[Entretien] Le Silence des Ruines

 

Il y a peu  Le Silence des Ruines a rendu disponible en téléchargement son nouvel album, Quis ut Deus. Nous avons profité de l’occasion pour poser quelques questions à Nicolas F. l’unique membre de ce projet francais officiant dans les registres martial pop / neoclassical / ambient.

L.G. : Tu as fait le choix de sortir ton nouvel album, Quis ut Deus, uniquement en numérique… Pourquoi avoir choisi ce mode de diffusion ?

Nicolas F. : L’édition de cet album est bien particulière. J’avais été contacté par soldat D. de l’ex-label Castellum Stoufenburc qui m’avait édité Pardonne-moi Lucifer en numérique et en libre téléchargement en 2011. Comme j’étais toujours en contact avec lui, il m’avait envoyé un mail afin de prendre de mes nouvelles et surtout, de savoir si j’étais partant pour sortir un album sur son nouveau label. J’avais suffisamment de titres à lui proposer. Nous avons échangé quelques messages sur différentes idées concernant cet album et ce dernier était censé voir le jour entre août et septembre. Alors que la période à laquelle l’album devait sortir était passée, j’ai envoyé un mail à Soldat D. pour prendre des nouvelles. Étant sans réponse, je n’avais pas insisté car je savais qu’il avait beaucoup de travail et qu’il était une personne en qui j’ai toujours pu avoir confiance. Malheureusement mes derniers mails n’ont jamais été lus… J’ai été très affecté par la disparition tragique de Soldat D. et j’ai pris la décision de sortir l’album  Quis ut Deus  en libre téléchargement numérique. Je n’ai pas souhaité l’éditer sur un autre label. Et surtout, je voulais rendre un dernier hommage, à ma façon, à Soldat D.

Castellum Stoufenburc était un label qui proposait de nombreux  groupes et projets de qualité, par exemple Legionarii et Lupi Gladius. Quels sont ceux que tu retiendrais personnellement ? Soldat D. était la personne derrière Waffenruhe, je suppose que tu dois certainement apprécier sa musique…

Oui, j’apprécie le travail artistique du Soldat D. même si je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter tous ses albums. Concernant le label, je retiens les groupes que tu mentionnes avec également Militia Dei et J Orphic entre autres.

Tu as évoqué dans ta première réponse avoir “échangé quelques messages sur différentes idées concernant” Quis ut Deus avec Soldat D.,  qu’en est-il plus précisément ? Cet album a-t-il une ligne directrice, des thématiques précises ? L’album est plus que vraisemblablement lié à la la figure de l’Archange Saint Michel …

Lorsqu’il a écouté mon album, il m’a fait part des titres qu’il appréciait particulièrement car selon lui, « ils sont dans sa compréhension du genre Martial / Neoclassique ». Et qu’il trouvait une certaine similitude avec ses propres compositions. De là, nous avons développé l’idée de faire un split album en 2018 avec des nouvelles compositions… Il a également ajouté qu’il a ressenti une atmosphère « spirituelle » dans cet album ; ce que je n’ai pu nier.

La ligne directrice reste fidèle au Silence des Ruines. Elle est basée sur une atmosphère et des visions apocalyptiques. De la lutte entre le bien et le mal, des chutes, de la perte des valeurs et de ce qui nous unit au « tout ». Il y a un point centralisé sur le combat interne que nous menons et des sacrifices  que nous avons à accomplir ou à subir. Au fond de notre être, nous créons, nous fortifions notre esprit sur ce que nous pensons être « notre » vérité. Le résultat est bien souvent celui de consumer lentement ce que nous avons créé dans une illusion d’éternité. Finalement, et tôt ou tard, tout est amené à brûler, à s’effondrer, mêmes les fortifications que nous pensions être les plus solides, ne laissant qu’un tas de cendres et de ruines en nous. J’apprécie toujours autant la phrase d’Epictète : « Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes ». Le véritable combat que nous avons à mener est celui contre nous-mêmes. La représentation de l’Archange Michael sur la couverture de l’album me semblait très appropriée avec ce message si on le prend dans un certain sens théologique.

(crédit photographique : Le Silence des Ruines)

« Quis ut Deus» signifie « Qui est comme Dieu ? », cette question renvoie au déjà nommé Archange Saint Michel, je voudrais savoir ce qui vous inspire, et peut-être vous fascine dans cette figure céleste ?

Énormément de choses m’inspirent chez cet Archange. Comme je le mentionnais plus haut, c’est ce combat intérieur qui me rapproche de cet être céleste. Dans l’aspect théologique, l’Archange Michael est le chef des anges et aussi de l’ « Église ». Ce que j’entends aussi par ce terme d’ « église », c’est encore ce que je mentionnais plus haut : notre être, notre âme. C’est en elle que nous évoluons, que tout est en perpétuel mouvement, que tu nourris par la lumière ou par les ténèbres. Tous tes actes et pensées nourrissent cette âme ou cette « église ». Tu dois avoir une sentinelle, postée à l’entrée pour la protéger. L’Archange Michael m’inspire dans cette image de sentinelle armée.

