[Entretien] Lethe

(crédit photographique : Lethe)

Lethe, c’est la rencontre improbable entre deux musiciens hyperactifs et géniaux, la Suissesse Anne Murphy (Cellar Darling, Nucleus Torn, Fräkmündt, ex-Eluveitie) et le Norvégien Tor-Helge Skei (Manes, Manii, kkoagulaa, Formless & Void). Lethe, c’est un univers musical unique, constellé de passages trip-hop, rap, metal, jazzy, rock… Lethe, c’est un duo entouré d’une grande famille d’artistes talentueux qui donnent à ce projet sa saveur unique. Entretien après la sortie du deuxième album de la formation, The First Corpse On the Moon.

AsCl3 : Peu de temps après la sortie de When Dreams Become Nightmares, votre label, Debemur Morti, annonçait la préparation de son successeur. Mais c’est finalement le label italien My Kingdom Music qui a sorti The First Corpse on the Moon. Que s’est-il passé ?
Anna Murphy: Debemur Morti ne partageait simplement pas la même vision sur la suite à donner à notre premier album. Il nous a semblé qu’il attendait que nous prenions une autre direction. Nos chemins se sont donc séparés. Nous avons apprécié leur honnêteté. Il n’y a aucun intérêt à poursuivre une collaboration si ta perception est trop différente.

Ce changement de label a occasionné un important retard sur la sortie de l’album. Est-ce que vous avez profité de ce délai pour apporter des modifications à vos compos ?
Dès que tu as trop de temps, tu trouves forcément des petits détails à corriger et à améliorer. J’ai apporté quelques modifications au mix, mais le master que Debemur Morti a reçu à l’époque est en très grande partie identique à ce que tu peux entendre sur l’album.

Certaines compos sont aujourd’hui passablement « anciennes ». Vous arrivez encore à vous identifier à elles?
Oui, totalement. Notre musique est honnête, elle est impulsive, reflète l’énergie du moment. Dans ces circonstances, je ne crois pas que je puisse m’en sentir détachée.

A la sortie de When Dreams Become Nightmares, tu affirmais que tu n’étais pas satisfaite à 100% de ton mix. As-tu pu corriger certaines erreurs passées sur celui de The First Corpse on the Moon?
Je ne suis jamais satisfaite à 100% de quoi que ce soit. Mais, oui, The First Corpse on the Moon sonne comme nous le voulions et c’est le plus important. Lethe n’est pas un groupe qu’il est aisé de mixer. Tout est enregistré à la maison et je dois combiner des pistes de batteries acoustiques avec d’innombrables couches de sons électroniques. Ne vas pas croire que je m’en plains : c’est ce qui fait que Lethe est unique. J’ai gagné en expérience depuis le premier album, j’ai terminé ma formation d’ingé-son, et comme pour le chant, j’apprends en écoutant et en suivant mon instinct.

Les guitares sont bien plus présentes sur le dernier album…
Sur When Dreams Become Nightmares, elles étaient très dures à mixer, noyées dans la disto, très aiguës. Je n’avais aucune idée de comment les intégrer au mix ni quelle équalisation privilégier. Nous avons été bien plus attentifs à leur enregistrement cette fois, ce qui m’a permis de voir assez tôt ce qu’elles allaient devenir dans le mix.

Le côté plus heavy de cet album colle bien à l’orientation de vos textes, très directs et durs. Ceux de With You sont spécialement beaux et douloureux. Quelle est leur histoire?
C’est Torstein Parelius (Manes, Chton) qui les a écrits et je suis totalement d’accord avec toi : ils sont fantastiques. J’ignore ce qui l’a inspiré mais j’ai créé ma propre histoire en les lisant et je n’ai eu aucune peine à m’identifier à ces paroles.

Tu étais malade et hospitalisée durant la création de When Dreams Become Nightmares. J’imagine que le climat devait être différent pour ce deuxième album, plus détendu?
J’étais effectivement malade à l’époque et je pense que cette situation a clairement eu un impact: elle a rendu mes parties de chant plus authentiques. Cette fois, en revanche, je pense que j’avais techniquement la capacité de faire mieux, vocalement.

When Dreams Become Nightmares était une sorte d’aventure familiale, avec des apparitions de membres de Manes ou d’Eluveitie. Est-ce que l’essence de Lethe est de rester un « projet ouvert »?
Tor-Helge et moi sommes entourés d’artistes talentueux, alors Lethe ne peut que devenir meilleur par le biais de ces collaborations.

Qui vous a épaulés pour ce 2e album?
De mon côté, Shir-Ran Yinon, qui a également été membre d’Eluveitie à une époque (2015-2016, ndlr), signe les magnifiques arrangements de cordes sur le morceau titre. Il y a également Fredy Schnyder, un ami de longue date et avec qui je travaille au sein de Nucleus Torn, qui joue du piano. Ivo Henzi de Cellar Darling (et débarqué d’Eluveitie en même temps qu’Anna, ndlr) a enregistré quelques guitares. L’un de mes meilleurs amis, Res de Fräkmündt a écrit les textes du morceau titre, de Down Into The Sun et Inexorbitant Future. Enfin, la voix anglaise qui ouvre Down Into The Sun est celle de Richard Spooner, le batteur du bluesman suisse Philipp Fankhauser (qui enregistre ses albums aux Soundfarm Studios où travaille Anna, ndlr).
Tor-Helge : Mes « collègues » de Manes m’ont donné un coup de main: Rune Hoemsnes (batterie), Eivind Fjøseide (guitares), Torstein Parelius (textes), and Asgeir Hatlen (chant). Certaines personnes partiellement connectées à Manes d’une manière ou d’une autre ont aussi participé : Tom Christian Engelsøy (chant), Tor Arne Helgesen (batterie) and Rune Folgerø (batterie). S’y ajoutent quelques collaborateurs externes: le rappeur français K-Rip, P. Emerson Williams (avec qui j’ai collaboré au sein de  mon projet plus abstrait, kkoagulaa), le trompettiste Marc Cunningham. Un milliard de mercis à toutes ces personnes. J’espère avoir cité tout le monde!

Tor-Helge, ce n’est pas la première fois que tu inclus du chant/rap en français dans ta musique. Quel est ton regard sur cette langue?
J’aime son côté « exotique », vu que je n’en comprends pas un traître mot. J’apprécie aussi sa sonorité lorsqu’elle devient agressive et est « crachée ». Mais pour être honnête, le français me semble une langue vraiment horrible… Le truc romantique… Beurk! (rires)

Je vous pose la question depuis un moment… À quand les premiers concerts de Lethe?
L’idée nous séduit tous les deux. Mais ça ne sera pas simple. Donc pour te répondre : absolument aucune idée.

Lethe : Facebook

My Kingdom Music : site internet, Facebook

Entretien réalisé par AsCl3.

 

 

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