[Entretien] Soyuz Bear

 

Quoi de mieux qu’une interview pour faire suite à un album que l’on a apprécié ? C’est le cas ici !

 

L.G. : Black Phlegm, votre premier album, ne se laisse pas appréhender facilement. Clairement, il n’y a pas que des bons sentiments chez vous. Quel était votre état d’esprit lors de sa composition ? Comment alimentez-vous cette noire « vibration »?

Val : Les compos de l’album Black Phlegm ont été pas mal étalées dans le temps, il y a eu beaucoup de soirées froides et mal éclairées à peaufiner des détails pour s’approprier entièrement les compos. Même chose pour le travail du son. Le but était de se rapprocher de ce que veux évoquer Black Phlegm : la mort, le parasite, quelque chose de haineux et agressif tout en étant à l’état d’agonie. En travaillant dessus, tu te plonges là-dedans sur l’instant et tu fais en sorte que la personne qui écoute puisse ressentir la même chose.

Selon vous Soyuz Bear est-il plutôt une catharsis, un moyen de se libérer des pensées négatives, ou l’expression de votre sombre volonté, celle d’être le coup fatal infligé à une victime trébuchante ?

Ça reste un moyen de se libérer d’une partie de cette énergie noire, de se laisser aller par cette agressivité et d’y inclure l’auditeur ou un public, du lui faire ressentir ça. Niveau son de l’album on a choisi d’avoir un son assez propre, relativement défini et bien épais qui puisse s’écouter fort et de façon continue, un équilibre entre agressivité et lourdeur. Niveau live on essaye de conserver le coté brut et massif de notre son naturel ce qui contribue à mieux diffuser ces sentiments simples et primitifs.

Quels sont selon vous les groupes qui ont forgé votre musique et votre son ?

On a pas mal été inspiré sur nos débuts par Eyehategod, Primitive Man, Bongripper… C’est ce que l’on écoutait beaucoup sur l’instant et ça nous a pas mal inspiré pour la suite. On tend à piocher également dans le black metal qui est fortement présent dans nos discographies et qui a plutôt tendance à bien fusionner, du Craft ou genre This Gift is a Curse.

Sur votre album vous avez une piste dark ambient / noise. Je suppose que si vous avez choisi de l’inclure c’est que vous devez en écouter. Quels sont les projets dans ce style qui retiennent votre attention (s’il y en a) ?

Nous ne sommes pas spécialement des grands fans de harsh, dans le sens où l’on ne suit pas vraiment de près cette scène. On est plutôt porté sur ce coté chaotique et spontané qui peuvent contribuer à l’aura d’un album ou du groupe, je pense à Primitive Man, Indian ou Full of Hell. Ce chaos peu domptable que tu veux faire sortir de tes amplis qui va venir illustrer ou boucler certains passages et ambiances. On va voulu enregistrer ça sur Black Phlegm pour que cela fasse partie de notre identité, ça reste cependant pour nous une expérience qui se vit en live.

Un mot, éventuellement, sur vos influences extra-musicales ?

Val : Pas mal de films d’horreur / thriller je dirais, ça rentrerait dans nos influences sur Black Phlegm. Je suis personnellement un fan de la série Pusher de Nicolas Winding Refn, ça m’est arrivé d’en avoir eu des images en tête sur certains passages, on a d’ailleurs utilisé un passage audio du film sur S.W.T.V.M.

Il est peut-être nécessaire de revenir sur votre genèse…Depuis combien de temps êtes-vous actifs ? Qui fait quoi dans votre groupe ?

Le groupe a été créé en 2012 sur Toulouse, on a démarré avec une démo MMXV sortie d’abord en digital, puis en cassette chez Zanjeer Zani Production. On a ensuite enchaîné avec la sortie en CD de Black Phlegm fin 2017 également chez Zanjeer Zani. Niveau concert, on a pu faire pas mal de date sur Toulouse où l’on a pu croiser la route de Jucifer ou Acid Witch entre autres. On est 4 dans le groupe avec Yoann au chant, Bastien à la gratte, Pierrick derrière les fûts et moi-même (Val) à la basse.

J’ai pu vous voir en concert à Montpellier au côté d’Atavisma … Comment concevez-vous vos prestations scéniques ?

Val : On a encore jamais joué avec Atavisma à Montpellier, sur Toulouse oui. Sur Montpellier c’était avec Vénère et Sphère Grise  (Ndrl : ma mémoire m’a joué un sale tour : j’ai fusionné les deux dates, désolé.). On a pas mal travaillé sur notre son live pour essayer d’avoir un son à la fois compact et puissant tout en gardant pas mal d’agressivité. Je pense que l’on est arrivé à une bonne symbiose entre tous les instruments et le chants, on arrive maintenant à se sentir à l’aise avec notre backline sur des petites et moyennes scènes de divers genres. On essaye de délivrer un ressenti assez physique sur nos live, ce coté passage lent / passage rapide avec un son lourd et écrasant permet de prendre au corps.

Il y a aussi quelque chose de sauvage, d’animal, chose que vous partagez d’ailleurs avec Atavisma, dans votre identité…Trouvez-vous que notre société est trop aseptisée en particulier dans son visage officiel et institutionnel ?

Soyuz Bear a en parti été créé pour sortir d’un cadre aseptisé, on reste un groupe sludge / doom, mais on essaye de piocher dans nos influences musicales, ça passe du crust au black. Les musiques extrêmes ne sont en effet pas vraiment intégrées dans notre société, car elle sont là pour justement essayer de briser des codes et des limites. Certain pays sont plus en avances que d’autre là-dessus mais les choses changent petit à petit. Plus globalement sur la musique, regarde ce qu’il se passe dans les grandes villes avec les problèmes de « nuisance » autour des bars / salles de concert, qui sont ensuite souvent menacées de fermeture si tu n’instaures pas de couvre-feu…

Votre album en approximativement une demi-heure instaure une pesanteur insidieuse et malsaine et cela sans fausse note (selon moi). Vous démontrez même une nette évolution positive par rapport à votre démo. Comment envisagez-vous l’avenir de votre musique ?

On est justement en train de composer pour notre prochain EP. On essaye de travailler et de miser sur l’énergie du titre, ça devrait encore s’assombrir… un peu plus doom, peut-être black en gardant ce coté punk crasseux. Niveau son, ça devrait être le même parpaing.

A quoi doit-on s’attendre de votre part pour 2018 ?

On vient de finaliser la préparation de notre première tournée en France avec Dying Giants (doom / Toulouse), on passera par Marseille, Paris, Rennes, Nantes et Limoges fin avril / début mai. A suivre de près sur notre Facebook.

Soyuz Bear : Facebook

Par L.G.

Interview réalisée par échange de courriels en février 2018.

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