[Chrönique] Mørkt Tre – To The Graves Of Smoldering Time – Album – 2017

Fimbulvinter Productions

Atmospheric black metal

Ukraine

CD


Dans une ère où les mythologies traditionnelles semblent tendre vers un crépuscule plus que certain, la scène metal n’évite pas le pire contrairement à ce que certains peuvent en penser : les vikings de supermarché sont légion, vous en conviendrez. Au contraire la culture slave et son expression dans la musique metal a su garder une certaine forme de crédibilité et d’intégrité. Á l’abri des déviances, elle a su ne pas sombrer dans la caricature et le folklore qui fleurent bon le plan marketing. En effet, au cœur de l’immensité des Carpates, résident de nombreuses formations dont la réputation et leur lien avec la tradition slave n’est plus à prouver. La chronique ci-dessous s’intéresse à l’un ces groupes, Mørkt Tre un projet parallèle de Clin, claviériste de Kroda. Cette formation ukrainienne sort ici son premier album intitulé To The Graves Of Smoldering Time, composé de 6 pistes toutes dénommées « Opus ».

Dans la forme, rien de très nouveau. Suite à une intro relativement sobre (quelques bruits de mouches suivis de nappes de synthé et autres sons de clochettes) et longue (environ les 4min30 de l’Opus I auxquelles s’ajoute une trentaine de secondes du second Opus). L’arrivée de la guitare révèle alors un son froid, sale, qui contraste relativement bien avec le synthé. La voix et de la batterie amènent ensuite la touche de dynamisme qu’il nous manquait pour bien débuter l’album. Cet Opus II se construit donc dans une alternance de leads et de riffs énergiques. Ils rappellent aisément les albums Cry to me, River  et Fimbulvinter  de leurs compatriotes susmentionnés.

Néanmoins, certaines surprises viennent parsemer la découverte de cet album, par exemple le riff lourd et teinté de souffre que l’on peut entendre à 4min10 sur Opus II. Mørkt Tre démontre, donc, qu’il sait à la fois pondre de bons riffs et construire des moments poignants. En effet, ce riff n’est pas sans rappeler, dans son utilisation, dans sa contextualisation, de par les placements de voix et le développement rythmique, des titres du Enemy of Men de Kriegsmaschine, avant de revenir vers des tonalités plus classiques (lead à 5min35). Ce second Opus s’achève sur une outro relativement classique ornée de chant de hiboux et autres éléments sylvestres.

Suite à cela, l’Opus III émerge à nos oreilles grâce à une couche plus atmosphérique, lancée sur une rythmique languissante qui rappelle des formations telles que Walknut, le tout étant ornementé dans les premiers instants par des notes de guitare acoustique. Contrairement à la fin du morceau précédent, ce troisième Opus reste relativement classique par rapport au genre. Il se laisse aisément écouter, mais sans pour autant marquer d’une pierre angulaire cet album. Il débouche malheureusement sur un interlude (Opus IV) qui, à mon sens, n’apporte rien de particulier : notes de piano, échos, vocaux susurrés, couches de synthé… Bref, une piste entre dark ambient et dungeon synth, certes énigmatique, mais venant rompre la dynamique mise en place au préalable.

L’album se termine finalement par les deux derniers Opus, tous les deux longs de plus de dix minutes. Opus V débute par un rythme atmosphérique, avant de vite se muer en quelque chose de plus énergique tout en ménageant des moments d’accalmie. Une façon de faire qui n’est pas sans rappeler quelques titres récents de Nokturnal Mortum (notamment avec ces touches de claviers présentes aux alentours de 1min34).

Malheureusement, une fois de plus, un interlude de synthé vient casser la dynamique apportée précédemment. Néanmoins celui-ci débouche sur « Le riff  » de cet album aux alentours de 3min50. L’énergie reprend alors le dessus et la structure rythmique évolue progressivement, tout en restant relativement soutenue,  avant de revenir à  une ambiance plus légère, dont les arpèges amènent une sublime note colorée. Mais, le morceau se termine, à nouveau, avec plus de deux minutes d’ambient !

S’ensuit pour finir Opus VI, qui s’ouvre avec ce riff à la limite du dépressif/mélancolique, tout en gardant une certaine « immensité contemplative » au sein de sa structure. Ce sixième et dernier Opus contraste donc complètement avec son prédécesseur de par sa lenteur. Néanmoins, il en ressort une fin relativement cohérente et prenante qui donne encore une fois (promis c’est la dernière), place à deux minutes d’ambient et quelques notes plus joyeuses et folkloriques sur la fin.

En conclusion, ce premier jet de Mørkt Tre demeure un bon album. Cependant, l’ensemble tient un peu du fourre-tout  et la sensation de « montagne russe » rythmique vient un peu renforcer l’idée que cet album ne sait pas vraiment sur quel pied danser . L’ambient n’est, pour ma part, absolument pas un style qui me dérange, bien au contraire. Mais, il est intéressant de l’utiliser quand il a du sens et non comme outro « passe-partout ». Un album qui plaira aux fans de la scène slave, mais qui ne restera pas dans le panthéon du genre.

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Onbra Oscouŗa. 

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