ni l’un ni l’autre. C’est un clip qui a été réalisé par la force des choses en fait, ce titre n’étant prévu sur aucune sortie physique. Je parlais plus haut d’arrangement spécifique de matériel pour le live. En voici un exemple. Lemegeton n’a été produit que dans le seul but d’être joué au concert à Angers ; comme tout le reste de la set-list d’ailleurs.La réalisation d’un clip vidéo est assez intéressante pour Ordo ; puisqu’intrinsèquement liée à l’essence du groupe. Réaliser un clip c’est quoi ? C’est accumuler assez de matériel vidéo pour réorganiser des rushes en montage final. Je vois plus la première partie du clip comme un parallèle entre le fascisme historique et la production d’images fascinantes de notre époque contemporaine. La mode, les sourires forcés et les physiques avantageux, l’assassinat de Kennedy, Monroe, l’étalement outrageux des banlieues en flamme et incitant à la haine, la pub… L’érotisme et l’idée de la mort en fait.J’aurais pu rajouter les images du 11 septembre ; et parfaire le tableau de ce qui est en mesure de fasciner la foule. Ce lien est particulièrement magique à mon sens. Un orateur et son auditoire, un film et ses spectateurs, le feu et celui qui le regarde. Des liens qui se trouvent être ceux du titre Lemegeton, dans sa forme Live, disparue à jamais sauf dans les souvenirs de ceux présents – et crois moi que quelque uns en ont étés particulièrement marqués – et dans sa forme vidéo, pour longtemps à la disposition du monde jusqu’à l’effondrement des serveurs du Grand Internet.Ce titre n’a été produit que pour être un chef d’oeuvre périssable. Toute la musique est périssable. Que crois-tu qu’il restera de tout ce qui a été produit par l’Homme quand viendra notre fin ? Exact. Rien.Nos clips sont donc intimement liés à la “musicographie” d’OB ; et non juste des exercices promotionnels ; où une multitude de pièces ont étés cachées pour révéler et saisir la totalité de ce qui a été produit.. Tout comme sur les artworks. Tout comme sur les supports physiques. Tout comme dans la disco mp3. L’Art et rien d’autre. Comme d’hab’.

L.G. : Quels sont les projets en cours pour Ordo Blasphemus ?

Antumnos : La synthèse de ce groupe en un album initié en 2008 et fini en 2013. Toute ma vie pendant 5 ans n’a eu de sens que pour créer cet album. Et tout cet album n’ a été que le fil rouge de ma vie. L’oeuvre ultime, celle que l’on ne réalise qu’une fois. Ça sortira bientôt sur un label d’envergue internationale. Un clip l’accompagneras. Et vous verrez ce dont est capable ce groupe.

 

L.G. :Je vous remercie pour cet entretien, je vous laisse la parole en guise de conclusion.

Antumnos : Et bien non mec, c’est moi qui te remercie d’avoir jouer le jeu de l’interview, d’avoir cherché à décortiquer Ordo et d’avoir attendu mes réponses. Propage la disco mp3, la démarche et le contenu en valent vraiment la peine. Longue vie a ton webzine.

Interview réalisée par L.G. par courriel. Novembre 2016.

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