Ta vision de l’Archange Michael renvoie à une conception plus spirituelle que religieuse… Quelle(s) différence(s) fais-tu entre les deux ? Une des dimensions de la spiritualité occidentale n’est-elle pas justement la construction de cette « église » personnelle, la construction d’une « église » intérieure ? Une construction que certains d’entre nous négligent, voire nous sommes de plus en plus nombreux à omettre tout simplement d’en poser la moindre pierre…

La spiritualité occidentale a perdu de son souffle car comme tu le mentionnes « nous sommes de plus en plus nombreux à omettre tout simplement d’en poser la moindre pierre… ». La gloire est recherchée à l’extérieur et non à l’intérieur. La grande société de consommation, les multinationales, les médias, etc. sont là pour te détourner de cette voie qui te permettra de poser ne serait-ce que ta première pierre.

Je n’aime pas utiliser le mot religion. Il est bien souvent synonyme de discorde et de conflit. La spiritualité a quelque chose de profond et surtout, de plus intime. Elle te permet de suivre tes propres convictions sans pour autant créer un litige dans tes croyances religieuses si tu en possèdes. Selon moi, la spiritualité, c’est l’expérience même. La religion est un moyen d’accéder à la spiritualité. Encore faut-il pouvoir prendre du recul et ne pas se fier à tout ce que l’on peut te dire ou te faire croire. C’est là que l’expérience entre en jeu.

La société de consommation, les multinationales aussi puissantes que des États, les médias, ne se cristallisent-ils pas sous la forme d’un anti-Occident qui agirait tel un dévoreur de mondes, qui refuse les limites et qui se projette perpétuellement en avant tout en vidant de leurs essences les ensembles culturels qu’il happe en son sein  ? Est-ce que tes travaux sont une façon de résister à cette marche du monde ? Qu’est ce-qui motive ton processus créatif ?

Tu as tout à fait raison dans tes propos. J’ai pris conscience, comme beaucoup, que notre jeunesse subit une totale lobotomie. Elle ne peut plus penser par elle-même. L’individu, le véritable Moi est supprimé, remplacé par une machine à consommation excessive et jamais rassasiée. Par conséquent, il en est de même pour nos valeurs occidentales. L’Europe, son histoire, ses cultures, tout y est mourant aux profits de ses gouvernements, avides d’argent, de pouvoir égocentrique.

On peut dire que mes travaux sont une manière d’exprimer ma résistance. Je ne suis qu’une âme errante dans ce monde, parmi tant d’autres. Longtemps j’ai cherché à l’extérieur l’individu que je suis amené à devenir avant de constater que dans le monde matériel, tu n’es qu’un numéro. Ainsi, pour faire bonne figure, tu as l’obligation d’entrer dans une case créée de toute pièce par la société. Je n’ai jamais réussi pour la simple raison que je pensais par moi-même. Pourtant, j’ai essayé et la chute était lente et douloureuse. Puis un jour, j’ai commencé à chercher cet individu en moi. Je pensais que cela allait m’aider à m’insérer plus facilement. C’est tout le contraire qui s’est produit. Plus je me trouve, plus je réfute un bon nombre d’enseignements que cette société nous fait avaler depuis des décennies. Voici une de mes motivations dans mon processus créatif. Elles ne se limitent pas qu’à cette révolte et fort heureusement ! La nature, l’astronomie, l’histoire de l’humanité, les contes et les mythes, la psychologie Jungienne, la théologie… Ce sont tous des éléments vitaux à mon épanouissement et des influences à mes créations musicales.

Revenons si tu le souhaites à ta musique… À son écoute il est difficile de ne pas penser à Dernière Volonté, à Puissance et à l’incontournable Les Joyaux de la princesse… Quelles sont selon toi tes influences musicales ? Dans la veine martial pop  / neoclassical / indus martial quels sont les albums qui comptent pour toi ?

Ma réponse risque de surprendre car j’écoute très peu le style martial. Bien entendu, les groupes que tu viens de mentionner m’ont beaucoup influencé à l’exception de Puissance. Je n’ai écouté qu’un seul album et il me semble qu’il s’agissait de Grace of God . J’aimais beaucoup Dernière Volonté à ses débuts. À vrai dire, je n’ai plus suivi le reste après l’album Devant le miroir. C’est toujours un réel plaisir d’écouter les productions de Geoffroy D. Sa musique m’a toujours transporté. Je retiens l’album Le Feu Sacré. Pour Les Joyaux de la Princesse il s’agit là d’une de mes grandes références. Ses collaborations avec Blood Axis, Death in June et Regard Extrême ont laissé place à trois albums magnifiques qui trônent fièrement dans mon panthéon dédié à l’art musical. Je suis un grand mélomane. Parler de musique avec moi pourrait bien prendre des heures et il m’est impossible de coucher sur papier tous les albums qui m’ont marqué. Je suis très influencé par la cold et la dark wave, la musique néoclassique et classique. Dans une journée, je peux me mettre à écouter un album de Joy Division, puis poursuivre avec Laibach, enchaîner avec The Sisters of Mercy, passer par Johnny Cash, poursuivre avec Debussy et terminer avec un album de Pantera. Et le lendemain, ce sera encore différent.

