[Chrönique] La Torture des Ténèbres – IV – Memoirs Of A Machine Girl – Album – 2017.

Grey Matter Productions

Atmospheric black metal/Ambient/Noise

Canada

Cassette

Véritable téléscopage artistique entre ambient, noise et black metal, la musique de La Torture des Ténèbres est de celle dont l’écoute exigeante en fera décrocher plus d’un. Compact, parfois très chaotique, le parti pris musical de ce projet venu tout droit d’Ottawa est, comme souvent dans la musique extrême, à interpréter à l’aide de différent niveau de lecture. En réduire sa composition à un brouillon de samples sous mixés ne serait pas rendre justice à la beauté romantique mélangée à la brutalité dévastatrice que régurgite en un maelstrom auditif la presque heure et demie de cet album qu’est IV – Memoirs Of A Machine Girl.

Difficile de prime abord de mettre aux oubliettes certains points de l’univers de La torture des Ténèbres : derrière ce nom sinistre se cache le travail en solo de Jessica Kinney, prolifique compositrice et multi-instrumentiste canadienne qui depuis la création de son projet en 2016 n’a sorti pas moins de 4 albums et participa à 2 splits supplémentaires avec Chaosophia et Microcosmys.

Le caractère presque cinématographique de son art se ressent à travers de nombreux choix, notamment celui des artworks, fresques dystopiques Art déco que n’aurait pas renié un Fritz Lang ou un Brenon, auxquels s’ajouteront des éléments sonores tels que des voitures, des bruits de rue, des clameurs et des conversations radiophoniques semblant sortir de gramophones fantômes, comme un théâtre musical urbain en filigrane d’une œuvre cacophonique.

C’est dans ce décor magistral que se développera avec les 6 morceaux de l’album le voyage frénétique et transcendant auquel nous participons. Dissonante, violente et claustrophobique, l’escapade anxiogène et métaphysique orchestrée par La Torture des Ténèbres se grave dans nos têtes profondément et laisse l’auditeur errer dans ses réflexions sur une société étouffante, bruyante et écrasante, perdu entre l’ombre des gratte-ciels géants et le ronflement des moteurs des zeppelins bourdonnants au-dessus de sa tête. La voix hurlée et plaintive perce ce brouillard dense et vient humaniser en un cri décharné l’horrible machine destructrice qu’est cette ville, reflet des fantasmes d’une société se perdant dans ses propres artifices.

Cet album c’est la souffrance, la beauté, la noirceur, mais aussi la vie dans son plus pur chaos bouillonnant. La Torture des Ténèbres accouche avec IV – Memoirs Of A Machine Girl d’une œuvre puissante pleine d’interprétations qui laissera l’auditeur happé y projeter ses rêves ou y vivre ses visions cauchemardesques, en couleur ou en noir et blanc.

La Torture Des Ténèbres : Bandcamp

Grey Matter Productions : Facebook

FSV

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