Pour répondre à ta question sur les albums dans l’esprit martial je retiens aussi l’album Sigillum Militum du groupe Sophia et Ars Militaria de Triarii.

Tous ces artistes m’ont influencé et m’influencent sur ma manière de composer.

Quel est le parcours qui t’a conduit à choisir ce style pour t’exprimer ?

La musique a été omniprésente dans ma vie. Je dois cela beaucoup à ma mère qui avait une collection impressionnante de 33T dans les années 80 avec des groupes et artistes tels que Depeche Mode, The Cure, Nina Hagen, David Bowie… Elle avait également un synthé et je m’y collais lorsqu’elle avait le dos tourné. J’ai découvert très tôt que la musique pouvait servir à exprimer ses émotions et qu’elle était parfois une sorte « d’échappatoire à sentiments » et très pratique pour canaliser ou faire ressortir les émotions.

Dans mon adolescence, j’ai été batteur dans un groupe de thrash metal, puis jeune adulte, j’ai joué quelques temps dans un groupe de black metal. Malheureusement, tu es trop limité dans ce style et d’autres influences, plus anciennes m’ont rattrapé. Puis, j’ai créé Jörvallr et quelques années plus tard, Le Silence des Ruines. C’est avec ces deux derniers que j’arrive à m’exprimer pleinement. Et comme la musique est quelque chose d’intime, chacune de mes compositions est un véritable accouchement. C’est pour cela que je prends du temps avant de me décider à publier ouvertement une nouveauté. Elle est en général remplie d’une émotion que je n’ai peut-être pas encore totalement acceptée. À l’heure actuelle, Le Silence des Ruines devient véritablement mon étendard que je porte dans la joie ou la douleur. Ce projet est devenu mon moyen d’expression, mon arme et mon bouclier.

Il y a un morceau sur ton Soundcloud Tout s’efface que je trouve excellent, peux-tu nous en parler ? Sera-t-il publié sur l’une de tes prochaines productions ?

Je te remercie. C’est quelque chose qui me touche particulièrement. Tout s’efface est très spécial car il s’agit d’une composition musicale comportant du texte. Je n’avais jamais fait cela pour Le Silence des Ruines. J’ai longuement hésité mais comme je ne suis plus très actif avec Jörvallr, j’avais pris la décision de me donner à fond pour LSDR. Je voulais apporter quelque chose de plus, en y ajoutant de la voix, avec des textes qui pourront accentuer le sens ainsi que l’image que j’essaie de véhiculer à travers mes compositions. J’ai choisi de garder le texte en français pour la simple raison que c’était plus simple pour moi et qu’il s’agit de poèmes que j’avais écrit. J’ai mis ce morceau sur mon Soundcloud car je ne savais rien quant au délai de la sortie d’un autre album. Je ne savais même pas si je souhaitais en sortir un !  Aujourd’hui je suis de nouveau actif et ce morceau devrait figurer dans mon prochain album. Je vais très certainement le proposer au label Catalan, Marbre Negre. Avant cela, autre chose de LSDR devrait sortir sur ce même label très prochainement. J’attends cette confirmation de sortie par le label, je finalise certains morceaux, puis je serai prêt à proposer un nouvel album qui contiendra le morceau Tout s’efface ainsi que Notre vie, notre Fardeau.

Pour terminer, parlons un peu de Jörvallr si tu le veux bien… Avec ce dernier tu as sorti un split avec J Orphic et un album. Outre le fait que le style de Jörvallr soit dans la mouvance neofolk quelles sont ses principales différences avec LSDR ? Tu as un peu répondu à la question suivante, mais je te le demande, ici, va-t-il y avoir une actualité pour ce projet ?

La seule différence est, selon moi, le côté folk. Ni plus, ni moins. On y retrouve la même instrumentalisation mais tu y rajoutes la guitare pour Jörvallr. Etant donné qu’il y a maintenant du texte dans LSDR, on pourrait dire que les deux projets se fusionnent. Le sens et l’image véhiculés sont pratiquement les mêmes. En revanche, je ne souhaite pas de guitares dans LSDR. Dans l’album Seul de Jörvallr, les paroles sont aussi post-apocalyptiques et je dois avouer que le style commençait lentement à s’éloigner de son essence neofolk. J’ignore totalement ce que deviendra Jörvallr. Je suis capable de le mettre en stand-by, ou de l’abandonner complètement. Mais je sais que je suis aussi capable de le reprendre à tout moment si l’envie me prend. Si cette dernière possibilité doit se produire, j’aimerais trouver des musiciens pour m’accompagner. Cela se justifie par une envie de faire de véritables répétitions et pourquoi pas des concerts. Comme quoi, je n’avais pas nommé l’album Seul pour rien…

LSDR : Facebook

Entretien réalisé par L.G. en novembre 2017.

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